La rédaction Guillaume Contré
Articles
L'œil en marche
Milène Tournier a marché pendant un an en saisissant au passage choses et sensations, un catalogue d’impressions qui forme un journal.
Si la ville contemporaine est devenue, à force de muséification et d’uniformisation, de trottinettes et autres engins volants non identifiés, hostile à la flânerie, à l’art subtil de déambuler les sens aux aguets, la pratique n’en a pas moins de beaux restes. Thomas Clerc le démontrait encore brillamment il y a peu, 600 pages durant, sous un angle précisément critique du devenir de nos cités, dans Paris, Musée du XXIe siècle (Éditions de Minuit, 2024). Et Milène Tournier fait de même, en privilégiant une approche sensible de ce qui l’entoure, et en beaucoup moins de pages. C’est la force...
Dans le jour incessant
Le Tripode poursuit sa réédition de l’œuvre de Juan José Saer, le plus grand des romanciers argentins, avec un livre qui est une véritable prouesse formelle.
On connaît l’adage : raconte-moi ton village et tu me raconteras le monde. Cela, Juan José Saer (1937-2005) l’avait bien à l’esprit, lui qui fit de son lieu de naissance, la ville de Santa Fe et ses alentours, l’épicentre de son œuvre, un noyau à partir duquel faire irradier une sorte de métaphysique négative qui sonde l’humanité et le milieu dans lequel elle est irrémédiablement plongée, cet...
Traduire les pertes
Dans un roman court et subtil, Gabriel Josipovici dresse le portrait d’un homme en deuil à travers les trois étapes d’une vie discrète et insondable.
Un Anglais « de la vieille école », qui met toujours « une veste et une cravate avant de s’installer à son bureau, et un manteau et un chapeau pour sortir », vit à Paris « depuis trop longtemps pour s’en souvenir ». Traducteur de son état, il enchaîne les livres plus ou moins intéressants à verser d’une langue à l’autre dans son petit logement mansardé, où « s’il tendait le cou, il pouvait...
Refermer l’habitacle
Dans ce récit sombre et lyrique d’un homme retranché dans sa voiture, Arno Calleja nous donne à lire un magnifique roman de poète.
Avec ce roman centré sur un personnage qui s’enfonce dans une solitude radicale tandis que le monde se délite à bas bruit, presque par inadvertance – comme s’il s’agissait d’une fatalité ne pouvant être observée que du coin de l’œil, au rythme d’un temps qui « est lent et dans du ciment » –, Arno Calleja propose son projet le plus ambitieux à ce jour, une grande forme où la langue trame avec...
Ars poetica
La publication posthume du journal de Daniel Fleury, auteur de deux romans à l’imagination débordante, est une passionnante exploration de l’atelier d’un écrivain secret.
Écrire de nos jours de manière ostensiblement “littéraire” est un acte politiquement révolutionnaire », note le 14 mai 2017 Daniel Fleury (1947-2023) dans l’une des entrées du journal qu’il aura tenu avec une fébrile inconstance durant les sept dernières années de sa vie. Il s’y définit comme un « écrivain inexistant » ; un écrivain, du moins, qui aura peu publié : après un premier livre...





