La rédaction Catherine Simon
Articles
Hanadi et ses spectres
De Paris à Beyrouth, la romancière libanaise Hoda Barakat met en scène une femme frappée d’une malédiction, symbole d’une violence qui façonne les êtres, leur désespoir et leurs destins.
Il faut bien nommer les choses, même celles que l’on ne voit pas », se dit Hanadi, la narratrice, assise à l’ombre d’un saule, dans un endroit qu’elle appelle le « bord du fleuve ». Ce n’est pourtant « qu’une sorte de chemin bétonné, légè- rement creusé en son milieu », reconnaît-elle, un lit de béton où rien ne coule, sinon « un liquide de couleur sombre », probablement « celui des égouts ». Hanadi n’en a cure. Ici, dans ce coin reculé d’une banlieue de Beyrouth, les enfants ne lui jettent pas de pierres, les chiens errants ne la poursuivent pas. Finalement, constate-t-elle, tout désolé...
Bascoulard, l’excentrique du Berry
Trois en un, comme disait la vieille pub ? Trois hommes en un seul ? Et sans doute plus : à part ses chats, qu’il nourrissait mieux que lui-même, qui pourrait se vanter d’avoir connu Marcel Bascoulard (1913-1978), ce clochard à la fin tragique, étranglé au fond d’un terrain vague, ce gentil géant, crotté et puant, qui paradait dans les rues de Bourges habillé en femme et dessinait à...
Bénie soit cette enfant…
C’est une enfant qui chante, une « enfant laide », dit-elle, « rêveuse inadaptée, névrotique, dissociée », qui demande à Dieu s’il est là ? et qui « chaque nuit récite des sourates » pour éloigner le mauvais œil et « protéger son corps et sa maison des intrusions ». Nous sommes à Londres et à Mogadiscio, la voix qui parle et chante est celle d’une poétesse, Warsan Shire, celle aussi de sa...
La malédiction des frontières
Aliyeh Ataei, écrivaine iranienne d’origine afghane, dit le malheur des sans-patrie et des femmes « qui ne valent rien », dans une langue éblouissante.
C’est un livre sombre et dur, dégorgeant de douleurs, c’est aussi le livre d’une libération : le chant s’élève lentement, d’abord ténu et enfantin, puis, au fil des chapitres, de plus en plus sûr et articulé, jusqu’à se transformer, à la toute dernière page, en un cri lumineux de révolte. Ce cri ne s’éteint pas. Il accuse.
La plupart des événements rapportés se passent à la frontière entre...
Free queens, de Marin Ledun
Célèbre pour son pétrole, ses cauchemars meurtriers (Biafra, Boko Haram) et la richesse de sa littérature, le géant de l’ouest africain n’échappe pas aux clichés : au rayon roman noir, qui dit Nigeria dit violence et prostitution. De Lagos Lady de Leye Adenle à Grace l’intrépide de Karine Miermont, l’inusable thématique se répète, enrichie récemment par le motif des femmes puissantes (merci...





