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Histoire littéraire Accélérateur d’existence

septembre 2025 | Le Matricule des Anges n°266 | par Richard Blin

Dans un livre où il rend justice aux femmes écrivains qui l’ont touché, François Kasbi nous livre les clés d’une esthétique de l’existence qui doit autant à l’heureux scandale de l’amour qu’à la lecture.

Lire, être amoureux, ces deux intensités, ces deux nécessités, François Kasbi a l’art de les concilier. Il sait, pour le vivre, combien peut être grande la porosité entre la vie et le roman. Et combien la femme de ses rêves existe puisqu’elle est l’écrivain femme qui le comble ou l’a comblé. (S’il écrit « écrivain » au masculin, c’est en gage de sa fidélité à Gabrielle Wittkop, qui y tenait, mais pas seulement.) Les femmes écrivains lui parlent, le concernent et il ne peut oublier le « rôle qu’elles ont joué dans (sa) vie ». C’est à elles qu’il rend hommage dans Mes chéries, un livre de témoignages d’amour et de souvenirs de lectures, chaque texte renvoyant au moins à un livre donné en référence.
En « quatre-vingt-quinze fois ‘’ la femme de (mes rêves)’’ » François Kasbi, armé de son regard froid et de sa façon quasi clinique de dire ce qu’il éprouve, module son admiration pour ces femmes qui ont, comme lui, placé l’amour et la littérature au cœur de leur vie, et qui défendent un féminisme subtil, qui ne signifie pas la guerre (Miss Islande de Audur Ava Olafsdottir). En des textes de longueur variable, il aiguillonne notre attention sur des auteurs que l’on connaît trop peu comme Nicole Krauss (Forêt obscure) – « peut-être l’écrivain américain le plus intéressant, le plus poétique aussi (ce qui n’est pas si fréquent dans la littérature romanesque américaine) » –, ou qui ont publié un livre mémorable (Tu n’es pas une mère comme les autres d’Angelika Schrobsdorff) ou une œuvre (Clarice Lispector, Ingeborg Bachmann, Cristina Campo, Virginia Woolf…). Ou qui ont écrit des romans d’une singularité insigne, comme L’Ami de Sigrid Nunez, des livres « hypnotiques » comme Le Bikini de Caroline de Kirsty Gunn ou des chefs-d’œuvre, parce qu’on a besoin des deux, dit François Kasbi, et pour qu’on se souvienne de la différence entre le charme et la beauté. Il y a aussi des romans d’apprentissage, des premiers romans – ils doivent prouver un tempérament et un style –, des livres symptomatiques d’une époque ou restituant le désenchantement d’une génération (Où es-tu, monde admirable ? de Sally Rooney), et parfois un livre inactuel et classique mais d’une grande sensibilité comme La Femme de Gilles (Madeleine Bourdouxhe). Toute une bibliothèque de femmes écrivains qu’unifie un regard capable de tenir ensemble des incompatibles « supposés ou apparents » comme le premier roman d’Aurore Bègue (Treize) et les écrits de Laure (Bataille), ou comme la biographie d’Elfriede Jelinek et celle de Jacqueline de Ribes.
Ce qui requiert François Kasbi dans un livre, c’est sa tonalité unique, l’adéquation entre le propos et les moyens utilisés pour y parvenir, et puis la capacité qu’a le livre d’augmenter notre appétit de vivre et d’aimer, autrement dit notre savoir existentiel. Mais il lui faut surtout sentir ce qui a fait être le livre ce qu’il est, ce qui l’a rendu nécessaire. C’est pourquoi il a un faible pour ce qu’il appelle le « livre d’artiste », bancal, maladroit, où l’auteur se perd mais qui atteste d’une tentative quelque peu désespérée d’être, comme dans Comment être quelqu’un ? de Sheila Heti, ou Frère de glace d’Alicia Kopf. C’est la nécessité qu’il aime : « Quand elle est foutraque et incommode, je l’élis. Et j’admire le geste de l’artiste. »
Le retient aussi le regard qui transfigure la banalité, comme chez Hanne Orstavik dans Place ouverte à Bordeaux ou comme dans Gema de Milena Busquets. Et puis il y a le livre « qui nous donne de nos nouvelles » – pas toujours bonnes comme dans L’Aigle et l’ange de Julie Zeh – car lire c’est aussi plonger parfois dans sa propre vie, ses propres souvenirs. Ce qui fait que Mes chéries est aussi un autoportrait, celui d’un romantique qui aime l’amour et les visions de l’amour qui se confrontent ou s’affrontent.
Dans la même veine que son Bréviaire capricieux de littérature contemporaine pour lecteurs déconcertés, désorientés, désemparés (éditions de Paris-Max Chaleil, 2018), Mes chéries est une invitation gourmande à la lecture ou à la relecture autant qu’un livre qui, au fil de 95 preuves d’amour, nous rappelle que « la littérature a, aussi, à voir avec la gratitude ».

Richard Blin

Mes chéries, de François Kasbi, éditions de Paris-Max Chaleil, 222 pages, 15 (en librairie le 2 octobre)

Accélérateur d’existence Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°266 , septembre 2025.
LMDA papier n°266
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LMDA PDF n°266
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