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Le Matricule des Anges
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Le Matricule des Anges

  • Conte à rebours

    Lmda N°272 Après sa relecture décapante du Petit Chaperon Rouge dans De grandes dents (2024), Lucile Novat s’essaie à la fiction avec un conte très actuel sur un pensionnat de jeunes filles à Saint-Denis.

    Voir venir

    Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? L’une des répliques les plus entêtantes de conte hante le titre du premier roman de Lucile Novat. Il faudra du temps aux lecteurs pour apprécier toute la teneur et l’ironie de cette référence à La Barbe-Bleue, se retourner sur ce qu’ils ont lu, ou imaginer au contraire ce qui est encore devant eux. C’est que Voir venir est un roman à l’écriture vive...
  • Corps célestes à la lisière du monde

    Domaine étranger Cœur ardent Le dixième livre traduit de Jón Kalman Stefánsson nous plonge dans le début du XVIIe siècle islandais. Et son éloge de la poésie et de la nature lui donne des airs de roman national. Nous sommes en 1615. Le révérend Pétur écrit une longue lettre à celle qu’il appelle « mon exquise » et dont on ne découvrira l’identité qu’après 118 pages de lecture intense. Il sait qu’il doit mener sa confession à son terme puisque « moins tu écris sur les ténèbres, plus elles engloutissent de choses ». Pour ce faire, il est aidé par sa gouvernante Dóróthea, imposante figure qui semble sortie de la mythologie. Dóróthea a la réputation de...
  • Le Dernier Roi de Marettimo

    Domaine français À l'heure des comptes Grégoire Domenach tresse un roman d’aventures avec une réflexion pensive sur l’existence, ses gains et ses pertes. Subtil. C’est le troisième roman de Grégoire Domenach remarqué pour son premier, Entre la source et l’estuaire (Lmda N° 219), récompensé par le prix Marcel-Aymé. Le Dernier Roi de Marettimo en est proche par le procédé : un homme en raconte un autre. Ici c’est le vieux Cesare, lequel a passé toute sa vie à Marettimo – une île au nord-ouest de la Sicile – qui dès le premier chapitre nous parle de son ami d’enfance, Zino. Nous sommes en 1988, et...
Chronique
En grande surface
par Pierre Mondot

Passer ton basque

De nombreux collègues s’arrêtent au Matricule sur le chemin des vacances : les étals sont vides. Ou sinon le dernier Fabrice Caro. Et sous le manteau de la libraire, où sont d’habitude nichés les inédits de septembre, idem. Carrère, Mauvignier, les poids lourds, absents. – Mais si tu veux, j’ai ça. Marcher dans tes pas. L’usage de l’infinitif (le verbe quand il fait dodo, disent les écoliers du primaire), la deuxième personne du singulier (l’ami imaginaire) : grimace. – Nadège – mais si, l’institutrice – l’a lu et trouvé bouleversant. Le livre est signé Léonor de Récondo, et la colonne...
Le Matricule des Anges n°266
Maurice Pons

un auteur

Maurice Pons

Chronique
Traduction

Ólöf Pétursdóttir

Dehors, c’est le printemps d’Ásta Sigurdardóttir Traduire Ásta ? Oh que oui ! Une artiste hors des sentiers battus ; j’ai lu d’elle quelques textes quand j’étais adolescente ; une lecture dont le souvenir reste vif. Ces récits m’ont marquée par leur laconisme et leur candeur. Une lecture inoubliable et inédite. Ásta Sigurdardóttir (1930-1971) est à présent une figure emblématique de la jeune république islandaise, fondée en 1944. Après des siècles de colonisation danoise, le pays était occupé par les forces armées des alliés depuis 1940. Encore un peu d’histoire : jadis, il y avait en Islande une tradition orale vivace. Cette oralité...
Le Matricule des Anges n°271
  • Trent-sis

    Domaine étranger Coup de poing dans les tabous Au cours de sa courte vie d’écrivaine, la Marocaine Malika Moustadraf a bousculé les interdits et raconté, dans une langue crue et violente, le quotidien des oubliés et des rejetés. On peut entrer dans ce livre par sa couverture. Le fond de l’image est un tapis oriental, rouge sang, orné de fleurs, d’oiseaux, de motifs traditionnels. À l’avant-plan, mais rabaissée, plutôt qu’au milieu de la page, une femme, dont on ne voit que le visage. Elle fait carrément la tronche, clope au bec. Elle est emballée serrée dans un tissu fleuri, l’idée d’un vêtement islamique, destiné à dissimuler le corps, mais fait d’une joyeuse...
  • Soleils d’artifice

    Poésie Le fond de l'air est rouge Avec Soleils d’artifice, Luc Bénazet explore en trois plans la possibilité de concaténation d’une langue qui serait une grenade pour demain. C’est un geste de déplacement, rugueux, âpre, puissant. Huitième livre de poésie de Luc Bénazet, si l’on excepte les deux opus écrits avec Benoît Casas, Soleils d’artifice continue avec pugnacité un âpre travail de dégagement, ou de démantèlement : à savoir tenter d’écrire, jusqu’à en endurer la solitude, une langue dont l’effort aura été de s’arracher au socle de domination auquel elle appartient. Jacques Dupin, dans Dehors (1975), avait dit ce retournement inexorable et sa rage à en sortir par...
  • Histoire littéraire Le salut dans la déroute Deux nouvelles d’André Dhôtel tendres et féroces comme l’esprit d’enfance qui les anime… et qui nous charme. André Dhôtel (1900-1991) le confiait à Patrick Reumaux dans Terres de mémoire (Jean-Pierre Delarge, 1979) : « J’en reviens toujours à un artisanat ». Artisanales, c’est-à-dire patiemment polies, réglées, ajustées sur l’établi, les deux nouvelles de Dhôtel que livre La guêpine assurément le sont. Et, ce qui ne gâche rien, dans une élégante plaquette sortie de l’atelier de l’imprimeur-éditeur Du Lérot. Treize années séparent Intermède (1943)...
  • Sauvages

    Théâtre Branle-bas de combat Quand un projet industriel de grande ampleur divise la population. Une petite ville quelque part en Belgique. Petite ville sans histoires hormis celle d’un riche passé industriel. Comme tous les dimanches, Christian, le bourgmestre, parcourt le marché en serrant des mains : « Bonjour, bonjour, vous allez bien ? » Il est populaire : « Un gros bide, ça inspire confiance. Ça fait terroir. Force tranquille. Ça attire le vote. » Mais la petite ville se meurt, les finances ne sont pas brillantes et l’avenir plus...
Intemporels
par Didier Garcia

En eaux troubles

Le Catalan Jaume Cabré (né en 1947) explore les ravages et les dessous de la dictature franquiste, dans un roman labyrinthique. On a beau interroger Google Maps, beau passer les Pyrénées espagnoles au peigne fin, pas moyen de localiser Torena, l’insignifiant village catalan dans lequel se déroule l’essentiel du roman, mais représentatif à lui seul de la tragédie qui a frappé toute l’Espagne de la guerre civile (au moins 500 000 morts de 1936 à 1939) jusqu’au décès de Franco en 1975. Après tout, peu importe où se niche Torena, à supposer d’ailleurs que la bourgade existe vraiment. Nous sommes quelque part en Catalogne, non loin de la Principauté d’Andorre, dans un village où « tout le monde avait le regard affûté...
Le Matricule des Anges n°134