La rédaction Richard Blin
Articles
La transmutation du monde en beauté de langue
Loin des commodités du roman courant et de la compulsion moderne au discontinu, la prose romanesque de Jean-Paul Goux fait de la matière de la langue la source même de l’émotion littéraire.
On n’entre pas tout uniment dans l’univers de Jean-Paul Goux, mais il ne faut pas longtemps pour que son écriture agisse et que l’on sente œuvrer la singularité d’un ton, la profondeur d’un éprouvé, la tension d’une voix. Quelqu’un nous parle, s’adresse à nous, sollicite notre écoute, nous subjugue par la force d’entraînement de sa pensée parlée en mouvement. Une voix, portant la présence d’un corps, nous fait partager l’intime d’une réflexion tout intérieure. Tous les livres de Jean-Paul Goux sont ainsi portés par des voix qui alternent, se relayent, mettent en mouvement ce qui les meut...
Toros de mort
En expliquant ce qu’est un taureau de combat, et dans quel environnement naît un torero, Laura Kind veut en faire des symboles de la tragédie guerrière. Au détriment de ce qui fait de la corrida un art vivant et une esthétique du sublime.
Livre d’une poésie noire et vibrante, Le Destin connu des bêtes de combat a l’âpreté de la ruine et l’à-vif de tout ce qui excède la condition humaine. Présenté comme un roman faisant de la tauromachie une figure allégorique de la guerre, il est structuré comme une tragédie et se déploie à la façon d’un compte à rebours rythmant une marche à l’inexorable, au dimanche de Pâques de...
Un livre
La Remontée des eaux
de
Jean-Pierre Chambon
Plongée dans les eaux du souvenir
En une prose fluide et comme transparente, Jean-Pierre Chambon revisite sa mémoire liée à l’eau. Une remontée tout en sensations, saveurs et jouvence.
C’est manifestement le principe de plaisir qui a présidé à l’écriture de La Remontée des eaux. Un exercice de mémoire qui aura consisté « à essayer de ressusciter par l’écriture le passage de l’eau insaisissable, de retrouver, en les recréant, les lieux où j’ai croisé son cours et les moments où j’en ai été ému », nous dit Jean-Pierre Chambon (né en 1953 et qui publie depuis 1981). En trente...
Breton-Gracq, ensemble et séparément
Commencée en 1939, leur correspondance est la première à nous révéler le Gracq épistolier. Là où Breton rêve de liens « qui auraient seulement existé dans la chevalerie errante », Gracq, écrivain secret s’il en est, n’aspire qu’à être un ami fiable et une sorte de conseiller désintéressé.
Quand, en mai 1939, Gracq, jeune écrivain quasi inconnu, fait parvenir son premier livre à Breton, c’est d’abord l’auteur de Nadja et de Poisson soluble qu’il veut atteindre, le « Grand Singulier » plutôt que le chef du groupe surréaliste. Ce qu’il aime dans le surréalisme – qu’il a découvert alors qu’il venait d’être reçu à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (1930-1934) –, c’est sa...
Jouvence inaugurale
Trente ans après être parti vivre là où on est seul, là où on n’est rien, Pierre Cendors se souvient de ce qui fut un double voyage initiatique.
Quête de soi doublée d’une méditation sur la construction amoureuse d’un jeune homme en devenir, Veneris memories est un récit qui se déplie par échos et consonances. C’est une orchestration d’instants vrais – car tous les moments ne sont pas des instants – des moments d’instance sollicitante, qui se découpent, se détachent, trouent la trame du temps. Trente après, ils habitent encore Pierre...




