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Le Matricule des Anges
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La rédaction Xavier Person

Articles

Il n'y a rien à dire sur un livre À partir du surgissement d’images venues souvent de l’enfance, mais sans verser dans les clichés poétiques, la poésie d’Emmanuel Hocquard est le récit d’une histoire qui n’est pas son histoire. Cinq livres sont posés sur la table, pas n’importe lesquels. Nous les avons choisis ensemble. Le mieux sans doute, on le comprendra à la fin de l’entretien, aurait été de n’en rien dire, mais il fallait bien dire quelque chose. Emmanuel Hocquard parle lentement, on sent qu’il s’applique à penser à ce qu’il dit, à penser à ce que cela veut dire que de dire quelque chose. Il y a parfois des blancs dans la conversation. Les cinq chats de la maison font souvent irruption, notamment nommés Fleur, Zorro, Bernardo (qui se trouve être la mère de Zorro !). Le poète ne se prive pas de les...
avril 2018
Le Matricule des Anges n°192

Devant l’abondance

de Chet Wiener

Roulez jeunesse !

Chet Wiener démontre ce que peut être la poésie : relance des représentations, perturbations des interprétations, prodigalité miroitante. Est-ce à cause de son prénom, on entend à la lecture de Chet Wiener quelque chose à l’oreille comme le souffle murmuré d’une trompette, dans des départs soudains, des relances de rythmes, des glissements en sourdine. Mais si l’on parle de jazz, et on a très envie d’en parler, peinant d’abord à définir ce qu’on éprouve à la lecture de Devant l’abondance, c’est la manière d’un Ornette Coleman...
septembre 2003
Le Matricule des Anges n°46

Dans la limite des corps disponibles

de Grégoire Louis

Limite d’un corps

La littérature se fait avec des phrases en général, d’où l’intérêt d’en regarder au moins une dans le détail. Arrêt ici sur un faux départ. Le livre a failli démarrer. Cela se passe à la page 59, cela ne dure pas longtemps, c’est juste une phrase longue d’une page, sans ponctuations. Un frisson se propage, une émotion se lève, on se dit qu’on y est, le livre va peut-être décoller. Ce n’est pas seulement l’absence de ponctuations soudaine, même si celle-ci y est pour quelque chose, permettant à ce moment ce côté nuageux de la...
septembre 2003
Le Matricule des Anges n°46

Pulps

de Jacques Sivan

Futuroscope

Pour la lecture de la poésie de Jacques Sivan, les lunettes de soleil sont recommandées, et pas mal de patience. Les images y sont subliminales. Des expérimentations poétiques actuelles, celle menée par Jacques Sivan est sans doute une des moins lisibles. Littéralement, le regard porté sur ses poèmes est comme blessé, face à un brouillage soudain, brouillard d’une trop forte luminosité (d’où peut-être une première piste de lecture possible : il ne s’agirait pas tant de chercher à lire ici que d’essayer de voir, de regarder le texte en...
juillet 2003
Le Matricule des Anges n°45

Des tâches & des instruments

de Éric Giraud

Détachements

Faire du ski nautique dans une phrase. Effacer une place vide ou une tache (tâche). On est comme en vacances dans la poésie d’Éric Giraud. Intitulée « Une place ouverte », la première partie de Des tâches et des instruments est une bonne manière de planter le décor : un récit n’est que la possibilité d’un récit, une enquête policière ne débouche sur rien, tout s’ouvre en permanence. On pense à Emmanuel Hocquard, bien sûr, dans cette manière de mener l’enquête dans le langage, en essayant des décalages, des suspensions,...
juillet 2003
Le Matricule des Anges n°45

Quartier libre – chronique

Chorégraphie de ma voisine Pourquoi continuer à écrire cette chronique ? Au fond de moi, vous l’aurez deviné : la sensation que tout cela est peine perdue, il n’y a rien à attendre, ou plutôt il n’y a qu’à attendre, sachant que ce qui arrivera, ce qui adviendra par la littérature se joue ailleurs, cela n’a rien à voir avec ce que nous attendons dans nos vies, pour nos vies, et pourtant si, cela a à voir. Comment dire ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi encore écrire des livres, pourquoi en lire et en parler ? Pendant un temps nous avions une voisine étrange dans notre immeuble. Elle ne parlait jamais à...
mars 2018
Le Matricule des Anges n°191

Le regret des étoiles

Tous ces livres qui s’accumulent, se dit-on parfois, ces bibliothèques surchargées, ces piles vacillantes. Pourquoi lire un livre en plus ? En ajouter un à la liste de ceux que nous avons lus, pour quoi faire ? De quoi avons-nous peur, à ériger ces murs de livres ? Quelle béance voulons-nous combler ? De quel vertige espérons-nous nous déprendre ? Lire serait-il devenu un but en soi, un...
février 2018
Le Matricule des Anges n°190

Tout le monde se ressemble

Cher Patrick Modiano, Cela fait longtemps que j’hésite à vous écrire. Durant toutes ces années, je n’ai pas cessé de me perdre et de me retrouver dans vos livres. De l’un à l’autre, j’avançais dans un léger brouillard, comme certains matins d’hiver aux abords de la Seine. Parfois j’entr’apercevais des lueurs. De quoi essayais-je de me souvenir en vous lisant ? De vos autres livres ? De ce...
janvier 2018
Le Matricule des Anges n°189

Courrier du lecteur – chronique

Star Ac Comment devenir une légende ? Qu’est-ce que la sainteté moderne ? Lire Frédéric Boyer et Christophe Fiat ou relire Gertrud Stein ?. Comme elle le dit quelque part dans son Autobiographie de tout le monde, pour Gertrud Stein être un saint consistait à se tenir immobile, dans une sorte d’immobilité béate, libéré de tout agir, n’ayant qu’à être soi, tel qu’en soi-même. On conçoit dès lors que pour elle, raconter une histoire, faire le récit d’une vie ne soit pas tant s’en tenir à une progression depuis un début jusqu’à une fin, que répéter, revenir, s’animer dans toutes les directions, tourner mais pas en rond, car on ne repasse jamais exactement par le même point, s’écarter du centre et puis y revenir, mais pas...
novembre 2005
Le Matricule des Anges n°68

Drôle de drame

Dans le décor fait un petit livre jubilatoire d’un film qui ne se fera peut-être pas et d’un roman qui peine à s’écrire. Dans le décor est un livre dont la fin est vraiment belle et qui rien que pour ça mérite d’être lu jusqu’au bout, même si on ne comprend pas toujours où l’histoire nous mène, même si parfois, franchement dans le décor, on se demande si le roman qu’on lit est bien le roman qu’on se croyait en train de lire, tant les bifurcations sont vives, tant la fiction ici, film dans le roman, roman dans...
octobre 2005
Le Matricule des Anges n°67

Maudit Bic

Qu’est-ce qu’un phallus clownesque ? Pourquoi les baleines sont-elles maudites ? Vous manque un mot, lequel ?. À deux reprises, dans le mouvement proprement métastatique en quoi consiste Vertig, dans ce dysfonctionnement fictionnel généralisé en quoi consiste ce roman du cancer en l’état très avancé, cancer de l’utérus de la mère du narrateur, cancer également d’une autre femme aimée et morte elle aussi, à au moins deux reprises on a noté qu’apparaissait dans ce vertige sans e (sans eux aussi bien,...
septembre 2005
Le Matricule des Anges n°66