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Théâtre Elle est presque il

janvier 2025 | Le Matricule des Anges n°259 | par Patrick Gay Bellile

D’un travail documentaire, Pauline Sauveur fait le récit d’une transition.

Je vais changer de genre, est-ce que ça t’intéresserait de suivre ça, d’un point de vue artistique ? » Cette question posée par un enseignant à Pauline Sauveur à la fin d’un atelier d’écriture, à laquelle elle répond positivement, est le point de départ d’un long travail. Une dizaine d’années. Et Presqu’îl-e en est l’aboutissement. Presqu’îl-e avec cette petite lettre en cours de détachement mais encore reliée ; un titre qui déjà crée l’image de ce qui se joue dans cette pièce et d’une certaine manière nous la raconte. Deux personnages, elle et il, dont on comprend très vite qu’ils sont à la fois deux et le même. Ou plutôt deux mais l’un devenant l’autre et dialoguant tout au long d’un processus qui commence par la première injection de testostérone et va jusqu’à l’obtention de nouveaux papiers d’identité : « Je vais pouvoir réclamer un extrait d’acte de naissance mis à jour. Et commencer la tournée de toutes les administrations ! Faire correspondre la photo d’identité et le genre, la réalité telle qu’elle est, que je la vis, que je l’ai choisie et ce qui est maintenant officiel ! »
Un parcours donc. Un parcours de vie, long, difficile, douloureux parfois, surprenant aussi quand apparaissent des poils sur les mollets et sur les mains, ou qu’il faut s’habituer à de nouvelles chaussures et sous-vêtements. Ou que son odeur a changé : « Je pue ! / C’est dingue ça. / J’en reviens pas. / L’odeur comme ça. / La sueur. / Tu m’étonnes que les mecs soient toujours en train de mettre des tonnes de déodorant. » Ablation des seins, hystérectomie, la transition passe aussi par les tables d’opération. Toutes ces problématiques de genre et de transition occupent aujourd’hui dans la société française une place grandissante. Elles suscitent de nombreuses peurs, inquiétudes ou rejets. Comme souvent par ignorance, incompréhension, conservatisme ou préjugés. Et posent bien sûr d’innombrables questions. Le texte de Pauline Sauveur suit cette transformation pas à pas. Dans le regard des autres, des collègues de travail qui veulent bien faire et accompagner avec bienveillance, mais ce n’est pas toujours facile ; dans les réactions des parents : « Je te garderai mes vieilles lames de rasoir », lui dit son père. Avec son avocate aussi, difficile à joindre, dont il doutera jusqu’au bout qu’elle ait bien étudié le dossier mais se montrera finalement à la hauteur : « Ça va, elle n’a pas dit trop de conneries. C’était un peu larmoyant, un peu limite par moments sur ma jeunesse, tout ça. Mais dans l’ensemble, ça va. » Car la demande de changement de sexe est d’abord une procédure judiciaire.
À partir d’un travail documentaire, réunissant un matériau issu de très nombreuses rencontres et conversations, Pauline Sauveur, en créant ces deux personnages nous permet d’être au plus près de ce qui se joue dans la tête et dans le corps de celle qui s’apprête à devenir celui. La mise en forme du texte, alternant des scènes courtes traitant chacune d’un sujet précis ou d’une rencontre importante avec des listes de verbes ou d’actions s’enrichissant au fur et à mesure, accentue cette idée de cheminement, d’action, de mise en mouvement, de but à atteindre. C’est à la fois un défi, une aventure et l’aboutissement d’un projet : « Enfin, être moi. Je m’autorise, j’ose, je saute le pas. »
Écrit avec beaucoup de douceur, beaucoup de tendresse, ce texte est un hymne à la liberté la plus essentielle, celle de pouvoir choisir qui l’on est. Et parce que Pauline Sauveur est aussi photographe, le projet s’accompagne d’une série photographique qui apporte un autre regard sur cette transition. Et puis il y a ses mots à lui, repris textuellement par l’autrice dans l’une des scènes finales : « Suis-je le résultat d’une somme ou d’une différence ? (…) Goutte après goutte, nos esprits s’apaisent, s’allègent du poids des désespoirs qui nous rendaient stériles et vains. Vivre. Et sourire. Déposer sa peau, comme on dépose les armes. Guérir en paix. »

Patrick Gay-Bellile

Presqu’îl-e, de Pauline Sauveur
Quartett, 112 pages, 15

Elle est presque il Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°259 , janvier 2025.
LMDA papier n°259
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LMDA PDF n°259
4,50