La rédaction Richard Blin
Articles
Breton-Gracq, ensemble et séparément
Commencée en 1939, leur correspondance est la première à nous révéler le Gracq épistolier. Là où Breton rêve de liens « qui auraient seulement existé dans la chevalerie errante », Gracq, écrivain secret s’il en est, n’aspire qu’à être un ami fiable et une sorte de conseiller désintéressé.
Quand, en mai 1939, Gracq, jeune écrivain quasi inconnu, fait parvenir son premier livre à Breton, c’est d’abord l’auteur de Nadja et de Poisson soluble qu’il veut atteindre, le « Grand Singulier » plutôt que le chef du groupe surréaliste. Ce qu’il aime dans le surréalisme – qu’il a découvert alors qu’il venait d’être reçu à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm (1930-1934) –, c’est sa force native, l’« espèce de jet brutal de la révolte qui était celui du début », mais aussi le relâchement de l’emprise de la raison sur nos vies au profit du rêve et de la rêverie. Cette dimension...
Aller aux choses mêmes
En recyclant et en rassemblant les textes qu’il a consacrés à Berck et à sa plage, Ivar Ch’Vavar donne voix à la puissance baptismale d’inauguration et de surgissement de la poésie comme à son potentiel d’effets et d’affects.
À sa façon, dans sa langue et sa cadence, Ivar Ch’Vavar aime revenir à la source des ébranlements initiaux et plus particulièrement au lieu où lui-même a commencé, c’est-à-dire à Berck, où il est né en 1951. Une plage, un site auxquels il a consacré de nombreux textes qu’il a décidé de recycler en en sélectionnant des pans, avant de les redisposer dans un grand ensemble titré Filles bleues....
Les clefs d’une passion
Au fil d’un cheminement à la fois mémoriel et réflexif, Olivier Cena interroge le déni dont l’art se voit aujourd’hui frappé. En donnant corps et figure à ce qu’il appelle le sentiment de l’art.
Comment naît le sentiment de l’art, voire la passion de l’art ? C’est à cette question que tente de répondre Olivier Cena, qui couvrit longtemps l’actualité de l’art à Télérama, et a écrit plusieurs livres dont le dernier est un long entretien avec le peintre Gérard Traquandi (Toute peinture est un désir contrarié, L’Atelier contemporain, 2024).
Il commence donc par rechercher, dans ses...
De la craie à la création
Dans un livre qui fait entrer le pays de Caux dans la parole, Jacques Moulin chante les lieux de son enfance. En croisant prose poétique, vers libres et rondels.
Enfant des vagues et du cri des mouettes devenu arpenteur de falaise, marcheur de grève et dévaleur de pente herbeuse, Jacques Moulin est né, en 1949, dans le pays de Caux, en Normandie maritime. Si la vie l’a conduit à vivre en Franche-Comté à partir de 1985, le lieu de l’enfance ne l’a jamais quitté. Et à force d’y revenir et de le reparcourir, il a fini par acquérir, à Yport, une « maison...
Contrôler l’incontrôlable
Enfant d’une famille où l’on s’ingénie à vouloir maîtriser le non-maîtrisable, Laurent Nunez interroge, dans un livre au comique involontaire, les rituels de pensée magique et notre besoin de croire que tout ira bien.
Il aime surprendre, Laurent Nunez. Après s’être mis à la place de Barthes, de Derrida et de Blanchot pour écrire un livre sur Rimbaud, Hugo et Laforgue (Si je m’écorchais vif, Grasset, 2015), ou avoir emprunté les voix de Quignard, Duras, Proust, Genet comme autant de masques pour donner des visages passagers à ses tribulations amoureuses autant qu’au prix qu’il faut payer pour écrire un...





