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Et regardait Caïn
Elles avaient une dizaine d’années, l’âge des balades à bicyclette et des jeux de marelle, celui des brouilles futiles aux promptes réconciliations.
L’été quarante-trois touchait à sa fin. L’air gorgé de chaleur n’offrait pas de répit à l’impression que tout pesait.
Huit heures du soir venaient de sonner à l’église lorsque quelqu’un a donné l’alerte : les Allemands étaient à un kilomètre du village. Ils avaient trouvé les fillettes réfugiées au couvent et les ramenaient avec eux.
Aussitôt, les gens se sont cloîtrés, les portes et volets se sont verrouillés. Mêlant prudence raisonnable...
Lazlo, nouvelle de Giovanni Angelini
44 ans, Giovanni Angelini enseigne l’italien et l’histoire du théâtre en BTS, à Montpellier.Né entre Rome et Naples, il avoue écrire depuis longtemps : quelques revues italiennes et françaises (comme L’Arbre à paroles) ont déjà publié ses poèmes. Il s’intéresse beaucoup à l’Histoire et fréquente un peu moins les bars qu’il ne le fit auparavant.Précisons que, bien que montpelliérain, Giovanni Angelini n’a encore jamais bu un coup avec les anges du Matricule… Parmi les derniers livres lus : Tre Cavalli d’Erri de Luca non encore traduit en français et Vie secrète de Pascal Quignard (Gallimard).
Le bistrot avait été repeint d’une couleur qu’avoisinait celle du glaçon juste plongé dans le « 51 » mais l’éternel Espagnol accoudé au rade qui buvait son « tinto » défiait cet avatar qui se voulait smart et clean. Le seul avantage était la nouvelle vitre dépolie qui offrait une perspective différente comme émiettée. Elle masquait la désolation de l’intérieur aux passants naïfs et arrimait...
Lettre ouverte à Monsieur William Dickinson Roberts
Mireille Dupuy vit en banlieue parisienne. Quand elle ne travaille pas pour une compagnie aérienne qui dessert l’Afrique de l’Ouest et du Sud, cette passionnée d’astrophysique lit des revues scientifiques. Elle dit avoir toujours écrit, de la poésie, deux romans et des nouvelles (non publiés). Et aime se plonger dans les classiques du XVIIIe siècle et les fresques naturalistes du XIXe.
Par quelque heureuse fortune dont le patronat a le secret, vous avez, Monsieur, fait un pas en avant dans la hiérarchie. Un pas de souriceau qui rattrape son ombre lorsque le soleil d’hiver n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements ; un pas d’appelé qui troque son uniforme pour celui de caporal bien que les rangers de l’un se confondent avec la pointure de l’autre. Un petit pas, certes,...
Généalogie (nouvelle de Richard Alem)
Après Kangni Alem, publié dans le Matricule N°27, voici Richard, son frère qui nous a adressé cette nouvelle. Richard Alem, juriste, vit en Allemagne où il prépare une thèse sur l’harmonisation du droit d’auteur dans l’Union européenne. À 30 ans, ce Togolais est l’auteur de plusieurs pièces de théâtre inédites dont une a été enregistrée par RFI. Parmi les derniers ouvrages lus : L’Anatomiste de Federico Andahazi (Robert Laffont), Ombres de Chenjerai Hove (Actes Sud) et le dernier Günther Grass, (Mein Jahrhundert) lu en allemand.
Je me souviens. Notre voisin au regard d’ange est revenu de son exil de quelques lunes un soir de chaleur. Plus beau pour un sou. La rumeur le mettait entre des mains inamicales. La rumeur le voyait défait et enchaîné pour toujours au Ciel. Le Ciel qu’il fallait coûte que coûte éviter parce que pas très intelligent et pas très regardant, la crapule. Racontars. Moi je sais pourquoi notre ex...
Alexandra (nouvelle de Sylvie Le Bras)
Sylvie Le Bras, 37 ans, chercheur à l’IFREMER, vit dans le Finistère. Voyageuse assagie par cinq enfants, elle joue du piano, peint, sculpte et écrit pendant ses instants de liberté. N’a jamais été publiée. Aime Zola, Kafka. Dernier livre lu : Les Testaments trahis de Milan Kundera (Gallimard). Sa nouvelle a été primée cette année lors du concours organisé par la librairie La Mandragore à Chalon-sur-Saône et l’association L’Abattoir, dont le Matricule des Anges est partenaire.
Longtemps, je me suis cogné la tête contre les murs. La nuit, le jour, comme un papillon fou, tout autour de la pièce, je me cognais la tête contre les murs. Puis, j’ai trouvé ces cahiers et j’ai commencé à écrire. Sur les deux premiers et la moitié du troisième, j’ai noirci les pages les unes après les autres avec une seule phrase : « je me cogne la tête contre les murs… Je me cogne la tête...
