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Corrida des mers
Lmda N°275 Réédition d’À la recherche du cachalot, roman documentaire du franco-italien Mario Ruspoli sur la chasse aux cétacés. Crépusculaire, poétique, cruel, magnifiquement illustré. Un docu-fiction ? Du réel romancé ? Un document (ré)interprété ? Un mélange de réel et de fiction. Du cinéma-vérité ? Celui de la reproduction « d’une réalité la plus vivante et saignante possible » ? Un matériel de plus en plus léger, les aspirations des sciences humaines, l’ethnologie et aussi l’antipsychiatrie ont permis en France, dans les années 1960, le développement de ce cinéma. Son...
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Domaine étranger Soleils aveugles Avec Le Bon mal, l’argentine Samanta Schweblin déstabilise le lecteur par un art affirmé du décalage et du renversement. Grave, intime et beau. Des anges, il y a ceux qui chantent la vie et ceux qui incarnent la mort avec un côté psychopompe pour guider dans l’au-delà. Les anges battent des ailes et dans leurs battements le réel se transforme, révèle d’autres dimensions. L’étrangeté, c’est quoi ? Le caractère de ce qui est bizarre, surprenant, inhabituel… L’étrangeté panique. Certains la recherchent. Les nouvellistes, depuis Edgar Allan Poe, ont leurs maîtres de l’étrange et leurs...
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Domaine français La ville, malgré tout Entre essai et rêverie, Joël Cornuault revient dans les rues du Paris de sa jeunesse afin d’y débusquer ce qui frétille encore. Joël Cornuault est de ces flâneurs actifs qui prennent au sérieux l’art de la déambulation, l’œil au vent et le nez aux aguets ; un art que d’aucuns, pressés comme des citrons par un monde qui n’a de cesse d’amoindrir la vie de nos sens, qualifieraient un peu hâtivement de désuet. Mais Cornuault n’accepte pas cette facilité, car il est également de ceux « qui veulent la lune » et ne se laissent pas abattre. Malgré les morosités passagères,...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Acab
On regrettera Wikipédia, bientôt rendue caduque par l’IA. Du principe collaboratif de l’encyclopédie émergeait un désordre baroque où se mêlaient informations hétéroclites et points de vue contradictoires. Prenons Fred Vargas, numéro un des ventes ce printemps. Sa page la révèle spécialiste en archéozoologie ; précise que son pseudonyme vient du personnage incarné par Ava Gardner dans La Comtesse aux pieds nus ; remarque qu’elle est extralucide (elle a annoncé la Covid-19 et la pénurie de masques treize ans avant) ; ingénieuse (elle a conçu avec sa sœur une cape de protection contre les...
Le Matricule des Anges n°274

un auteur
Marc Biancarelli
Chronique
Traduction
Traduction
Christophe Mileschi & Martin Rueff
Works, de Vitaliano Trevisan
Christophe – Quand je traduis je m’absente. Me laisse traverser par la parole de l’autre, à qui je cède ma voix et ma langue française. J’ai un peu brûlé les planches : souvent j’ai cru sentir une proximité profonde entre ce qu’il advient de moi traduisant et ce qui arrive à l’acteur·ice incarnant quelqu’un·e qu’iel n’est pas. Qu’on traduise ou joue un rôle, les pièces dont on est formé se réagencent au service d’une interprétation. On objectera que l’acteur·ice fait ça surtout avec son corps, là où la traducteur·ice ne s’engage pas physiquement dans sa traduction. Ce serait scinder...
Le Matricule des Anges n°269
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Domaine étranger Des ailes immenses étendues sur le monde Très soutenu dans la course au prix Nobel de littérature, l’écrivain roumain Mircea Cărtărescu voit la traduction de sa trilogie Orbitor remise en ordre. Une somme capitale au poids de papillon. L’un des moments majeurs de la carrière littéraire de Mircea Cărtărescu (Lmda n°257) reste sa trilogie Orbitor inspirée par Thomas Pynchon sous le signe du « laxisme désordonné, exaspérant » (Journal). Le récit kaléidoscopique en trois gros volumes publiés en Roumanie entre 1996 et 2007 a d’ailleurs été comparé au Gravity’s Rainbow de l’Américain (L’Arc-en-ciel de la gravité, Le Seuil, 1987). C’est lors de sa publication française, à partir...
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Poésie Comment être au monde Entre approche concrète et abstraite, les poètes François Jacqmin et Julien Starck cherchent à toucher une certaine vérité de notre rapport à l’existence. Le catalogue des éditions du Cadran ligné, dirigées par le poète Laurent Albarracin, fonctionnant par affinités sensibles, cela nous incite à tendre des fils, peut-être arbitraires, entre deux parutions récentes. Rapprochons ainsi selon notre caprice deux auteurs qui n’auront guère coïncidé dans le temps et l’espace – l’un se trouvant en pleine activité, l’autre décédé il y a plus de trente ans – et qui font de l’essai une dérive en poésie...
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Histoire littéraire Herbel, la malice du cosmos Une nouvelle traduction remet en circulation les histoires d’almanach de Hebel, classiques en Allemagne, presque inconnues en France. En Allemagne, Johann Peter Hebel (1760-1826) est un classique ; la France n’a pas son équivalent. C’est que l’art de Hebel, insiste Walter Benjamin, est le plus modeste de tous : des « historiettes », moralités, devinettes, longues de quelques lignes à quelques pages, écrites entre 1803 et 1819 pour l’almanach L’Ami de la maison du pays rhénan, vendu par colportage dans le pays de Bade. De son vivant, Hebel ne passe pas inaperçu : Goethe...
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Théâtre Blessures fantômes Daniel Keene sonde les traumatismes, dont les plus invisibles, de tous ceux qui ont dû partir combattre dans un conflit armé. Alors que les discours va-t-en-guerre se font de plus en plus nombreux, Le Long Chemin du retour de Daniel Keene est un contrepoint bienvenu et salutaire. Ce titre, en référence aux vingt ans nécessaires à Ulysse pour revenir de la guerre de Troie, évoque la difficulté pour tous ceux qui ont combattu au front de retourner à une vie civile « normale ». Le texte a été écrit à partir d’échanges, plusieurs semaines durant, avec des soldats des...
Intemporels
par Didier Garcia
Un chèque en or
L’Américain Davis Grubb (1919-1980) entraîne le lecteur dans l’odyssée de trois repris de justice, sur fond de Grande Dépression.
Avril 1935, quelque part en Virginie-Occidentale. Trois hommes ayant fini de purger leur peine sortent de prison : Johnny Jesus (un gamin, condamné pour un viol qu’il n’a pas commis), Billy Lee Cottrill (un personnage très discret, qu’on oublie facilement), et Mattie Appleyard, qui a passé 47 ans dans ce pénitencier, et qui en ressort avec un chèque d’un peu plus de 25 000 dollars, sorte de salaire correspondant à ce qu’il a gagné au cours de toutes ces années en travaillant dans l’univers carcéral. Ces trois-là se sont promis d’ouvrir ensemble un magasin aussitôt qu’ils auraient retrouvé...
Le Matricule des Anges n°238







