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Domaine français Les arbres du mal

avril 2026 | Le Matricule des Anges n°272 | par Martine Laval

Christophe Ségas sort de l’anonymat un poète maudit et fait de lui un personnage puissant. Ou comment une biographie devient roman à la beauté percutante. Et troublante.

Dès la première page, l’auteur prévient : « À partir de ces cahiers, et d’entretiens menés avec ceux qui ont connu Olivier-Georges Gaillard – ou qui prétendent l’avoir connu – j’ai rédigé sa biographie. » Une biographie ? On pense : approche méthodique, faits vérifiés, écriture blanche. Forcément. Mais ce que Christophe Ségas offre avec sa Vie d’O.-G. Gaillard, bûcheron et poète, dépasse le genre et s’apparente plutôt à un hymne à la poésie tant son texte est un cantique fait de mots libres et puissants. Un écrivain rend ainsi grâce à un autre écrivain, et qu’importe s’il tord ou non la réalité, s’il prend des libertés ou pas : il invente pour son sujet devenu personnage de fiction une écriture fiévreuse, aussi électrique que lumineuse. D’une prose tout en tendresse, et même sensuelle, l’auteur accompagne son héros de sa naissance dans les Landes en 1975 à sa disparition (suspecte) en 2005. Il le suit à la trace dans une narration au présent, presque en direct, comme pour mieux lui redonner vie, le sortir de l’oubli.
Voici donc selon Christophe Ségas, Olivier-Georges Gaillard, le bûcheron-poète, l’incompris, le mal-aimé. Le Maudit. Voici donc l’histoire fabuleuse d’un homme qui, dès la prime enfance, « tombe à l’intérieur de lui-même ». Une voix venue de loin s’échappe de sa gorge, déverse un discours « de mots précis, affûtés, des phrases amples aux rythmes étranges » à faire trembler les alentours. Ségas prend soin de noter : « C’est un enfant à la lisière du langage qui vient de parler comme un savant. » Le gamin orphelin est marqué par un mal inconnu, hanté par on ne sait quel génie… ou quel démon. Est-il d’une intelligence supérieure ou est-il un monstre ? Il ignore les chiffres mais apprend à lire et écrire comme par enchantement. Il dérange. Il fait peur. On le raille. L’école est un enfer. Un professeur lui tend un cahier, le gamin « se jette dans la page comme on saute par la fenêtre d’un immeuble en flammes. » Il ne cessera plus d’écrire « un cahier par mois, qu’il jette sous le lit sans jamais les relire. » À l’adolescence, l’école le met au rebut. On fait de lui un bûcheron, un corps prêt à toutes les violences : « Quand il coupe du bois, il n’attaque pas un arbre, mais toute la forêt ; quand il se bat, ce n’est pas contre un ou dix hommes, mais contre l’humanité. » Parfois, les crises (ou prises ?) de paroles s’espacent, puis elles reviennent. Il entretient avec la forêt des liens mystérieux, attirance et haine, les pins sont maléfiques, les hêtres des havres de sérénité. Quand il capitule, vaincu par la férocité de son destin, il « se roule dans l’humus et s’endort, rêvant qu’il est l’âme des arbres assassinés » Devenu jeune adulte, il prend la route, traverse l’océan, envoie à sa sœur ses cahiers dont certains poèmes sont reproduits dans l’ouvrage, des gribouillis tourmentés d’où jaillissent des éclairs : « rester couché/ que le temps fuie plus vite/ que le jour enfin clos/ cesse de nous faire croire/ à un avenir meilleur ». Ou encore : « entre sable et racines/ nous sommes incertains/ de notre existence/ l’effondrement a débuté ». Et ces deux lignes radicales, détresse ultime : « les mots sont courts/ parfois ».

Martine Laval

Vie d’O.-G. Gaillard, de Christophe Ségas
Le Chemin de fer, 184 pages, 16,50

Les arbres du mal Par Martine Laval
Le Matricule des Anges n°272 , avril 2026.
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