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Bon qu’à ça
Lmda N°275 Enclin à penser que l’existence est un châtiment, l’ermite chinonais Jean-Pierre Georges distille des textes nourris à ses lectures, à sa solitude assumée. Avec drôlerie, avec tendresse. Faute de mieux. Les grincheux trouveront probablement que les livres de Jean-Pierre Georges sont un brin déprimants faisant montre ainsi de leur absence totale d’humour. Certes des assertions comme « L’ennui se soigne par le divertissement et le divertissement par le suicide » troublent le consommateur autant par son évidence que par sa brièveté mais cette implacable sentence peut aussi réjouir par sa...
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Domaine étranger À fleurs de peau Réédition de Rue des Camélias, un des fleurons de l’écrivaine Catalane Mercè Rodoreda (1908-1983). Un Destin de femme en quête d’identité entre réalisme noir et onirisme floral. D’une si délicate mélancolie. Que nous offre la contemplation des fleurs ? La proximité de la beauté, sa fragilité ? Pourquoi cette omniprésence dans l’œuvre de la native de Barcelone qui n’a eu de cesse d’ensemencer ses romans de multiples variétés florales, d’arbres, de plantes et de jardiniers ? Obsédantes, les fleurs ! Que cachent-elles ? Un naturalisme ? Un surnaturalisme ? Le sentiment de l’éphémère ? Mercè Rodoreda a écrit de mémoire, un monde d’avant chaos, un...
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Domaine français Conte à rebours Après sa relecture décapante du Petit Chaperon Rouge dans De grandes dents (2024), Lucile Novat s’essaie à la fiction avec un conte très actuel sur un pensionnat de jeunes filles à Saint-Denis. Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? L’une des répliques les plus entêtantes de conte hante le titre du premier roman de Lucile Novat. Il faudra du temps aux lecteurs pour apprécier toute la teneur et l’ironie de cette référence à La Barbe-Bleue, se retourner sur ce qu’ils ont lu, ou imaginer au contraire ce qui est encore devant eux. C’est que Voir venir est un roman à l’écriture vive mais à la détente narrative lente, un presque pur...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Des pavillons dans le ventre
Coup de fil d’un confrère de Lire-Le Magazine littéraire. Les vœux, quelques potins, l’IA, les salaires (soupirs), Trump, et – on le flairait – une sollicitation. Le journal vient de désigner La Nuit ravagée meilleur livre de l’année 2025 ; un papier dans la revue serait le bienvenu.
Si on peut rendre service. Sans garantir l’efficacité de la démarche tant l’auteur, Jean-Baptiste Del Amo, semble imperméable à toute publicité : alors qu’il cumule les récompenses – prix Fnac, Goncourt du premier roman, Livre Inter, et roi de Lire désormais – sa notoriété demeure relative. Son nom énoncé,...
Le Matricule des Anges n°270

un auteur
Marc Biancarelli
Chronique
Traduction
Traduction
Christophe Mileschi & Martin Rueff
Works, de Vitaliano Trevisan
Christophe – Quand je traduis je m’absente. Me laisse traverser par la parole de l’autre, à qui je cède ma voix et ma langue française. J’ai un peu brûlé les planches : souvent j’ai cru sentir une proximité profonde entre ce qu’il advient de moi traduisant et ce qui arrive à l’acteur·ice incarnant quelqu’un·e qu’iel n’est pas. Qu’on traduise ou joue un rôle, les pièces dont on est formé se réagencent au service d’une interprétation. On objectera que l’acteur·ice fait ça surtout avec son corps, là où la traducteur·ice ne s’engage pas physiquement dans sa traduction. Ce serait scinder...
Le Matricule des Anges n°269
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Domaine étranger Encres salvatrices Comment transformer un drame en tragi-comédie, tout en respectant victimes et proches, telle est la prouesse de Fernando Aramburu, dans un roman pudique et subtil. Mettre le doigt sur la plaie, puis caresser les bords de la blessure, pour en atténuer la souffrance comme ces mères soufflent sur le bobo de leur enfant et déclarent « Envolée la douleur ! Plus mal ! », Fernando Aramburu s’y exerce par l’écriture. Le Basque né en 1959 à San Sebastián, établi en Allemagne depuis 1985, avait surpris bien au-delà des frontières de l’Euskadi avec Patria (Actes Sud, 2018), roman sur un sujet très brûlant : le...
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Poésie Décalage(s) Hocquard Dans À distance, Françoise Laroque fait le récit de sa relation à Emmanuel Hocquard, offre quatre lectures de ses livres, alors qu’au milieu, posthumes, les lettres du poète qu’elle reçut révèlent les écarts tenus entre vivre et écrire. Étrange livre que ce À distance, que la critique et traductrice Françoise Laroque signe avec le poète Emmanuel Hocquard (qui n’en savait à priori rien). Étrange par la forme revendiquée d’une combinaison entre différentes écritures réunies, différentes temporalités. À distance se compose de trois liasses d’écrits (si l’on excepte le lettre-adresse finale d’un certain David à F. Laroque et E. Hocquard) : le « récit » de F. L de sa relation...
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Histoire littéraire Le salut dans la déroute Deux nouvelles d’André Dhôtel tendres et féroces comme l’esprit d’enfance qui les anime… et qui nous charme. André Dhôtel (1900-1991) le confiait à Patrick Reumaux dans Terres de mémoire (Jean-Pierre Delarge, 1979) : « J’en reviens toujours à un artisanat ». Artisanales, c’est-à-dire patiemment polies, réglées, ajustées sur l’établi, les deux nouvelles de Dhôtel que livre La guêpine assurément le sont. Et, ce qui ne gâche rien, dans une élégante plaquette sortie de l’atelier de l’imprimeur-éditeur Du Lérot. Treize années séparent Intermède (1943)...
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Théâtre Une immense tragédie Quand une femme se dresse face à la guerre et à la folie des hommes. Aristide Tarnagda est un auteur du Burkina Faso. Sa rencontre en 2004 avec Koffi Kwahulé le convaincra de se consacrer au théâtre et à l’écriture. Fadhila est son texte le plus récent. Fadhila, c’est d’abord une langue. Une langue puissante, imagée, métaphorique, une langue qui conte et raconte et laisse aux personnages le temps et l’espace de parler pour nous dire, ou tenter de nous dire, leurs vérités profondes. C’est la langue directe...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert
Résistance de la fiction
Spécialiste de la résistance des matériaux de construction, Maurice Fickelson fut aussi un prosateur remarquable. Ses livres ne sont pas près de s’effondrer.
Le 28 novembre 1968, les jurés du prix Médicis annoncent le nom de leur lauréat : c’est Elie Wiesel, un Américain écrivant en français. Il dépasse de plusieurs têtes Louis Palomb et ses Réflexions (Minuit) mais restait talonné par Maurice Fickelson dont le premier roman, Dod (Grasset), a conquis la critique. Dans son synthétique Journal de l’année qui paraîtra dans les mois qui suivent, la maison Larousse placera au coude à coude au cœur de la rubrique « Vie intellectuelle » et de son paragraphe « Premiers romans » des livres qui méritent lecture : La Baleine de Daniel Apruz, La Leçon...
Le Matricule des Anges n°206







