Jim Harrison, féminin de nature
C’est un livre de souvenirs et le récit d’une révélation. Alors qu’elle s’occupe avec son mari du domaine viticole La Tour Vieille à Collioure, Christine Campadieu rencontre l’ogre américain qui vient de signer un bel article sur son domaine. Il cherche quelqu’un pour l’accompagner dans ses voyages en France et en Espagne, elle cherche à régler ses pas sur une nouvelle aventure. Les deux vont s’entendre autour de quelques belles quilles de vin, de plats catalans ou basques et d’une porosité profonde à la vie. Paru au printemps 2024, Le Sorcier et la luciole offre un portrait sensible de Jim Harrison, et l’idée très harrisonienne qu’il faut vivre. Pleinement.
Christine Campadieu, dans Le Sorcier et la luciole vous évoquez notamment les larmes de Big Jim au spectacle d’une danseuse de flamenco et comment il se gifle quand cette danseuse se gifle sur scène : « alors j’ai repensé aux histoires d’Indiens qu’il me racontait, il se mettait dans le même état qui ressemblait à une transe. » Cette sensibilité aiguë fait songer à une forme de chamanisme. Pensez-vous que cela lui rendait la vie plus grande que la vie ?
Chamanisme, extrême sensibilité, enfant présent à l’intérieur de soi… on peut dire tout ça de Jim Harrison. C’était un esprit clairvoyant, lucide de cette lucidité extrême donnée aux poètes et aux écorchés de la vie. De ces lucidités cruelles et nécessaires. Jim voyait au-delà des personnes, il ressentait beaucoup.
À ses côtés et l’observant, j’étais tellement impressionnée par son potentiel à vibrer ainsi, l’enfant en lui toujours présent était paradoxalement une carapace bien efficace lui permettant d’échapper à ce qui lui déplaisait ou bien d’adhérer sans réserve à une proposition dans une spontanéité déroutante parfois.
Jean-Louis Murat l’a parfaitement résumé dans sa chanson « Jim - l’héritier des Flynn » : « Ivre comme une tige que le monde étonne ». Lorsque j’ai fait connaître cette chanson à Jamie, la fille aînée de Jim (écrivaine elle-même), elle s’est extasiée sur la beauté des mots de Murat. Il a touché juste.
L’âme tout terrain et hyper-sensible de Jim s’adaptait à ce monde, épousant creux et bosses et laissant échapper ses propres étincelles qui font que oui, avec lui la vie était tellement plus grande ! La douleur et le bonheur produisent ça : de grandes altérations desquelles peuvent naître des instants spéciaux.
Pour reprendre l’idée du chamanisme, il aurait brossé ça d’une main tenant une American Spirit, et il vous aurait raconté une histoire indienne.
Il m’en a tant raconté que je n’ai sans doute pas tout perçu de ce qu’il vivait à travers cette culture, mais il a semé une graine en moi. Aujourd’hui j’ai entrepris des études amérindiennes que je suis en visio et en horaires décalés pour étayer les recherches de mon prochain récit basé dans le Montana et les réserves Blackfeet, Crow et Cheyenne du Nord. Jim m’a transmis le virus, comme un héritage.
La première...

