La rédaction Jean Laurenti
Articles
L'œuvre au soir
L’ultime volume du Journal de Charles Juliet (1934-2024) composé à partir des fragments laissés à son éditeur rend compte d’un cheminement à l’approche de son terme. Une aventure humaine et une œuvre ouvertes à chacun.
La onzième livraison du Journal de Charles Juliet clôt une entreprise littéraire dont la matière, au long des décennies qu’elle accompagne, est indissociable de la vie même de son auteur. Comme témoignage, peut-être, mais avant tout comme recueil du mouvement de cette vie, de son souffle ténu que les mots auront fidèlement restitué, sans jamais rechercher l’effet, la séduction. Le murmure pour tenter de dire la nature profonde des choses, plutôt que l’affirmation assénée.
Titré Mes meilleures années, ce Journal XI est accompagné de la mention « Fragments ». Charles Juliet est mort au...
Un livre
La Joyeuse complainte de l’idiot
de
Michel Layaz
Fous du logis
En vingt-quatre chapitres Michel Layaz propose la visite guidée d’une grande maison où l’on vient s’abriter des frimas du monde extérieur.
Le récit de Michel Layaz se déroule entièrement dans les murs d’une institution qui accueille des garçons qu’on qualifiera, pour simplifier, d’inadaptés au monde tel qu’il est. Le cadre d’un internat, ce monde clos sur lui-même, offre à l’écrivain un laboratoire idéal pour observer les comportements humains, que ce soit ceux des pensionnaires, ou des membres de l’encadrement. On pense à...
Un livre
Comment j’ai vidé la maison de mes parents
de
Lydia Flem
Les morts et les choses
Lydia Flem aborde de façon singulière le travail de deuil, centré sur la circulation de ce qu’elle nomme les objets orphelins.
Le titre du livre de Lydia Flem connote ce qu’il faut de désinvolture pour atténuer la gravité du sujet abordé. La première partie de l’ouvrage s’apparente à un court essai, une tentative pour penser ce qui ne peut véritablement l’être avant d’avoir été vécu : la perte de ses parents et le bouleversement qu’elle introduit dans l’existence des « orphelins », quand « il n’y a plus personne...
Un livre
Liquidation
de
Imre Kertész
Naître sans destin
Imre Kertész réaffirme sa conviction qu’Auschwitz n’est pas qu’un moment de l’Histoire qui peut être dépassé : avec lui une certaine idée du Mal s’est enracinée dans les consciences, contaminant pour longtemps les valeurs fondamentales de l’Occident.
Lorsqu’il a reçu le prix Nobel de littérature en 2002, Imre Kertész travaillait sur un livre dont le titre provisoire était Felszámolás, qui signifie Liquidation. Et c’est sous ce titre que paraît aujourd’hui en français cet ouvrage, le premier achevé depuis la consécration suédoise. Jusque là Kertész, né à Budapest en 1929, était connu pour son roman Être sans destin paru aux éditions Actes...
Un livre
Mes Algéries en France
de
Leïla Sebbar
Algérie et pleure
Dans un livre qui fait la part belle à l’image, Leïla Sebbar s’efforce de dire une histoire à la fois singulière et collective, tissée de fils tendus au-dessus de la Méditerranée entre la France et l’Algérie.
Rassembler les fragments épars d’une mémoire collective hantée par la douleur : ce beau livre de Leïla Sebbar questionne au plus près l’expérience du déracinement, s’approche avec pudeur et gravité de ceux qui, comme elle, sont à la fois ici et là-bas, dans le souvenir d’une lumière voilée par les larmes, le manque et, souvent, le deuil. Cet ouvrage qui associe étroitement l’image au texte...

