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Et regardait Caïn
Elles avaient une dizaine d’années, l’âge des balades à bicyclette et des jeux de marelle, celui des brouilles futiles aux promptes réconciliations.
L’été quarante-trois touchait à sa fin. L’air gorgé de chaleur n’offrait pas de répit à l’impression que tout pesait.
Huit heures du soir venaient de sonner à l’église lorsque quelqu’un a donné l’alerte : les Allemands étaient à un kilomètre du village. Ils avaient trouvé les fillettes réfugiées au couvent et les ramenaient avec eux.
Aussitôt, les gens se sont cloîtrés, les portes et volets se sont verrouillés. Mêlant prudence raisonnable...
Sous le signe de Cloclo
Ce célibataire né en 1959 vit dans la région de Rouen où après avoir travaillé dans la publicité, il donne des cours de communication. Il a publié un premier roman aux éditions Pétrelle, Ex Corpore (1999) et a contribué aux aventures du Poulpe avec son Lisier dans les yeux. Dernièrement la revue La Voix du regard a publié une de ses nouvelles. Apprécie la fantaisie et le travail sur l’écriture, lit Lautréamont, Baudelaire, Maupassant.Et vient de dévorer Qui a tué Roger Ackroyd ? de Pierre Bayard (Minuit).
Claudine et moi, on s’est connus au travail il y a cinq ans, au centre des Impôts du 2e arrondissement. Elle venait d’être nommée au poste de contrôleuse dans la première brigade de vérifications de Paris-Centre. Nous étions donc collègues.
Dès le début, quelque chose de très fort nous a attirés l’un vers l’autre, une sorte d’impulsion animale. Claudine avait une apparence banale,...
Les lèvres de Juliette
Née en 1958, Fabienne Cresci est architecte et urbaniste. Lauréate du prix de la nouvelle Sang d’encre du festival de polar de Vienne en 1998, elle a participé aux ateliers d’écriture du musée de l’Imprimerie de Lyon animés par Geneviève Metge. Elle y est maintenant animatrice vacataire. Si elle avoue une passion inextinguible pour Flaubert, Faulkner et McCarthy (notamment Un enfant de dieu, Actes Sud) elle vient de lire les romans et nouvelles de Virginia Woolf et Un bon jour pour mourir de Jim Harrison (10/18).
Je vais essayer de faire mon portrait. Je prends la glace grossissante que ma mère utilise pour se maquiller ou s’épiler les sourcils. Voilà ce que je vois :
Mes yeux sont noirs et enfoncés sous mes arcades sourcilières. Mes cheveux sont bruns et trop longs. Mes joues sont creuses et j’ai le teint pâle. Mon nez est recourbé. De profil, il me fait penser à un bec de pigeon. Je n’aime pas mes...
Les Fiancées
Née en 1948, Dominique Kopp est orthophoniste et habite Paris. En vrac : aime les collines siennoises, Masaccio, Raymond Carver, Mozart, le thé, son stylo, flâner dans Paris et surtout que cette liste ne soit pas close. N’a jamais été publiée. Dernier livre relu : L’Usage du monde de Nicolas Bouvier (Payot). Sa nouvelle a été primée cette année lors du concours organisé par la librairie La Mandragore à Chalon-sur-Saône dont Le Matricule des Anges est partenaire.
Quelques personnes s’attardent encore près du portail. Le prêtre est déjà parti ; les fossoyeurs, du tranchant de leur pelle, égalisent la terre avant de déposer fleurs et couronnes sur la tombe. Une cousine germaine a reçu les condoléances, le père trop âgé n’était pas là. A-t-il seulement compris que sa fille était revenue au village ? Au matin, le corps a été ramené de l’Hôpital...
Je ne connais pas Annah Dahl, nouvelle de Clair Bastard
Né en 1955, Joël Clair Bastard vit dans une ferme isolée dans le mont Jura. Il y élève des "bestioles" : ânes, chevaux, chiens et y écrit beaucoup : poésie (prix Voronca 1992 pour Mémorandum de porcelaine - Éd Brémond), théâtre, un oratorio, des chansons (sur des musiques de Monk, chantées par Christine Python), des nouvelles publiées en revues (Passage d’encres N°11). Il va publier Le Chant de la betterave, chez Éric Coisel. Ancien ouvrier bijoutier, il a dirigé une galerie d’art à Ferney Voltaire.Parmi les derniers livres lus : Raymond Carver Tais-toi je t’en prie (Stock), la poésie de William Cliff ou Comme un bruit de source de Xavier Bordes (Gallimard).
Du train, je vois les brumes lentement sur le fleuve descendre à la mer. Les eaux légères des nuages glissent dans la gorge noire du paysage. Les têtes penchées sur des livres d’étude sont immobiles. Et les cheveux font des taches claires et sombres dans le wagon. Dans un tunnel, les vitres deviennent des miroirs de mercure et dans l’une d’elles, je vois le visage d’une femme endormie qui se...
