La rédaction Richard Blin
Articles
Un livre
Henri Michaux, pèlerin de l’intérieur
de
Patrick Krémer
Un désir inapaisé de révélation
Mystique refoulé et saboté autant qu’explorateur méticuleux du lointain intérieur comme des lointains ailleurs, Henri Michaux aura cherché l’Absolu toute sa vie. En aventurier intrépide de l’infini turbulent, et en artiste des paradoxes et des paroxysmes, ainsi que nous le montre le livre que lui consacre Pascal Krémer.
Si vous êtes de ceux qui lisent pour échapper au tourment d’être, fuyez les livres d’Henri Michaux ! Car dans leur insouciance absolue de séduire, des livres comme Qui je fus, Mes propriétés, Un certain Plume, La Nuit remue ou Voyage en Grande Garabagne sont des modèles d’outrance fiévreuse, de provocation iconoclaste et d’analyse d’états inondés d’insaisissable. Des livres inclassables qui se présentent comme autant d’avatars d’un moi éclaté qui n’aura cessé de se parcourir, de se mettre à l’épreuve, d’explorer son humanité dérisoire. Rejetons d’une vie que Michaux a consacrée à la...
Fleurs du mal
Très tôt condamné au lit par une tuberculose osseuse, Masaoka Shiki est l’inventeur d’une écriture qui témoigne du secours que peut représenter la littérature.
Bien que mort prématurément, à 34 ans, Masaoka Shiki (1867-1902) n’en a pas moins profondément marqué l’histoire littéraire du Japon. Parce qu’il a réinventé l’art du haïku et celui du waka, des genres devenus des exercices mineurs condamnés à la disparition par leur propre insignifiance. Parce qu’il milita pour une prose nouvelle s’articulant autour de la notion du « croquis sur le vif »...
L’ombre du perdu
Avec Le Sommeil des objets, Richard Millet signe un livre fait des jeux du proche et du perdu, sur fond de lumière d’étoiles mortes.
Il y a une volupté singulière – triste et douce – à évoquer ce dont on ne parle quasiment jamais, à penser des dimensions de la réalité que l’idéalisme ignore. Comme le laissé pour compte, le renié, les objets déchus. Autrement dit le rebut, ce qui gît au grenier, à la cave, dans les tombeaux ou dans un coin de la mémoire. C’est autour de ce que ce rebuté ou ce révolu disent de nous, de...
Beauté tranchante
Flaubert, avec Salammbô disait avoir voulu faire « quelque chose de rutilant et de gueulard ». Dans une lettre, il évoque son écriture : « J’éventre des hommes avec prodigalité, je verse du sang, je fais du style cannibale. » Et de fait, le lecteur est entraîné dans un tourbillon de sang, de soleil et de feu, une sauvagerie sensuelle que découvrit – dans sa traduction en japonais – Yokomitsu...
Muray, à l’épreuve de lui-même
En résistance contre l’esprit et les pratiques de son temps, Philippe Muray (1945-2006) est avant tout un écrivain. Ce que montre incontestablement le tome II de son Journal.
C’est par quelques constats amers que débute ce deuxième tome du Journal de Philippe Muray. Il a 40 ans et ses deux derniers livres – Céline (1981) et Le XIXe siècle à travers les âges (1984) – n’ont pas rencontré l’audience espérée. « Mes livres ne peuvent avoir de succès puisque tous mes sujets consistent à défriser l’être. » Dépité, il regrette le temps où il écrivait dans la fièvre, sans...




