La rédaction Jean Laurenti
Articles
L'œuvre au soir
L’ultime volume du Journal de Charles Juliet (1934-2024) composé à partir des fragments laissés à son éditeur rend compte d’un cheminement à l’approche de son terme. Une aventure humaine et une œuvre ouvertes à chacun.
La onzième livraison du Journal de Charles Juliet clôt une entreprise littéraire dont la matière, au long des décennies qu’elle accompagne, est indissociable de la vie même de son auteur. Comme témoignage, peut-être, mais avant tout comme recueil du mouvement de cette vie, de son souffle ténu que les mots auront fidèlement restitué, sans jamais rechercher l’effet, la séduction. Le murmure pour tenter de dire la nature profonde des choses, plutôt que l’affirmation assénée.
Titré Mes meilleures années, ce Journal XI est accompagné de la mention « Fragments ». Charles Juliet est mort au...
Un livre
À la recherche du voile noir
de
Rick Moody
Noirceur des origines
Pour accomplir sa quête autobiographique, Rick Moody est amené à remonter aux sources mêmes de la nation américaine. Un voyage tumultueux qu’il accomplit sous le patronage de Nathaniel Hawthorne.
L’Amérique s’est forgée au cours de son histoire des identités littéraires ancrées dans la diversité de ses territoires. On connaît la Californie et son soleil trompeur, de Steinbeck ou de Fante ; le Montana et ses écrivains d’une nature, violente et généreuse, qui confronte les êtres à leur propre vérité ; le Sud de Faulkner et de Flannery O’Connor, marqué par l’esclavage puis la ségrégation...
Un éditeur
Beaux débuts de Finitude
Jeune maison aux livres intemporels, Finitude est née un peu par hasard et beaucoup par amour. Emmanuelle et Thierry Boizet, éditeurs passionnés, conçoivent patiemment un catalogue de très haute tenue, où domine une littérature française méconnue du grand public.
La galaxie des amoureux de la littérature abrite en son vaste sein une famille un peu à part : une communauté de passionnés pour qui les livres sont bien sûr des portes qui entraînent dans le monde de l’imaginaire, du savoir, de la poésie, mais aussi (on n’a pas dit surtout) des objets hautement sensuels, désirables, que l’on regarde, que l’on hume et que l’on caresse. Qui procurent du...
Self sévices
Dans son dernier opus, Will Self revisite « Le Portrait de Dorian Gray » d’Oscar Wilde. Juché sur le mythe, il observe sans indulgence une société qui, incapable d’offrir des valeurs dignes de ce nom, court à son naufrage.
Depuis ses débuts en littérature à l’aube des années 1990, Will Self décline son aversion pour son époque, cette société du paraître, du faux-semblant, où la quête effrénée de la réussite et de la jouissance tient lieu d’horizon collectif. Comme d’autres écrivains moralistes qui l’ont précédé, une bonne part de sa hargne et de l’efficacité de son propos vient de ce qu’il a longtemps été un...
Un livre
Les Neiges bleues
de
Piotr Bednarski
Lumière de l’effroi
Dans un récit qui sonne juste, porté par une écriture d’une beauté sans fioritures, Piotr Berdnarski fait revivre son enfance d’exilé en Sibérie.
Un enfant nous tend la main, entrouvre pour nous la porte de son enfer. Il s’appelle Petia et n’a pas 10 ans. Sa mère, que tout le monde appelle Beauté, et lui sont assignés à résidence dans une petite ville de Sibérie où vivent de nombreux relégués, sous la férule dangereuse des services soviétiques. Soyons justes : ici, ce n’est pas tout à fait l’enfer, plutôt son antichambre, une sorte de...


