La rédaction Benoît Legemble
Articles
Sanguine des contrées sombres
À travers quatre contes qui se répondent en écho, Gonçalo M. Tavares esquisse autant de variations au motif de la prédation. Quand la jouissance devient une fin en soi et mène à l’inéluctable dissolution identitaire, par-delà le bien et le mal.
Au commencement était un bloc de chair, putrescible et impatient, semble esquisser le romancier et épistémologue portugais Gonçalo M. Tavares, levant ainsi le voile, d’un récit à l’autre, sur le caractère corruptible d’une humanité qui se roule avec délectation dans la fange. C’est cette inflexion que partage chacun des personnages de L’Os du milieu du prodige de la littérature lusophone actuelle. D’aucuns diront qu’il s’agit du poids de la gravité. Soit un corps – convoité ou à expier, tantôt pulsionnel ou soumis aux règles de la morale. À chaque fois, la furie prend le pas sur la...
Monnaie de singe
Ubuesque et foisonnant, le nouveau roman de l’espoir irlandais Paul Murray joue du poing contre le monde de la finance.
Si Paul Murray se méfie des clichés, son grand récit de l’argent-roi donne à voir des traders délivrés de l’antique noblesse d’esprit qui incombait aux administrateurs du bien collectif. Thackeray l’avait prophétisé en son temps dans son célèbre Samuel Titmarsh : l’avidité vit ses plus belles heures, la semence jetée au hasard. Pris en sandwich entre la règle du jeu et l’appât du gain, Claude...
Mythologies
Érudites et débraillées, les variations de Jérôme Orsoni soulignent brillamment les limites de la métafiction. Quand écrire revient à construire des tombeaux.
Premier roman de Jérôme Orsoni, Pedro Mayr est un récit à l’horlogerie fine, mais aux mécanismes joyeusement détraqués. Il joue et jouit de la déconstruction des formes, esquisse le portrait de deux écrivains potentiels, pris tête-bêche, « l’un à l’envers de l’autre ». Soit l’image et son négatif : Pedro le scripteur flamboyant, et Pierre – narrateur et témoin, qui nous servira de guide dans...
Un auteur
Dernière marche
Un officier médecin qui refuse l’idéal de l’héroïsme national, un criminel de guerre qui vit des jours paisibles, et cet amour de jeunesse qui survit aux ténèbres de l’Histoire : la nouvelle folie romanesque de l’Australien Richard Flanagan se décline sur le mode polyphonique. Quand les fissures de l’âme épousent le charnier des débâcles ordinaires.
L’écrivain a le regard franc et perçant, la poignée de main tout aussi puissante. Comme le lointain souvenir d’un passé d’ouvrier dont il connaît le discours coupable et la dialectique assommante, qui mène à toutes les servitudes. Aujourd’hui poids lourd de l’édition mondialisée, l’homme de Tasmanie continue d’arpenter dans ses fictions des terres frappées d’une violence essentielle. Depuis...
Faute de guerre, le chaos
Superbe roman des armes suspendues, La Terre aux loups de Robert Margerit dit l’horreur en temps de paix. Un conte cruel où la pollinisation du mal s’enracine dans la famille.
La postérité peut être une chose injuste, qui vaut à certains les limbes d’une réception tronquée et oublieuse. Un linceul de silence qui fut aussi celui de Robert Margerit, lauréat du Grand Prix de l’Académie Française dans les années cinquante, reconnu avant tout pour son cycle romanesque en quatre volumes consacré à la Révolution française. Plus encore, Margerit bénéficia jadis de...





