Une couverture ravissante : un toucan vivement coloré, perché dans un paysage végétal finement dessiné en noir et blanc. Un livre peu épais, promesse d’une rencontre – si rencontre il y a – empreinte de légèreté temporelle. Par chance, ces deux pistes fonctionnent parfaitement. Le toucan a bien toute sa place dans la narration d’Alain Emery (qui ne se déroule pas sous les tropiques, mais dans une campagne française, peut-être bretonne). Alain Emery, auteur discret, est né en 1965 à Saint-Brieuc. Dans ce bref texte, il frappe fort. Le vieux a tué deux hommes. On le sait dès le titre, dès les premiers mots du roman. On comprend qu’il s’agit du père du narrateur. C’est raconté sec comme un coup de trique, un monde sans tendresse, des chapitres courts. Emery esquisse une ruralité rude, mais décrit la nature avec des yeux et des mots exercés. Un vol de vanneaux par-dessus les hêtres, le vent, « tandis que rue des quatre fers ce vieux canasson de noroît, alors qu’il galope ventre à terre sur la lande détrempée ». La seule femme de cette généalogie de bûcherons, Marie, la tante du vieux, dont le narrateur se rappelle « la rapacité des traits », avait une technique particulière quand elle tuait ses lapins « en leur glissant de force dans le gosier, à l’aide d’un minuscule entonnoir, une rasade d’eau-de-vie ».
Le vieux, il n’est question que de lui. Assassin brutal, mais personnalité plus complexe. Géant défait entre deux gendarmes, mais qui a transmis un héritage de connaissances naturalistes à son gamin, « sa vaste pogne dévorant la mienne, tandis que nous arpentions nos prairies et nos bois, (…) et qu’il me désignait l’ulmaire, la bergeronnette, le capricorne ou l’acacia. » Une vraie rencontre.
Anne Kiesel
Le Vieux a tué cette nuit-là, d’Alain Emery
Le Sonneur,
70 pages, 13,50 €
Domaine français Le Vieux a tué cette nuit-là
avril 2026 | Le Matricule des Anges n°272
| par
Anne Kiesel
Un livre
Par
Anne Kiesel
Le Matricule des Anges n°272
, avril 2026.
