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Bon qu’à ça
Lmda N°275 Enclin à penser que l’existence est un châtiment, l’ermite chinonais Jean-Pierre Georges distille des textes nourris à ses lectures, à sa solitude assumée. Avec drôlerie, avec tendresse. Faute de mieux. Les grincheux trouveront probablement que les livres de Jean-Pierre Georges sont un brin déprimants faisant montre ainsi de leur absence totale d’humour. Certes des assertions comme « L’ennui se soigne par le divertissement et le divertissement par le suicide » troublent le consommateur autant par son évidence que par sa brièveté mais cette implacable sentence peut aussi réjouir par sa...
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Domaine étranger À fleurs de peau Réédition de Rue des Camélias, un des fleurons de l’écrivaine Catalane Mercè Rodoreda (1908-1983). Un Destin de femme en quête d’identité entre réalisme noir et onirisme floral. D’une si délicate mélancolie. Que nous offre la contemplation des fleurs ? La proximité de la beauté, sa fragilité ? Pourquoi cette omniprésence dans l’œuvre de la native de Barcelone qui n’a eu de cesse d’ensemencer ses romans de multiples variétés florales, d’arbres, de plantes et de jardiniers ? Obsédantes, les fleurs ! Que cachent-elles ? Un naturalisme ? Un surnaturalisme ? Le sentiment de l’éphémère ? Mercè Rodoreda a écrit de mémoire, un monde d’avant chaos, un...
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Domaine français Chassés de la parole Un premier texte qui fait entendre le peuple sans-patrie des descendantes de harkis. Une très belle entrée en littérature pour l’artiste Mascare. La poétesse noire féministe lesbienne Audre Lorde, le musicien amérindien Link Wray, la Commune de 1871, l’écrivain noir américain James Baldwin et Ratus le petit rat vert des manuels scolaires donnent dès l’exergue et ainsi mis sur le même plan le ton de ce puissant petit livre. L’histoire familiale de la narratrice est hantée par la tragédie complexe des harkis comme son grand-père qui a combattu sous le drapeau français contre le FLN. Il...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Force majeure
Crise oblige, on émet le souhait d’un papier sérieux. Une synthèse géopolitique qui éclairerait le lecteur sur les rouages des conflits internationaux. Étayée par un corpus solide, des ouvrages signés Trinquand et Pellistrandi, avec en prime une astuce mnémotechnique pour ne plus confondre chiite, sunnite et stalagmite. Refusé. « Occupe-toi du hit-parade. » Les cavaliers de l’Apocalypse sanglent leurs chevaux, on nous somme de divertir. Soit. On commentera en représailles le numéro un des ventes. Quel qu’il soit.
Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot. Léger coup de chaud. L’image d’un...
Le Matricule des Anges n°272

un auteur
Marc Biancarelli
Chronique
Traduction
Traduction
Ólöf Pétursdóttir
Dehors, c’est le printemps d’Ásta Sigurdardóttir
Traduire Ásta ? Oh que oui ! Une artiste hors des sentiers battus ; j’ai lu d’elle quelques textes quand j’étais adolescente ; une lecture dont le souvenir reste vif. Ces récits m’ont marquée par leur laconisme et leur candeur. Une lecture inoubliable et inédite. Ásta Sigurdardóttir (1930-1971) est à présent une figure emblématique de la jeune république islandaise, fondée en 1944. Après des siècles de colonisation danoise, le pays était occupé par les forces armées des alliés depuis 1940.
Encore un peu d’histoire : jadis, il y avait en Islande une tradition orale vivace. Cette oralité...
Le Matricule des Anges n°271
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Domaine étranger Encres salvatrices Comment transformer un drame en tragi-comédie, tout en respectant victimes et proches, telle est la prouesse de Fernando Aramburu, dans un roman pudique et subtil. Mettre le doigt sur la plaie, puis caresser les bords de la blessure, pour en atténuer la souffrance comme ces mères soufflent sur le bobo de leur enfant et déclarent « Envolée la douleur ! Plus mal ! », Fernando Aramburu s’y exerce par l’écriture. Le Basque né en 1959 à San Sebastián, établi en Allemagne depuis 1985, avait surpris bien au-delà des frontières de l’Euskadi avec Patria (Actes Sud, 2018), roman sur un sujet très brûlant : le...
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Poésie Assomption d'un pays dans une vie Figure majeure de la littérature suisse romande, Maurice Chappaz (1916-2009) a consacré sa vie à la quête fervente d’un rapport humble et juste au monde, la célébrant jusque dans ses désillusions. Il aimait les orages « en forme d’iris », les longues marches nocturnes, l’odeur de prunier dans l’air, les vallons sauvages, la neige, le vent, l’altitude. Alpiniste, vigneron, rôdeur de chemins de traverse et avant tout poète – « de nous tous, disait Jaccottet, le plus originellement, le plus spontanément poète » –, Maurice Chappaz fut le chantre de son Valais natal. Pour échapper à la destinée qu’on lui traçait – prendre la suite d’un...
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Histoire littéraire Herbel, la malice du cosmos Une nouvelle traduction remet en circulation les histoires d’almanach de Hebel, classiques en Allemagne, presque inconnues en France. En Allemagne, Johann Peter Hebel (1760-1826) est un classique ; la France n’a pas son équivalent. C’est que l’art de Hebel, insiste Walter Benjamin, est le plus modeste de tous : des « historiettes », moralités, devinettes, longues de quelques lignes à quelques pages, écrites entre 1803 et 1819 pour l’almanach L’Ami de la maison du pays rhénan, vendu par colportage dans le pays de Bade. De son vivant, Hebel ne passe pas inaperçu : Goethe...
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Théâtre Un enfant pour sauver le monde Zoukhra Yanikova décrit en temps de guerre une société russe menacée de perdre son âme. Zoukhra Yanikova est née au Daghestan, a fait ses études à Moscou et en 2022 s’installe au Monténégro. Pour être plus libre de dire et d’écrire. Car la société russe, fermée, opaque, étouffante, ne laisse pas aux écrivains la possibilité de s’exprimer aussi librement qu’ils ou elles le souhaiteraient. Pourtant Yanikova n’est pas une opposante politique. Elle n’est pas engagée contre le régime de Moscou mais tente, par une fine écriture...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert
Les épines et les roses
Maître du pamphlet et de la pique assassine, Alphonse Karr fut un bel esprit qui tourna au sage. Du boulevard au bouquet.
Malgré les apparences, la vie du journaliste parisien Alphonse Karr, tôt tourné vers le tumulte d’une vie politique qui tonnait souvent, semble avoir été dévolue à la nature et à ses créatures. Parisien de souche, né le 24 novembre 1808, Alphonse Jean-Baptiste Karr commença par publier un premier roman qui, déjà, fleurait bon le jardin : Sous les tilleurs (1832) connut un grand succès. On y trouvait déjà un amateur de tulipes, et le récit sanglant d’une vengeance terrible… Ce coup de maître lui valut d’entrer sans étape à la rédaction du Figaro. Son esprit y fit des merveilles, et, sans...
Le Matricule des Anges n°123







