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« Écrire à côté de mes lacets »
Une compilation colossale de textes et d’entretiens de Chantal Akerman donne accès à l’antichambre d’une cinéaste infiniment libre qui plaçait l’écrit et la parole à l’origine de son œuvre.
Il y a deux ans, son long-métrage Jeanne Dielman, 23 quai du commerce, 1080 Bruxelles était élu « meilleur film de tous les temps » par la revue britannique Sight and Sound. Chantal Akerman est l’autrice d’une œuvre cinématographique et artistique prolifique (plus d’une trentaine de films de fiction, de documentaires, de vidéos expérimentales, une dizaine d’installations artistiques et quatre publications). On l’avait découverte écrivaine, grâce aux rééditions de L’Arche et de L’Imaginaire, on la connaissait beaucoup moins diariste. L’Arachnéen dévoile une somme monumentale de toutes les...
Un auteur
Le poids vivant des mots
Un homme perd les mots. Dans cette régression, qui le ravit à son être social et aux apparences, c’est sa présence au monde qui se modifie. Un premier récit troublant de Ryad Girod.
Ryad Girod, né à Alger en 1970, a peut-être été inspiré par l’écrivain autrichien Hofmannsthal. Comme Lord Chandos, l’aristocrate élisabéthain de la fameuse lettre éponyme, le narrateur de ses Ravissements se voit un beau jour frappé d’une étrange « maladie », dont le plus clair symptôme est l’incapacité de trouver les mots. Cela se passe au bureau, au Département National de Linguistique, et...
Un auteur
Le roman de l’impossible
Hanté par le trou et le trouble, le sixième roman de Bernard Desportes, « Une irritation », offre une vision singulière de l’écriture et du désastre de vivre livré à la tentation et aux interdits.
Entrer dans un livre de Bernard Desportes, c’est accepter d’être bousculé, dés-innocenté, entraîné du côté de l’ambiguïté et de l’outrance. Venant après Brèves histoires de ma mère et Dansant disparaissant, Une irritation porte à son point d’incandescence quelque chose comme l’autopsie d’un roman mort-né. La cinquantaine passée, Vlad, le narrateur, est un homme en révolte. Contre ceux qui...
Un auteur
L’or et l’ordure
Derrière l’évocation d’anges cannibales conjuguant leur infernale beauté à la douceur du lait des louves, c’est son autoportrait - anamorphosé - que Jean Billeter peaufine dans son troisième roman.
Ses coups de griffe ont du style, ses lamentos saignent comme des couteaux de givre. Véhémence, morsure et outrance, Jean Billeter est un enlumineur d’âmes douloureuses, un orpailleur en quête de la grâce, n’écrivant qu’au bord de l’effritement et de la dislocation intérieure. Ses romans sont de la tripe tressée, de l’amour tordu, surchauffé, sur fond d’immense solitude. Après l’Enfer de Dans...
Un auteur
L’art balistique
Cherchant les nouvelles armes de la sédition, Éric Hazan signe un texte hybride et galvanisant, d’un classicisme tout révolutionnaire.
C’est un peu en rechignant qu’on aborde ce Changement de propriétaire, sous-titré « La guerre civile continue ». La bibliographie d’Hazan s’est parfois élargie sans convaincre, comme si la puissance de percussion des essais qui l’ont fait connaître - L’Invention de Paris et surtout Chroniques de la guerre civile en 2004 - s’émoussait au fil de « notes » ou d’ « entretiens » plus convenus,...


