RUBRIQUE Événement & Grand Fonds
Les articles
Humain, trop inhumain
Acteur et témoin du monstrueux XXe siècle, Curzio Malaparte s’en est fait l’historien visionnaire, le chroniqueur impitoyable, dévoré par la pitié.
L’apocalypse, on l’oublie parfois, signifie d’abord, en grec, une révélation. Celle-ci, dans le texte attribué à Saint Jean, n’est qu’à l’ultime fin salvatrice : elle est, avant tout, désastres et catastrophes, chaos, triomphe de la mort. C’est bien à nous délivrer une telle révélation de ce que l’homme, au XXe siècle, a commis et subi de pire que s’est acharné, pendant toute son existence, Curzio Malaparte. Nous pourrions alors mettre en épigraphe ou en titre de ce fort volume (celui d’Exils semble quelque peu énigmatique) cet aphorisme célèbre de René Char : « La lucidité est la...
D’un Japon ambigu
Succombant aux tentations de la violence ou de la haine de soi, les personnages de Kenzaburô Ôé composent un microcosme perturbant mais profondément humain.
Un adolescent commet l’inceste avec sa sœur, handicapée mentale, en l’assurant qu’ils constituent ainsi une sorte de couple inséparable, mais elle se suicide quand elle comprend la vérité et leur culpabilité. Un jeune homme de 17 ans, masturbateur effréné et honteux, trouve le salut dans la dévotion fanatique à l’Empereur, commet un assassinat politique et se pend ensuite. Dans un autobus,...
Marie Ndiaye par le menu
À travers la vie imaginaire d’une cheffe cuisinière, la romancière esquisse un autoportrait en trompe-l’œil et nous livre son art poétique : presque pas de dessert et beaucoup de salé, de la ferveur, de l’énigme et une joie âpre.
Joaillière, c’est l’un des métiers qu’aurait pu apprendre Marie NDiaye (ainsi aimait-elle à dire en entretien il y a quelques années), elle qui a si vite quitté les études pour se consacrer à son art, l’écriture. On l’imagine facilement en Précieuse du XXIe siècle, sertissant ses phrases, lentement, avec précise patience, tout en délicatesse – tout en cruauté, aussi. Avec La Cheffe, roman...
« staro » l’enchanteur
Avec sa manière d’investir un texte, de l’habiter, Jean Starobinski met en évidence ce qu’il est parfois difficile de percevoir et donne à entendre ce qui n’est plus entendu. Un imposant recueil rend grâce à son art de la raison critique.
Lire, regarder, céder à l’enchantement de la musique ou des beautés qui portent, c’est bien, mais chercher à comprendre – et faire comprendre – quels enjeux d’être, quelle puissance de révélation ou quelles promesses de vérité se cachent derrière une œuvre d’art ou les formes littéraires qui capturent la beauté du monde, c’est mieux. C’est en tout cas cette curiosité et cet horizon qui...
Un auteur
Jubilé des contrées
En 1982, Jacques Abeille découvrait les jardins fantastiques où poussent les statues. Son « cycle des Contrées » est entré depuis dans l’étroit club des grands livres de la littérature française.
Jacques Abeille peut se vanter de connaître un sort éditorial unique : tandis que tant d’auteurs prometteurs, arrogants à la mesure du tonitruant de leur démarrage, mangent la poussière avant d’imprimer leur millième page, il traverse les décennies à dos d’éditeurs sans cesse différents, souvent les plus militants et les plus amicaux, et toujours parmi les plus indépendants. Cette année, il...




