La rédaction Emmanuel Laugier
Articles
Décalage(s) Hocquard
Dans À distance, Françoise Laroque fait le récit de sa relation à Emmanuel Hocquard, offre quatre lectures de ses livres, alors qu’au milieu, posthumes, les lettres du poète qu’elle reçut révèlent les écarts tenus entre vivre et écrire.
Étrange livre que ce À distance, que la critique et traductrice Françoise Laroque signe avec le poète Emmanuel Hocquard (qui n’en savait à priori rien). Étrange par la forme revendiquée d’une combinaison entre différentes écritures réunies, différentes temporalités. À distance se compose de trois liasses d’écrits (si l’on excepte le lettre-adresse finale d’un certain David à F. Laroque et E. Hocquard) : le « récit » de F. L de sa relation avec E. H titré « D’une destinataire ». Le choix de lettres écrites par E. H à F. L, du 17 octobre 1971 au 5 juin 1983, suivi de celle (unique) que lui...
Sous le soleil à notre âge
Douzième livre de Stéphane Bouquet, Tout se tient enchaîne une série de phrases-poèmes ouvertes sur l’élégiaque sentiment de l’existence, histoire de ne rien transiger. Bouleversant.
Les phrases des livres de Stéphane Bouquet, quelle que soit la forme dans laquelle elles se lovent (poèmes courts, ou aux vers amples, proses afférentes, conte, dialogues, micro-récits, fragments numérotés, etc.) se reconnaissent immédiatement par la torsion singulière dont elles se fusellent. Leur galbe, leur façon de tomber, d’attaquer un espace, d’aller, entre over et under dress, les...
Un livre
Parti sans laisser d’adresse
de
Levin Westermann
Éclats blancs de souffles
Premier livre impeccablement traduit de Levin Westermann en France, Parti sans laisser d’adresse travaille à un double exercice : celui d’évaluer ce qu’il faut dire, ici et maintenant, de notre environnement, et celui de savoir endurer notre propre patience. Remarquable.
En quelques livres de poésie (et essais), Levin Westermann (né en 1980 en Allemagne) donne à entendre une langue tenant dans ses déploiements les effets du baroque et de la littéralité : une sorte de mezzo voce, une ligne tonale très fine, toujours sur le bord de se casser plus que de s’asphyxier. Il en va d’un équilibre cherché, donc d’un élan et d’un risque, d’un pari, chacun se logeant...
Des mots en actes de baptême
Les Cendres de Gramsci paraît intégralement, soixante-huit ans après sa parution. Ce livre déchirant de Pier Paolo Pasolini, animé par la lutte des classes, la mélancolie, le vitalisme et la conscience de la dévoration du capitalisme à venir, possède la vigueur d’une nouvelle jeunesse.
En mars 1957, Pasolini corrige quelques vers de ce qui sera Les Cendres de Gramsci et envoie l’ensemble aux éditions Garganzi. C’est pour lui à la fois en finir avec une période d’écriture révolue (les onze sections du livre ayant été publiées en revue entre 1951 et 1956) et marquer par ce livre « trente ans de passion et de travail ». Pourtant rien n’y est révolu, c’est plutôt un mouvement...
Un livre
Isthmes & écluses
de
Eugenio de Signoribus
Opération écart
Avec Isthmes & écluses, sixième livre paru en France, Eugenio de Signoribus s’impose comme l’un des poètes majeurs de l’Europe d’aujourd’hui, à la hauteur d’une langue noueuse, réfractaire à toute simplicité.
Si, depuis son premier livre Maisons perdues (paru en 1986 et traduit en 2004), il y a une image qui s’impose pour définir la poétique de l’œuvre d’Eugenio de Signoribus, c’est celle d’un « état d’arrêt », d’une suspension que chacun de ses vers travaille en lui comme logique d’une relance. On peut se demander quel est ce « point d’arrêt », ce cran logé dans la tourne de sa langue et ce qui,...



