La rédaction Catherine Simon
Articles
Hanadi et ses spectres
De Paris à Beyrouth, la romancière libanaise Hoda Barakat met en scène une femme frappée d’une malédiction, symbole d’une violence qui façonne les êtres, leur désespoir et leurs destins.
Il faut bien nommer les choses, même celles que l’on ne voit pas », se dit Hanadi, la narratrice, assise à l’ombre d’un saule, dans un endroit qu’elle appelle le « bord du fleuve ». Ce n’est pourtant « qu’une sorte de chemin bétonné, légè- rement creusé en son milieu », reconnaît-elle, un lit de béton où rien ne coule, sinon « un liquide de couleur sombre », probablement « celui des égouts ». Hanadi n’en a cure. Ici, dans ce coin reculé d’une banlieue de Beyrouth, les enfants ne lui jettent pas de pierres, les chiens errants ne la poursuivent pas. Finalement, constate-t-elle, tout désolé...
Désirs contrariés
Ils ne s’appellent pas Jules et Jim, mais Oscar, Julien et François. Nous sommes au XXIe siècle, à Paris, du côté de la place Clichy dans un roman faussement léger, mené à un rythme d’enfer. Pas très loin de Truffaut, à ceci près que l’histoire est contée, non par les hommes, mais par elle, l’héroïne, imprévisible feu follet. Elle s’appelle Cléa et travaille comme animatrice dans un Ehpad....
Les fantômes de Hoda Barakat
Affreux, sales et errants : l’écrivaine libanaise donne voix, dans Courrier de nuit, à ces naufragés qui n’ont nulle part où se poser et vivre.
Arrivée en France en 1989, c’est avec son premier roman, édité à Londres en 1990, traduit en français en 1996, que Hoda Barakat s’est fait connaître en Europe : La Pierre du rire racontait l’irrésistible transformation de Khalil, un jeune homosexuel timide, rattrapé par la guerre (du Liban) et ses diktats mortifères. Dans Courrier de nuit, son dernier-né, roman polyphonique peuplé de voix...
La voix de la femme noire
Zora Neale Hurston sort de l’ombre avec Mais leurs yeux dardaient sur Dieu, un grand roman d’apprentissage et d’émancipation. réédition.
L’histoire peut se résumer en cinq lignes : après de longues années d’absence, Janie Mae Crawford revient dans sa petite ville de Eaton, en Floride ; elle a 40 ans passés, un postérieur « ferme comme une paire de pamplemousses » sous sa salopette de toile et une telle expérience de la vie (trois mariages, deux maris plaqués et un ouragan) qu’elle décide, le soir tombant, d’en faire le récit à...
À la croisée des sans-rien
Sous la forme d’une chronique parisienne, Leïla Sebbar observe à distance le « peuple de la rue ».
C’est un petit livre qui se lit lentement, comme on marche dans la rue le dimanche matin. Leïla Sebbar a tenu un journal, en 2010, 2011 et 2013 : un journal avec des trous, des retrouvailles, des deuils. Elle y raconte les gens de la rue, les sans toit ni loi de son quartier, dans le 13e arrondissement de Paris, entre Glacière et Corvisart, deux stations du métro aérien – construit sur un...





