Kometa n°13
Le titre d’un précédent numéro Si la Pologne était le centre du monde (cf. Lmda n°271) pouvait sembler un défi à relever pour une revue qui veut « raconter le monde qui bascule ». La même formulation pour parler de la Palestine peut sembler, au choix et selon l’angle d’attaque, une évidence ou… un oxymore. La Palestine est bien, depuis de longs mois tragiques, le cœur battant – et mourant – de la violence de notre temps, de la lutte acharnée – et désespérée – pour la liberté. Cependant, elle est en même temps une sorte de non-lieu, de vide juridique, de trou noir politique. Pour affronter ce paradoxe, Kometa fait le choix, à son habitude, de donner la parole à ceux qui vivent cette Palestine d’aujourd’hui, qu’ils s’y trouvent encore ou aient dû s’exiler mais ne cessent d’y retourner par la pensée ou le souvenir. Karim Kattan explicite bien ce dessein en reprenant, afin aussi de lui rendre hommage, cette injonction de Leïla Shahid : « Ne me racontez pas mon pays ». Il commence donc par démontrer ce que la Palestine n’est pas, avant de céder la parole à Elias Sanbar qui remonte aux origines afin de contrecarrer l’affirmation de Golda Meir : « Les Palestiniens n’ont jamais existé ». Un album de photographies miraculeusement sauvé nous fait découvrir la Gaza de l’après-Nakba alors que, pour le présent, plusieurs auteurs nous offrent une sorte de déroutant Guide du routard de « l’archipel palestinien ». Serge Hastom tente de le parcourir, lui, en auto-stop et raconte alors, ce qui constitue tout de même une sorte d’exploit, avec humour – noir. Comme elle l’a fait dans son passionnant documentaire Bye Bye Tibériade, la réalisatrice Lina Soualem interroge sa mère, l’actrice Hiam Abbass. Son existence, comme nombre d’autres que nous croisons ici, relève bien de – et révèle – ce qu’en leur langue les Palestiniens nomment « sumud », l’attachement à la terre, la persévérance, la résistance.
Thierry Cecille
Kometa n°13, 160 pages, 23 €
