La rédaction Lucie Clair
Articles
Un livre
Calligraphie des rêves
de
Juan Marsé
La vie devant soi
Revisitant les points clés du roman de sa jeunesse à Barcelone, Juan Marsé dessine les volutes de l’esprit résistant au réel.
La belle écriture, mais aussi la prière des moines copistes, le tracé spirituel autant qu’ornemental, une science ésotérique – telle est la calligraphie, et quand ce terme s’associe à celui de rêve, c’est un monde qui se déploie. Monde intemporel, universel, sans limite, dans cette Calligraphie des rêves, ciselant les détours de ceux de l’auteur – transparent derrière le jeune Ringo le long de son parcours initiatique entre ses 15 et 25 ans – comme ceux du Guinardó, le faubourg populaire de son enfance, ici encore mis en scène dans la pérennité des souvenirs. Rêves fous de gloire et de...
Un livre
Le Triomphe du singe araignée
de
Joyce Carol Oates
Dedans dehors
En 1976, avec un petit livre au titre ludique (mais trompeur), Joyce Carol Oates dynamitait les frontières entre le Bien et le Mal.
Bobbie Gotteson a mal commencé sa vie - il fut abandonné, âgé de quelques heures, par sa mère dans un casier de consigne du « terminus d’autobus de Canal Street, New York, un endroit qui en vaut bien un autre ». Que cela puisse être égal, c’est ce dont Bobbie voudrait se convaincre - et par la même occasion les jurés auxquels il s’adresse, dans un soliloque entremêlé de scènes arrachées comme...
Un livre
Le Journal intime de Benjamin Lorca
de
Arnaud Cathrine
A perte
Poursuivant son thème de prédilection, Arnaud Cathrine offre un nouveau roman sur la disparition et les gouffres qu’elle provoque chez les survivants.
On aime toujours à perte - par le simple fait d’être mortels. Que la personne aimée disparaisse, elle nous laisse avec nos sentiments, désirs, pulsions, incomplets, inassouvis - forcément impréparés - et l’évidence de sa présence change de nature. Elle devient celle, intermittente, des trésors (perdus), parfois d’une pesanteur agaçante - l’énervement des choses rêvées, rendues impossibles par...
Un auteur
La discrète empathie
Puisant sa matière directement à la source des vies et des destins qu’elle croise, Marie Ndiaye a su développer une voix littéraire libérée des tentations compassionnelles : ou comment être au plus près de la vérité de notre proximité d’humains.
C’est une vaste maison face à la mairie du village, en fait l’ancien café-hôtel, restauré. Des murs avec des frises au pochoir, des tableaux et sculptures en héritage de l’art brut, un grand billard, une table ovale, un bar, un frigo jaune, un mur de bibliothèque parsemé de plaques de noms - botaniques - de vaches nées en Normandie et « auxquels les enfants tiennent », de grandes pièces au...
Un auteur
Tenir tête
Le dixième roman de Marie Ndiaye, Trois femmes puissantes, éclaire les ultimes territoires de l’être où l’humanité persiste, envers et contre tout.
En anglais cela se nomme « fortitu- de », en français, on dirait « force d’âme », pour cette part d’irréductible que les épreuves convoquent, et dont à chaque fois on se demande si elle sera encore là, quand le funeste s’acharne. Norah, Fanta et Khady affrontent chacune, entre la France et le Sénégal, les récidives d’un sort qui semble vouloir les attraper au vol, les épingler en une issue...

