La rédaction Richard Blin
Articles
Un livre
Henri Michaux, pèlerin de l’intérieur
de
Patrick Krémer
Un désir inapaisé de révélation
Mystique refoulé et saboté autant qu’explorateur méticuleux du lointain intérieur comme des lointains ailleurs, Henri Michaux aura cherché l’Absolu toute sa vie. En aventurier intrépide de l’infini turbulent, et en artiste des paradoxes et des paroxysmes, ainsi que nous le montre le livre que lui consacre Pascal Krémer.
Si vous êtes de ceux qui lisent pour échapper au tourment d’être, fuyez les livres d’Henri Michaux ! Car dans leur insouciance absolue de séduire, des livres comme Qui je fus, Mes propriétés, Un certain Plume, La Nuit remue ou Voyage en Grande Garabagne sont des modèles d’outrance fiévreuse, de provocation iconoclaste et d’analyse d’états inondés d’insaisissable. Des livres inclassables qui se présentent comme autant d’avatars d’un moi éclaté qui n’aura cessé de se parcourir, de se mettre à l’épreuve, d’explorer son humanité dérisoire. Rejetons d’une vie que Michaux a consacrée à la...
Des livres
Romans et nouvelles
de
Joris-Karl Huysmans
Le Drageoir aux épices/Croquis parisiens
de
Joris-Karl Huysmans
Écartelé entre la chair, le diable et Dieu
Fasciné par le péché et l’insolence des filles de rue, féru d’esthétisme, Huysmans (1848-1907), qui commença par le naturalisme et finit oblat des Bénédictins, est l’auteur d’une œuvre décapante et moderne. Il entre au catalogue de la Pléiade.
Son nom s’est toujours chuchoté entre initiés et sa singularité a séduit des écrivains aussi différents qu’André Breton, Ernst Jünger, Bruce Chatwin ou Michel Houellebecq. L’Art et la Femme, le Diable, Dieu et le Vice – qu’il peint sans rien lui ôter de ses fascinations ni de ses envoûtements – l’œuvre de Huysmans regorge d’audaces et subjugue souvent par la volupté langagière qu’elle...
Des livres
Poèmes de cuisine
de
J. H. Prynne
Sonnetssonnants
de
Andrew Zawacki
Lectures d’enfance
Deux livres, à cinquante ans de distance, échangent des vues, entre la vitesse ouverte de l’enfance et la fin d’une innocence que le commerce des choses et des mots précipite. En une syntaxe inouïe.
Une ruse passe de l’enfance à l’Histoire qu’une fois adulte on ne voit plus. L’enfant, lui, voit et sait tôt tout cela. Comme s’il avait senti avant même de tracer la forme des lettres de l’alphabet et leur dessin tout entier envelopper le sens naissant, la grande H de l’histoire venir couper l’herbe sous les pieds de l’innocence, y compris de celle du langage. Cette torsion entre les mots et...
Dans la nudité de l’ici
Poète du réel, Jan Wagner met le quotidien et le banal en équations sensibles. Une manière de redécouvrir le détail comme l’originalité du monde.
Avec une poésie qui s’énonce du côté de l’évidence mystérieuse, et dont l’allure est inimitable – entre le matérialisme épicurien de Lucrèce et le parti pris des choses pongien –, Jan Wagner – né en 1971, l’une des voix majeures de la poésie allemande – nous invite à regarder le monde moins tel qu’il est que tel qu’il nous étonne.
Une poésie qui vivifie, avive. Tantôt tableaux vivants,...
Aussi sage que sadique
S’il a mis à nu les passions les plus crues et montré l’insoutenable théâtre du corps, c’est d’abord à la pensée et à la philosophie qu’appartient Sade. Démonstration par Gérard Macé.
À l’heure où les religions reprennent du poil de la bête, où Internet a remplacé efficacement le libelle – toujours anonyme et toujours ordurier –, où l’air ambiant commence à se faire étouffant à cause du retour d’un ordre moral s’exprimant comme toujours au nom du bien, et au moment où l’on se remet à confondre allègrement l’être social et la personnalité de l’artiste, le créateur et ses...


