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Singulier pluriel
Lmda N°275 De l’influence du geste épistolaire sur la pratique de l’écriture. Démonstration par Bénédicte Heim.Ensemble de lettres n’en formant finalement qu’une seule, Ma mère est une pirate est un texte singulier qui invente sa forme à mesure qu’il s’écrit. Il paraît aux éditions Edwarda dirigées par Sam Guelimi, la fondatrice et la maîtresse d’œuvre de la luxueuse revue de même nom. C’est à elle que s’adresse Bénédicte Heim. De leurs rencontres, de leurs échanges, de leur complicité est né ce livre...
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Domaine étranger Encres salvatrices Comment transformer un drame en tragi-comédie, tout en respectant victimes et proches, telle est la prouesse de Fernando Aramburu, dans un roman pudique et subtil. Mettre le doigt sur la plaie, puis caresser les bords de la blessure, pour en atténuer la souffrance comme ces mères soufflent sur le bobo de leur enfant et déclarent « Envolée la douleur ! Plus mal ! », Fernando Aramburu s’y exerce par l’écriture. Le Basque né en 1959 à San Sebastián, établi en Allemagne depuis 1985, avait surpris bien au-delà des frontières de l’Euskadi avec Patria (Actes Sud, 2018), roman sur un sujet très brûlant : le...
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Domaine français Exilés en solitude Roman du désamour, le nouveau livre de Jérôme Ferrari déploie une pensée de la catastrophe à partir du récit d’une séparation amoureuse. Et marque toute l’humanité du sceau de la damnation. C’est probablement le roman le plus intimiste de Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012. Jeune enseignant, désireux de parcourir le monde, le narrateur s’engage au lycée français d’Alger qui vient de rouvrir après une guerre civile meurtrière. Il y rencontre Nardjess qu’il voit « comme une autre possibilité d’échapper à moi-même ». Car l’homme ne fuit pas seulement son île natale, la Corse et ses hordes de touristes, mais aussi une forme de...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Acab
On regrettera Wikipédia, bientôt rendue caduque par l’IA. Du principe collaboratif de l’encyclopédie émergeait un désordre baroque où se mêlaient informations hétéroclites et points de vue contradictoires. Prenons Fred Vargas, numéro un des ventes ce printemps. Sa page la révèle spécialiste en archéozoologie ; précise que son pseudonyme vient du personnage incarné par Ava Gardner dans La Comtesse aux pieds nus ; remarque qu’elle est extralucide (elle a annoncé la Covid-19 et la pénurie de masques treize ans avant) ; ingénieuse (elle a conçu avec sa sœur une cape de protection contre les...
Le Matricule des Anges n°274

un auteur
Marc Biancarelli
Chronique
Traduction
Traduction
Ólöf Pétursdóttir
Dehors, c’est le printemps d’Ásta Sigurdardóttir
Traduire Ásta ? Oh que oui ! Une artiste hors des sentiers battus ; j’ai lu d’elle quelques textes quand j’étais adolescente ; une lecture dont le souvenir reste vif. Ces récits m’ont marquée par leur laconisme et leur candeur. Une lecture inoubliable et inédite. Ásta Sigurdardóttir (1930-1971) est à présent une figure emblématique de la jeune république islandaise, fondée en 1944. Après des siècles de colonisation danoise, le pays était occupé par les forces armées des alliés depuis 1940.
Encore un peu d’histoire : jadis, il y avait en Islande une tradition orale vivace. Cette oralité...
Le Matricule des Anges n°271
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Domaine étranger Sissie la Noire en Europe blanche Comment peut-on être ghanéenne dans les années 1970 ? Un roman émancipateur d’Ama Ata Aidoo. Il aura fallu presque cinquante ans pour que ce roman de la littérature africaine anglophone soit enfin traduit en français et que le nom de la Ghanéenne Ama Ata Aidoo parvienne à nos oreilles. Cette professeure d’université, défenseuse de la cause des femmes, laisse derrière elle des écrits peu nombreux mais marquants, allant du théâtre à la poésie, du roman au livre jeunesse. Saluée à sa mort, en 2023, à l’âge de 81 ans, comme une...
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Poésie De départs en Java Emmener son dabe en Java, tel aurait pu être le mot d’ordre de la revue : c’est-à-dire débaucher la poésie de son académisme flétrissant, pour poser une grenade dans la soie de ses mièvreries d’alors. Joies de faire péter le sérieux sérieusement. Déroulons-en les arguments. La revue Java, tel qu’Yves di Manno, le poète et directeur de la collection Poésie/Flammarion, la définit avec justesse dans sa brève préface, aura mené au début des années 1990 « mieux que nulle autre en son temps – et avec le plus grand impact – l’examen reconduit de la question moderne, après les avant-gardes ». Vingt-huit numéros, en dix-sept ans, dans le contexte d’alors où brillaient encore quelques revues phares (Action Poétique,...
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Histoire littéraire Jambe en l'air et chapeau bas Depuis son invention par Tristram en 1991, Le Tutu n’en finit pas de froufrouter. Parce qu’on ne sait toujours rien – ou presque – de son auteur et, surtout, parce que ce roman de « mœurs fin de siècle » garde intacte toute sa folle frénésie. Le résumer n’aurait aucun sens. Le récit, définitivement débarrassé de tête et de queue, n’est ici que pure dépense, lancé à toute blinde à travers les pages telle une super-balle dont on ne sait ni où ni quand elle s’arrêtera, après avoir tout renversé sur son passage. Car ce Tutu ne respecte rien : ni le bon goût, ni la religion, ni la famille, pour ne rien dire de la vraisemblance. Les tribulations parisiennes et extra-parisiennes de...
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Théâtre Un enfant pour sauver le monde Zoukhra Yanikova décrit en temps de guerre une société russe menacée de perdre son âme. Zoukhra Yanikova est née au Daghestan, a fait ses études à Moscou et en 2022 s’installe au Monténégro. Pour être plus libre de dire et d’écrire. Car la société russe, fermée, opaque, étouffante, ne laisse pas aux écrivains la possibilité de s’exprimer aussi librement qu’ils ou elles le souhaiteraient. Pourtant Yanikova n’est pas une opposante politique. Elle n’est pas engagée contre le régime de Moscou mais tente, par une fine écriture...
Intemporels
par Didier Garcia
Jeux d’argent
L’Américain Gaddis évoque les aventures boursières d’un gamin dans une société soumise à la seule loi de la finance. Ébouriffant.
Une fois n’est pas coutume : commençons par présenter quelques-unes des difficultés qui attendent le lecteur désireux de s’engager dans ce roman, dont les cent premières pages le dérouteront peut-être autant que celles du Finnegans Wake de Joyce (ce qui n’est pas peu dire). L’essentiel de l’intrigue repose ici sur un dialogue presque ininterrompu ou, pire encore, sur une suite de dialogues qui se succèdent sans véritables transitions. Nous savons rarement quel est le personnage qui s’exprime (à moins d’avoir photographié ses tics de langage, comme le « genre » qui émaille chaque phrase de...
Le Matricule des Anges n°129







