Après une tentative de suicide, Hélène, la quarantaine, dépressive et en déshérence, tombe sous la coupe d’un gourou du développement personnel. Un séminaire de trois jours va lui permettre, enfin, d’approcher son idole, entre aveuglement et lucidité.
Écrivain dernier cri, Olivier Bruneau plane au-dessus de notre époque avec le bourdonnement caractéristique et la redoutable efficacité d’un drone kamikaze. Après le lovebot d’Esther et le guerrier insomniaque de Pharmakon, c’est un nouvel aspect de notre extrême contemporain qu’il prend pour cible sous l’ironique ambiguïté d’un titre en tout point parfait : l’industrie des marchands de bonheur y est disséquée sans anesthésie, son extrême violence et son hypocrisie impitoyablement mises à nu sous le scalpel d’une écriture qui va droit au but. Pur produit du néolibéralisme triomphant, le développement personnel a ses prédateurs et ses proies, constamment désignées comme seules responsables de ce qui leur arrive, éternelles vaches à lait d’une nouvelle catégorie d’exploiteurs sans scrupules dont le Jordan (sic) du roman coche bien entendu toutes les cases. La démonstration, néanmoins, n’est pas sans finesse puisque Hélène, malgré sa réelle fragilité, n’en garde pas moins assez de lucidité pour soupçonner la vérité derrière le personnage et, même, se croire capable de le manipuler. Une étrange dialectique se met alors en place entre eux sous le signe de la tromperie consentie, semblable à celle de toutes les addictions.
Le récit qui, chez d’autres, se serait pesamment enlisé dans le marigot psycho-sociologique des littératures blanches, vole ici d’un trait ferme et rectiligne. Car Olivier Bruneau sait faire court et ce n’est pas la moindre de ses qualités. Il se borne au strict nécessaire avec une efficacité tout anglo-saxonne, tant et si bien que son livre, pourtant écrit en français, donne parfois la curieuse impression d’être traduit de l’anglais.
Yann Fastier
Trois jours pour la joie, d’Olivier Bruneau
Le Tripode, 121 pages, 17,50 €
Domaine français Sous influence
avril 2026 | Le Matricule des Anges n°272
| par
Yann Fastier
Un livre
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Par
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Le Matricule des Anges n°272
, avril 2026.

