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Bon qu’à ça
Lmda N°275 Enclin à penser que l’existence est un châtiment, l’ermite chinonais Jean-Pierre Georges distille des textes nourris à ses lectures, à sa solitude assumée. Avec drôlerie, avec tendresse. Faute de mieux. Les grincheux trouveront probablement que les livres de Jean-Pierre Georges sont un brin déprimants faisant montre ainsi de leur absence totale d’humour. Certes des assertions comme « L’ennui se soigne par le divertissement et le divertissement par le suicide » troublent le consommateur autant par son évidence que par sa brièveté mais cette implacable sentence peut aussi réjouir par sa...
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Domaine étranger Soleils aveugles Avec Le Bon mal, l’argentine Samanta Schweblin déstabilise le lecteur par un art affirmé du décalage et du renversement. Grave, intime et beau. Des anges, il y a ceux qui chantent la vie et ceux qui incarnent la mort avec un côté psychopompe pour guider dans l’au-delà. Les anges battent des ailes et dans leurs battements le réel se transforme, révèle d’autres dimensions. L’étrangeté, c’est quoi ? Le caractère de ce qui est bizarre, surprenant, inhabituel… L’étrangeté panique. Certains la recherchent. Les nouvellistes, depuis Edgar Allan Poe, ont leurs maîtres de l’étrange et leurs...
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Domaine français Attentive à vivre Une réédition, des carnets inédits… l’occasion de toujours mieux connaître l’insaisissable Anne Serre. Ses lecteurs fidèles sont gâtés. Après son récent roman-choral Vertu et Rosalinde au Mercure de France, revoilà déjà Anne Serre, et avec deux livres d’un coup, aux éditions Verdier cette fois. L’un, Sous les arbres, une prairie a paru la première fois en 1995 sous le titre La Petite Épée du cœur, l’autre rassemble des carnets sur la période 2002-2024. Vraiment passionnants, ces carnets. Anne Serre, qui affectionne les auteurs anglo-saxons,...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Force majeure
Crise oblige, on émet le souhait d’un papier sérieux. Une synthèse géopolitique qui éclairerait le lecteur sur les rouages des conflits internationaux. Étayée par un corpus solide, des ouvrages signés Trinquand et Pellistrandi, avec en prime une astuce mnémotechnique pour ne plus confondre chiite, sunnite et stalagmite. Refusé. « Occupe-toi du hit-parade. » Les cavaliers de l’Apocalypse sanglent leurs chevaux, on nous somme de divertir. Soit. On commentera en représailles le numéro un des ventes. Quel qu’il soit.
Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot. Léger coup de chaud. L’image d’un...
Le Matricule des Anges n°272

un auteur
Marc Biancarelli
Chronique
Traduction
Traduction
Christophe Mileschi & Martin Rueff
Works, de Vitaliano Trevisan
Christophe – Quand je traduis je m’absente. Me laisse traverser par la parole de l’autre, à qui je cède ma voix et ma langue française. J’ai un peu brûlé les planches : souvent j’ai cru sentir une proximité profonde entre ce qu’il advient de moi traduisant et ce qui arrive à l’acteur·ice incarnant quelqu’un·e qu’iel n’est pas. Qu’on traduise ou joue un rôle, les pièces dont on est formé se réagencent au service d’une interprétation. On objectera que l’acteur·ice fait ça surtout avec son corps, là où la traducteur·ice ne s’engage pas physiquement dans sa traduction. Ce serait scinder...
Le Matricule des Anges n°269
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Domaine étranger Éros, Thanatos, harengs Le deuxième volet de la saga autour du village de Segulfjördur au nord de l’Islande montre comment la modernité finit par arriver dans la colonie danoise. Préparant son indépendance. Dans Soixante kilos de soleil, on avait laissé le jeune Gestur et le bambin Olgeir le borgne (depuis qu’un corbeau lui avait mangé son œil) se sortir miraculeusement de l’avalanche qui avait englouti la ferme de Lási le menuisier, père adoptif de notre héros après la mort de sa mère et sa sœur sous une première avalanche et la disparition de son père Eilifur lors d’une pêche aux requins. Nous sommes en 1906, le village est composé...
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Poésie Un rhinocéros dans la pièce Frédéric Forte signe un recueil entêtant conduit par une électricité douce. Les objets clignotent, l’œil s’attache et le poème ne finit jamais. C’est la forme qui nous dit quoi faire » et « c’est la forme qui nous dit quoi écrire » nous informait-on déjà dans les 99 notes préparatoires de Transformation de la condition humaine dans toutes les branches de l’activité. Et puisque dire c’est faire, et que faire à partir de rien est aussi écrire, pour son nouveau recueil Frédéric Forte s’est adonné à la contrainte de la couronne de sonnets. Cette forme baroque inventée en Italie consiste...
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Histoire littéraire Savoir déplaire Contre la pensée prémâchée, Henri Roorda (1870-1925) utilisait l’humour et la rhétorique en véritable prince de la chronique. Entre Élisée Reclus et Alphonse Allais se positionne naturellement Henri Roorda. Anarchiste, chroniqueur joyeux, et, comme quelques grands humoristes suicidés, à l’instar d’un André Frédérique. Pas toujours bien identifiée par les lectrices et lecteurs français, l’œuvre du Suisse d’origine hollandaise Henri Roorda van Eysinga, fleuron de la littérature de Lausanne – son université lui consacrait cet automne un grand colloque international du...
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Théâtre Drôle de drame chez les Blum Avec Incident suspect, comédie grinçante, la société et la famille israéliennes en prennent pour leur grade. Dans la famille Blum, rien ne va plus. La mère, Adina, vient juste de poignarder Shmouel, son mari, quand la pièce commence. Sans raison véritable. L’ennui peut-être ; ou le désintérêt que lui manifestait son mari tous les jours. L’habitude aussi, elle attendant qu’il rentre du travail, lui s’installant devant la télévision. Alors, dit-elle, au fils, « On voit bien que tu n’as pas été marié à la même personne pendant quarante ans. » Le fils,...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert
Le Suisse narquois
En passant des fictions malicieuses aux romans à thèses nationales plus vendeurs, Louis Dumur (1863-1933) n’a sans doute pas fait le bon choix. Rattrapage.
Il y a deux périodes dans la carrière littéraire de Louis Dumur, et peut-être même trois. Il y a l’œuvre du jeune Dumur, poète hexamétrique dont les vers ne plaisaient pas toujours à Remy de Gourmont, qui lui reconnaissait toutefois de l’audace et du goût ; il y a celle du prosateur allègre et original, héritier des Incohérents, contemporain d’Alphonse Allais, d’Edouard Dujardin, de Pierre Louÿs et d’André Gide ; il y a enfin l’écrivain « grand public » dont les romans nationaux à la manière Péguy - de très belles ventes de l’après-guerre - constituent de circonstanciels puddings.
Dans...
Le Matricule des Anges n°112








