RUBRIQUE L'Anachronique
Les articles
In the Pilat
Dans la demeure n’est accroché qu’un seul tableau, mais sans cesse changeant. La vaste fenêtre, percée dans un mur épais, donne sur deux monts voluptueux. Un hameau rose pâle, dans l’échancrure, figure une faveur au soutien-gorge. Devant s’étend un kilomètre de plateau où ondule le blé en herbe, un ventre en chlorophylle. Puis ce sont quelques arbres, des buissons, ceux-là à portée de main… Chambre avec vue sur la géante, depuis le pubis.
On ignore la tête qu’elle a, au-delà du Pilat. Des ciels également démesurés témoignent de son humeur, tantôt cotonneuse, ouatée jusqu’aux...
Mon oncle
C’est un fait que, dans les familles, les oncles et les tantes ouvrent à leurs nièces et neveux des fenêtres dérobées sur le monde. Est-ce de n’être pas chargés d’autorité, comme les parents ? Ce qu’ils enseignent aux enfants tient de l’affectueux délit, du billet plié glissé dans la main, de la confidence. La jeunesse fait partie de leur privilège.
Philippe m’avait invité une semaine à la...
Une carte postale du Médoc
J’ignorais, avant d’y habiter, que c’était la lèvre inférieure du profil maussade du général de Gaulle, que nous dessinions à la place de la carte de France, le nez s’achevant à Crozon, la casquette rejetée en arrière suivant une ligne Dieppe-Pontarlier. La Gironde, qui n’est ni fleuve, ni rivière, mais estuaire, entrouvre la bouche au-dessus de ce banc de terre sableuse, qui rejoint le...
René
Il était apparu dans le sillage de Giorgio, « le menuisier titanesque ». Giorgio avait offert d’aider à déménager et, avec sa flotte de camions, c’était une offre qui ne se refusait pas. Il était d’apparence aussi fluette que Giorgio est imposant, la casquette vissée sur le crâne, le teint blanc, un trait de moustache relié à un bouc encadrait une bouche où manquaient les dents de devant,...
Adieu aux hommes d’ici
Ca, c’est pour Volker Sieben.
Voici le moment venu de partir, de laisser la clef sous la porte, ou plutôt de la remettre aux prochains occupants, en leur conseillant d’être attentifs aux arbres, d’écouter leurs alarmes. Si les chênes feutrent, ce n’est pas grave. Le saule, les érables, le petit cerisier réclament beaucoup d’eau ; le merisier, qu’on coupe une branche morte, s’il s’en présente une. Il convient de traiter...
