RUBRIQUE Essais
Les articles
Un livre
Eisen
de
Gouzel Iakhina
Eisenstein, l'ultime montage
Mêlant érudition, sensibilité et poésie, Gouzel Iakhina dresse le portrait d’un génie et d’une époque – démesurés : Eisenstein en Soviétie.
Un génie ? L’œuvre peut sembler mince : six films achevés (La Grève, Le Cuirassé Potemkine, Octobre, La Ligne générale, Alexandre Nevski, Ivan le Terrible), un film inachevé, remonté bien après sa mort (Que viva Mexico !), un film totalement détruit dont seuls quelques photogrammes furent sauvés (Le Pré de Béjine). L’homme, lui, peut être aisément caricaturé : souvent infantile, en proie à la sensiblerie ou aux excès clownesques, incapable d’assumer ses penchants homosexuels, obéissant aux injonctions paradoxales du pouvoir politique… Ajoutons à cela le discrédit, pour ne pas dire plus,...
Saint Formulaire
D’avis général, la rentrée littéraire a eu la bienveillance de nous fournir un livre épatant. Le Démon de l’écriture se lit même sans que l’on prête attention au propos postambulique de Robert Darnton qui crache un peu dans la soupe à propos d’une légère claudication méthodologique. Peu nous en chaut, d’autant que les débats historiographiques sont ennuyeux, contrairement à l’entraînant...
Le sagace courtier
Des « petits cailloux ». C’est ainsi que Bernard Pingaud, 90 ans – et encore toutes ses dents théoriques –, désigne les jalons de son parcours d’écrivain et de critique (cinquante ans d’articles pour Les Temps modernes, La Quinzaine littéraire, l’Express…), dans un ouvrage au titre pourtant provocateur qu’il semble avoir subtilisé à plus d’un président et qu’il emprunte au Dictionnaire des...
Éloge de l’opulence
Avec Rubens, cet Homère de la peinture, comme disait Delacroix, c’est la peinture faite chair que célèbre Philippe Muray.
Quel dommage que Philippe Muray (1945-2006) n’ait plus fini que par écrire sur ce qu’il détestait. Car il savait aussi magnifiquement écrire sur ce qu’il aimait comme le prouve la réédition de son essai sur Rubens (1991). Un livre dont la verve flamboyante, la féroce et joyeuse appétence verbale relèvent du pur plaisir, de l’émotion érotique qui est à la source de l’intérêt qu’on peut...
Le dossier pour tous
Comment, au milieu du 19e siècle, la Préfecture de police de Paris faisait le compte des homosexuels : un document extraordinaire édité avec beaucoup d’intelligence.
C’est un registre nominatif composé en 1852-1853. Il est coté BB4, mais étiqueté de manière plus parlante : « pédés ». De brèves notices biographiques (d’une ampleur toutefois variable) écrites, comme l’indique Jean-Claude Féray dans sa présentation, « par des policiers pour des policiers » : ainsi « elles ne s’encombrent (…) d’aucune des précautions d’usage que l’on rencontre dans la...




