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Domaine français Pluriel en sa singularité

octobre 2021 | Le Matricule des Anges n°227 | par Richard Blin

En regardant les lieux et les moments où il a été comme des fragments d’un même rêve, c’est sa part d’altérité que découvre Gérard Titus-Carmel.

L’une des vertus du rangement est de ménager des surprises, de permettre des découvertes comme celle qui a donné naissance à Ajours. En retrouvant une boîte de photographies datées de son enfance, Gérard Titus-Carmel se voit confronté à un corps qui fut le sien mais qui lui est devenu totalement étranger. Choisissant alors quelques-uns de ces clichés oubliés – reproduits dans le livre –, il va entreprendre de se construire une histoire, de faire parler ces images, de devenir le chroniqueur d’une vie qu’il avait joué jadis. Une expérience intérieure autant qu’une réinvention textuelle – passant par la transformation de la personne en personnage – et se présentant comme une sorte d’aventure puisqu’il s’agit de se fier au langage, à la vivacité inventive de l’écriture, et à la vibration de vérité qui en émane. En se recomposant une enfance et en revisitant adolescence et années de formation, c’est le peintre, le dessinateur, le graveur, l’écrivain, le poète qu’il est devenu, qu’il cherche à mieux comprendre.
Se mesurant donc à ce « petit bichon mélancolique » devenu objet de fiction, pur sujet d’écriture, il comprend, ou constate, combien celui-ci a vécu en dehors de lui et en dehors du monde. S’adressant à lui dans de longs apartés en italiques, il le hèle, le tutoie, traque dans son regard l’inquiétude d’être ou, parfois, un vague air de défi. Né en 1942 à Paris, dans le XXe arrondissement, cet enfant est le fils d’un père absent – « héros sans voix ni visage », que la tuberculose est en train de détruire et qui va le laisser orphelin avant ses 6 ans – et d’une mère intermittente, crémière rue de Belleville. De cette enfance moins vécue que subie, Gérard Titus-Carmel a gardé des images très précises : le gris des ciels parisiens, les rues dévalées à toute allure, ses premiers dessins d’animaux sauvages recopiés du dictionnaire, son premier livre, les trois mois d’été de solitude, passés pendant neuf années consécutives, à Avranches (« pour qu’il respire le bon air »), reclus dans un jardin clos de murs et de haies vives, sous la surveillance d’une vieille femme qui ne lui adressait pas la parole. Des débuts dans la vie marqués par la rigueur maladroite d’une éducation contre laquelle il ne pouvait rien, sauf rêver, et par un constant sentiment d’absence qui « avait durablement entamé (sa) certitude d’être présent au monde à part entière »
Avec l’adolescence, le désir de s’échapper d’un milieu où il se trouve « déplacé » ne fera que croître. Cherchant à fuir « la vacuité générale d’un temps qui bat à l’extérieur de soi », il s’évade dans l’Histoire, qu’il imagine comme une fiction, et en multipliant les visites au musée du Louvre puis à celui d’Art moderne. Dans la peinture découverte dans les revues, dans le surréalisme, dans les films, dans la lecture – que l’irruption du Livre de Poche facilite grandement –, c’est la beauté qu’il cherche, la liberté, l’écart, autrement dit « le rêve  ». Parallèlement, et en compagnie de « quelques délurés » de son âge, il devient fan de jazz, une musique qui charpente son sentiment du monde. « J’avais la certitude que le salut se jouait entre Baudelaire, Sonny Rollins et Yves Tanguy. »
Puis ce sera l’École Boulle – six jours par semaine pendant quatre ans, avec à la sortie un diplôme de graveur en taille-douce –, la rencontre de Françoise, qui deviendra sa femme, les premières peintures, l’amitié de Mathieu Bénézet, de Christian Gailly, de Jean-Marc Tisserant : une vie en perpétuelle état d’attente et en quête d’images capables d’imposer leur pouvoir de beauté par leur seule évidence. « J’eus parfois l’impression de remplir un contrat en vivant ma vie comme il m’a été donné de la poursuivre, dans l’impatience, dans la colère, dans la distance impossible à réduire pour coïncider avec ce rêve que je continue d’appeler par mon nom. »
D’où le sous-titre d’Ajours – « un rêve autobiographique » – pour qualifier ce récit ajouré se déroulant comme le récit d’un « autre soi-même ». Une sorte de fiction par procuration, mais réellement vécue ; une suite de trouées, de fenêtres ouvertes sur l’échappée d’une portion de vie s’inscrivant, pour l’essentiel, entre deux dates, deux catastrophes : la mort du père, en 1948, et celle, accidentelle, de l’épouse, dix-neuf ans plus tard. Des limites que Gérard Titus-Carmel dépasse un peu pour éviter un inutile pathos, le récit s’interrompant, en 1970, sur ses premiers pas dans l’inconnu du Japon, où il rencontrera l’amour et d’où il reviendra « différemment pareil ».

Richard Blin

Ajours, un rêve autobiographique
Gérard Titus-Carmel
L’Atelier contemporain, 784 pages, 25

Pluriel en sa singularité Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°227 , octobre 2021.
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