La rédaction Eric Naulleau
Articles
Baleine de Paul Gadenne
C’était un blanc sans lumière, un blanc gelé, entièrement refermé sur lui-même, tournant le dos à toute gloire, avec une résignation à peine pathétique, vraiment le blanc d’une baleine qui ne faisait pas d’histoires, qui fuyait l’éloquence et défiait terriblement les mots. » Bel autoportrait. Gadenne/Baleine, nouvelle occasion de découvrir un naufragé des lettres françaises, abandonné sur son île par la postérité. Baleine/Gadenne, Pierre et Odile se tiennent pour l’éternité devant la charogne géante échouée sur une plage du Pays Basque, l’occasion d’une décisive expérience mystique pour...
Un auteur
Le Danube déborde
Harmonia cælestis, parodique roman familial, est une odyssée bouffonne à travers les siècles et les styles.
L’histoire familiale constitue la matière première de ce livre. Pour ne point périr étouffé par la poussière échappée d’archives séculaires ou écrasé par la dégringolade d’innombrables grimoires, l’écrivain s’en remet d’emblée à des procédés déjà éprouvés. Le contraste entre les deux parties du livre (d’ailleurs chacune confiée à une traductrice différente) évoque Trois Anges me surveillent,...
Un auteur
L’art du contrepied
" Il est bigrement difficile de mentir quand on ne connaît point la vérité." Une formule de Péter Esterházy qui résume autant un art romanesque qu’un art de la conversation. Illustration en questions/réponses avec un adepte du ballon rond.
On est au mois de janvier d’une année qui ne reviendra jamais plus. Le Danube charrie de vastes plaques de glace -l’hiver le plus froid depuis un siècle d’après les météorologues magyars et le chauffeur de taxi engagé sur l’un des ponts qui mènent de Pest à Buda. À peine le temps de s’assurer à nouveau que la majesté glacée sied décidément bien à la capitale hongroise, et la voiture parvient...
Un auteur
Péter Esterházy, le maître artificier
"L’étoile du berger", ainsi peut se traduire le nom d’Esterházy, ne cesse de monter dans le ciel littéraire. Virtuose de l’autofiction, souvent qualifié par commodité de baroque ou de postmoderne, le romancier hongrois conçoit ses livres comme on dispose des leurres. Parution d’Harmonia cælestis.
S’il existait une carte en relief de l’Europe littéraire, l’oeuvre de Péter Esterházy s’y dresserait comme l’un des plus hauts sommets du moment. Évidence topographique qui ne saurait cependant aplanir (pesons nos mots avec soin) une difficulté bien connue des montagnards : par quelle face entreprendre l’escalade ? -difficulté encore aggravée par l’obligation faite ici de gagner quelques...
Un livre
Le Pays de nulle part
de
Svetlana Velmar-Jankovic
La mémoire flanche
Dans son deuxième roman traduit en français, Svetlana Velmar-Jankovic réinterprète de bien curieuse façon le récent passé serbe. Un insidieux recyclage de clichés.
Le nouveau roman de Svetlana Velmar-Jankovic brille des mêmes qualités que son prédécesseur (le très remarqué Dans le noir, Phébus, 1997) : vitesse d’écriture et force d’évocation remarquablement servies par la traduction d’Alain Cappon, grand passeur hexagonal du serbo-croate, de cette langue qui demeure aujourd’hui l’un des derniers vestiges unitaires de l’ex-Yougoslavie. La question...
Médiatocs – chronique
Popol et Virginie
L’auteur(e) des Chiennes savantes lorgne à présent vers les Chiennes de garde. Le Manifeste pour un nouveau féminisme de Virginie Despentes ferait plutôt penser à du pipi de chat(te).
Nous sommes redevables au féminisme de quelques avancées décisives dans le domaine des mœurs : à lire King Kong théorie, on s’avise en effet que les cafés du commerce sont devenus mixtes. Prendre connaissance du « manifeste » de Virginie Despentes revient à subir le caquetage d’un pilier de comptoir qui vous crachote à jet continu ses délirantes opinions sur le viol, la pornographie, la prostitution, sans oublier la lutte à mort entre femmes et hommes pour la possession symbolique du pénis. Éprouvant.
On trouve un peu tout et son contraire sous la plume de la patronne du bistro Les...


