La rédaction Xavier Person
Articles
Un auteur
Il n'y a rien à dire sur un livre
À partir du surgissement d’images venues souvent de l’enfance, mais sans verser dans les clichés poétiques, la poésie d’Emmanuel Hocquard est le récit d’une histoire qui n’est pas son histoire.
Cinq livres sont posés sur la table, pas n’importe lesquels. Nous les avons choisis ensemble. Le mieux sans doute, on le comprendra à la fin de l’entretien, aurait été de n’en rien dire, mais il fallait bien dire quelque chose. Emmanuel Hocquard parle lentement, on sent qu’il s’applique à penser à ce qu’il dit, à penser à ce que cela veut dire que de dire quelque chose. Il y a parfois des blancs dans la conversation. Les cinq chats de la maison font souvent irruption, notamment nommés Fleur, Zorro, Bernardo (qui se trouve être la mère de Zorro !). Le poète ne se prive pas de les...
Un livre
la la la
de
Jean Lewinski
Au fond de la piscine
Dans la la la, Jean Lewinski brouille les pistes de la fiction. De la technique de la traduction simultanée appliquée à l’écriture poétique du récit.
Ce serait la guerre et une chanteuse d’opéra s’essaierait à la plongée sous-marine. Un espion se trouverait en possession de documents ultra secrets, amoureux d’une cantatrice dont la technique vocale lui serait un modèle possible dans sa propre pratique de la guérilla. Ou bien le traducteur de documents classés « secret défense », simple documentaliste fasciné par l’étrange beauté du...
Un auteur
Une énergie distante
Entre dialogue, entretiens et commentaires, Variété VII propose une manière d’art poétique. Péremptoire.
À côté du Stefan poète et du Stefan nouvelliste, il en est un autre, auteur de livres peu classables, mélanges de journal intime, dialogues, aphorismes, textes critiques. Dans la lignée de Satires, son premier livre dont le manuscrit fut d’abord perdu puis repris 20 ans après sous le titre Gnomiques ou de l’inconsolation, s’y fait entendre la voix du moraliste que Jude Stefan avoue avoir été...
Un auteur
J’y place mes livres
Sur l’étagère dominant son chevet, dans la chambre du fond dite d’ami où elle s’installait durant les vacances, ma Sœur aînée, incestueuse et suicidée, avait soigneusement ordonné sept auteurs de sa prédilection en ces années 50 :
Pourquoi Kafka ?
Parce que c’est l’être le plus solitaire, le réel célibataire, lis les Entretiens avec G.Yanouch…
Pourquoi Faulkner ?
Parce que c’est le Balzac...
Un auteur
Un sentiment de grâce
Visant à l’impersonnel, dans un dépassement de toute figure, de toute figuration, la poésie de Jude Stefan traverse l’histoire littéraire, pour déboucher en pleine modernité. À partir d’un traumatisme fondateur : comment continuer d’écrire après Rimbaud ?
Les gestes de l’auteur pour vous accueillir à la gare de Bernay sont d’abord un peu gauches. La voix est hésitante, boudeuse. Le regard ne cessera pas d’être espiègle, légèrement douloureux parfois, rapide à saisir ce qu’il cherche à voir, qui n’est pas vous nécessairement. À soixante-dix ans, il reste quelque chose de l’adolescent dans les manières de Jude Stefan. Songeur, puérilement...
Quartier libre – chronique
Chorégraphie de ma voisine
Pourquoi continuer à écrire cette chronique ? Au fond de moi, vous l’aurez deviné : la sensation que tout cela est peine perdue, il n’y a rien à attendre, ou plutôt il n’y a qu’à attendre, sachant que ce qui arrivera, ce qui adviendra par la littérature se joue ailleurs, cela n’a rien à voir avec ce que nous attendons dans nos vies, pour nos vies, et pourtant si, cela a à voir. Comment dire ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi encore écrire des livres, pourquoi en lire et en parler ?
Pendant un temps nous avions une voisine étrange dans notre immeuble. Elle ne parlait jamais à...
Le regret des étoiles
Tous ces livres qui s’accumulent, se dit-on parfois, ces bibliothèques surchargées, ces piles vacillantes. Pourquoi lire un livre en plus ? En ajouter un à la liste de ceux que nous avons lus, pour quoi faire ? De quoi avons-nous peur, à ériger ces murs de livres ? Quelle béance voulons-nous combler ? De quel vertige espérons-nous nous déprendre ? Lire serait-il devenu un but en soi, un...
Tout le monde se ressemble
Cher Patrick Modiano,
Cela fait longtemps que j’hésite à vous écrire. Durant toutes ces années, je n’ai pas cessé de me perdre et de me retrouver dans vos livres. De l’un à l’autre, j’avançais dans un léger brouillard, comme certains matins d’hiver aux abords de la Seine. Parfois j’entr’apercevais des lueurs. De quoi essayais-je de me souvenir en vous lisant ? De vos autres livres ? De ce...
Courrier du lecteur – chronique
Star Ac
Comment devenir une légende ? Qu’est-ce que la sainteté moderne ? Lire Frédéric Boyer et Christophe Fiat ou relire Gertrud Stein ?.
Comme elle le dit quelque part dans son Autobiographie de tout le monde, pour Gertrud Stein être un saint consistait à se tenir immobile, dans une sorte d’immobilité béate, libéré de tout agir, n’ayant qu’à être soi, tel qu’en soi-même. On conçoit dès lors que pour elle, raconter une histoire, faire le récit d’une vie ne soit pas tant s’en tenir à une progression depuis un début jusqu’à une fin, que répéter, revenir, s’animer dans toutes les directions, tourner mais pas en rond, car on ne repasse jamais exactement par le même point, s’écarter du centre et puis y revenir, mais pas...
Drôle de drame
Dans le décor fait un petit livre jubilatoire d’un film qui ne se fera peut-être pas et d’un roman qui peine à s’écrire.
Dans le décor est un livre dont la fin est vraiment belle et qui rien que pour ça mérite d’être lu jusqu’au bout, même si on ne comprend pas toujours où l’histoire nous mène, même si parfois, franchement dans le décor, on se demande si le roman qu’on lit est bien le roman qu’on se croyait en train de lire, tant les bifurcations sont vives, tant la fiction ici, film dans le roman, roman dans...
Maudit Bic
Qu’est-ce qu’un phallus clownesque ? Pourquoi les baleines sont-elles maudites ? Vous manque un mot, lequel ?.
À deux reprises, dans le mouvement proprement métastatique en quoi consiste Vertig, dans ce dysfonctionnement fictionnel généralisé en quoi consiste ce roman du cancer en l’état très avancé, cancer de l’utérus de la mère du narrateur, cancer également d’une autre femme aimée et morte elle aussi, à au moins deux reprises on a noté qu’apparaissait dans ce vertige sans e (sans eux aussi bien,...


