Eva, jeune metteuse en scène de talent, prépare son nouveau spectacle : Macbeth de Shakespeare. Elle procède à des auditions de comédiens et de comédiennes qui toutes et tous veulent décrocher le rôle de Lady Macbeth, le plus intéressant : « Parce qu’elle est d’une noirceur absolue. C’est comme quelque chose de monstrueux logé à l’intérieur de nous et dont on ne parle jamais. Notre férocité. Notre fascination pour le pire. » Eva choisit ses interprètes, commence les répétitions, mais réserve sa décision concernant l’attribution du rôle tant convoité. Alors surgissent les rivalités, les rumeurs, les jalousies ; petit à petit, une sorte de folie s’empare des comédiens, qui s’interrogent sur la nécessité du théâtre, sur leurs rapports personnels avec lui, sur leurs capacités à incarner le personnage jusqu’à lui ressembler dans ses ambitions meurtrières. Qui croient en la chance, aux prédictions d’une tireuse de cartes, aux exorcismes, ou à la malédiction qui entoure cette pièce de Shakespeare. Car il semblerait que des catastrophes aient toujours jalonné le parcours de ceux et celles qui ont tenté de se confronter à ce monument shakespearien. À tel point qu’il ne faudrait plus parler de Macbeth, mais de la pièce écossaise. Et l’on apprend que la mère d’Eva, elle-même metteuse en scène, est morte mystérieusement, alors qu’elle se préparait à présenter elle aussi un Macbeth. Dylan a des hallucinations et s’entretient régulièrement avec le grand Will, Eva voit apparaître le fantôme de sa mère. D’antiques croyances ressurgissent : ainsi, manger les yeux de celui ou celle que l’on vient d’assassiner permettrait de voir ce que lui-même voyait.
Comme toujours, Samuel Gallet nous régale d’une écriture riche et inventive, de belles images comme celle de Guillaume qui devient la forêt de Dunsinane, la forêt qui marche ; de scènes très drôles aussi lorsqu’Armand, un insupportable comédien, plus âgé que les autres met son grain de sel partout, donnant son avis sur la traduction choisie ou sur le jeu des acteurs. L’auteur pose de nombreuses questions sur le théâtre, sur son rôle, sa place dans une société fascinée par le mal et qui part à la dérive. Le théâtre peut-il changer le monde ?
PGB
En répétition, de Samuel Gallet
Espaces 34, 114 pages, 18 €
Théâtre
avril 2025 | Le Matricule des Anges n°262
| par
Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°262
, avril 2025.
