La rédaction Richard Blin
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La transmutation du monde en beauté de langue
Loin des commodités du roman courant et de la compulsion moderne au discontinu, la prose romanesque de Jean-Paul Goux fait de la matière de la langue la source même de l’émotion littéraire.
On n’entre pas tout uniment dans l’univers de Jean-Paul Goux, mais il ne faut pas longtemps pour que son écriture agisse et que l’on sente œuvrer la singularité d’un ton, la profondeur d’un éprouvé, la tension d’une voix. Quelqu’un nous parle, s’adresse à nous, sollicite notre écoute, nous subjugue par la force d’entraînement de sa pensée parlée en mouvement. Une voix, portant la présence d’un corps, nous fait partager l’intime d’une réflexion tout intérieure. Tous les livres de Jean-Paul Goux sont ainsi portés par des voix qui alternent, se relayent, mettent en mouvement ce qui les meut...
Un livre
R.A.S. infirmière-chef
de
Bryan Stanley Johnson
Droit vers l’abîme
Dans la lignée de Joyce et de Beckett, la rumination lente et soliloquée des pensionnaires d’une maison de retraite. Féroce et hilarant B. S. Johnson, qui se suicida en 1973.
« Comédie gériatrique » indique la couverture. Sauf qu’une comédie est censée déboucher sur une fin heureuse… Alors on songe à cette réflexion de Beckett dans L’Innommable : « C’est le commencement qui est le pire,...
Les voix d’ailleurs
Une jeune fille assassinée, un innocent prisonnier de son nom, et la musique envoûtante d’une écriture : Richard Millet orchestre d’insondables et lumineux vertiges.
Ouvrir le dernier livre de Richard Millet c’est retrouver la grande nuit des maudits, des solitaires, des innocents, et ce coin disgracié de Haute-Corrèze avec ses « gourles », ses « fadards » et ses existences noires que nous ont fait connaître La Gloire des Pythre, L’Amour des trois sœurs Piale et Lauve le pur. Un pays d’eau et de forêts, de granit et de ciel ; des lieux peuplés d’ombres et...
Amoureusement nue
De la jouissance visuelle comme du poignard qui ouvre et féconde la chair du monde. Savoir, sexe, saveur et beauté : l’esthétique sensuelle de Jean Clair. Une leçon de volupté.
D’où vient, en quelles voluptés primitives s’enracine cette façon qu’a Jean Clair de parler d’art en amoureux ? De le restituer à ses lisières d’écume et d’étoiles ? D’en montrer les points de fièvre et de rêve ? D’en mettre à nu l’architecture d’accords et d’écarts ? D’où tient-il cette façon de l’appréhender en sa chair même et en son essentiel rayonnement ?
Né en 1940, Gérard Régnier, dit...
Un livre
Écrasez-le (suivi de) Homo sum
de
William Cliff
À fleur de peau
Pour Claude Roy il était le Leopardi du trottoir, un Ecclésiaste mal élevé, plein de mots-crasse. Queneau avait imposé son premier recueil, Homo Sum, que l’on republie. William Cliff, un poète à part.
À ceux qui ne lisent pas la poésie sous prétexte qu’il n’y a rien à comprendre -et c’est un préjugé encore très répandu-, il faut conseiller la lecture de William Cliff. Comme son nom ne l’indique pas, c’est un poète belge né en 1940, qui, rejetant tout masque, fait de sa façon d’être et de vivre la matière du poème. S’avançant sous les traits du Je le plus concret, il dit sa vérité...



