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Le mal du pays
Lmda N°272 Dans un récit autobiographique fragmenté sur sa jeunesse, Mohamed Kacimi nous donne à voir son Algérie : mystique et sensuelle, résistante et victime. Au départ, pour l’enfant, il y a les lieux : la maison familiale, la bourgade, la citadelle, le cimetière – et puis les langues : l’arabe qu’on parle autour de lui, celui, classique, de la poésie préislamique et bien sûr du Coran, mais aussi, ennemie, celle du colonisateur, le français. La maison est une « maison-monde » dans laquelle, derrière « les portes du gynécée », comme dans nombre de...
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Domaine étranger Coup de poing dans les tabous Au cours de sa courte vie d’écrivaine, la Marocaine Malika Moustadraf a bousculé les interdits et raconté, dans une langue crue et violente, le quotidien des oubliés et des rejetés. On peut entrer dans ce livre par sa couverture. Le fond de l’image est un tapis oriental, rouge sang, orné de fleurs, d’oiseaux, de motifs traditionnels. À l’avant-plan, mais rabaissée, plutôt qu’au milieu de la page, une femme, dont on ne voit que le visage. Elle fait carrément la tronche, clope au bec. Elle est emballée serrée dans un tissu fleuri, l’idée d’un vêtement islamique, destiné à dissimuler le corps, mais fait d’une joyeuse...
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Domaine français La chute du mur de Bucarest Bogdan Stefan fait l’inventaire d’une jeunesse qui l’obsède encore, au temps de la Roumanie de Ceausescu. Son père l’imaginait ingénieur en électronique. Sa mère le rêvait en « pianiste de renommée internationale ». Finalement, Bogdan Stefan est devenu documentariste. Et il écrit aussi. S’il couche aujourd’hui sur le papier ses souvenirs de la fin du règne de Ceausescu à la tête d’une Roumanie anémiée, c’est pour enfin desserrer les dents. « À mon tour, maintenant, de raconter mon vécu en Roumanie communiste, de dénouer ce passé qui continue de...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Des pavillons dans le ventre
Coup de fil d’un confrère de Lire-Le Magazine littéraire. Les vœux, quelques potins, l’IA, les salaires (soupirs), Trump, et – on le flairait – une sollicitation. Le journal vient de désigner La Nuit ravagée meilleur livre de l’année 2025 ; un papier dans la revue serait le bienvenu.
Si on peut rendre service. Sans garantir l’efficacité de la démarche tant l’auteur, Jean-Baptiste Del Amo, semble imperméable à toute publicité : alors qu’il cumule les récompenses – prix Fnac, Goncourt du premier roman, Livre Inter, et roi de Lire désormais – sa notoriété demeure relative. Son nom énoncé,...
Le Matricule des Anges n°270

un auteur
Maurice Pons
Chronique
Traduction
Traduction
Christophe Mileschi & Martin Rueff
Works, de Vitaliano Trevisan
Christophe – Quand je traduis je m’absente. Me laisse traverser par la parole de l’autre, à qui je cède ma voix et ma langue française. J’ai un peu brûlé les planches : souvent j’ai cru sentir une proximité profonde entre ce qu’il advient de moi traduisant et ce qui arrive à l’acteur·ice incarnant quelqu’un·e qu’iel n’est pas. Qu’on traduise ou joue un rôle, les pièces dont on est formé se réagencent au service d’une interprétation. On objectera que l’acteur·ice fait ça surtout avec son corps, là où la traducteur·ice ne s’engage pas physiquement dans sa traduction. Ce serait scinder...
Le Matricule des Anges n°269
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Domaine étranger Des mots pour dire L’Argentin Luis Sagasti construit un kaléidoscope où l’histoire, l’art et les langues composent de brillantes constellations. Comme dans ces comptines qui avancent sur le mode de l’association d’idées et des échos de sens ou de son, ricochant allègrement de chapeaux de paille en paillassons, Luis Sagasti suit dans Langues vivantes un fil capricieux qui se nourrit de ses mille et une bifurcations possibles, jusqu’à former une virevoltante combinatoire thématique aux profondeurs insoupçonnées. Il y a quelque chose ici d’un art de la fugue sur un clavier sensible qui...
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Poésie Porte à portes À travers une galerie de tableaux, Véronique Gentil confronte son regard de poète à ses mots, ses ressentis de plasticienne. Il est des peintres, des écrivains, des musiciens du silence. Des artistes discrets qui parviennent à l’apprivoiser, le décliner, presque le caresser, le peigner pour mieux le repenser (le repanser) et composer des tableaux incongrus, de singuliers livres d’heures, des musiques de l’âme… Véronique Gentil fait partie de cette communauté qui donne ainsi de l’écho au silence, elle affirme y avoir été conviée par la lecture d’Henri Michaux,...
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Histoire littéraire L'érotisme lancinant de Leonor Fini En dressant le portrait littéraire de l’artiste (1907-1996) dont l’œuvre unit la vérité de l’ascèse à l’authenticité de la jouissance, Laurence Benaïm dessine aussi une histoire artistique du XXe siècle. À l’heure où les collectionneurs d’art privilégient l’art figuratif à tendance surréaliste, et au moment où les artistes femmes font l’objet de toutes les attentions, la vie et l’œuvre de Leonor Fini sont en train d’être redécouvertes dans toute leur originalité et leur puissance. Scandaleuse touche-à-tout, femme libre et totalement indépendante, Leonor Fini fut une artiste insaisissable qui, en brouillant les frontières entre l’art et la...
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Théâtre C'était la Reine des bandits L’histoire d’une femme indienne victime des hommes et devenue une légende. Qui se souvient de Phoolan Devi ? Qui en a même jamais entendu parler ? Née en 1963 dans une famille très pauvre du nord de l’Inde, elle se rebelle très jeune contre la condition faite aux femmes, protestant et intervenant physiquement lorsqu’elle voit son père battre sa mère. Mariée à 11 ans à un homme trois fois plus âgé qu’elle, violée, battue, rejetée parce qu’indocile, et donc déshonorée et devenue de ce fait « la fille du...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert
La couleur moderne de la poésie
Haut-fonctionnaire, poète et militant, André Spire fut à la fois de la Poésie, du Sionisme et de la Sociale.
Il a vécu quasi centenaire : né en 1868, il a disparu en 1966, le temps de traverser deux siècles. Soit trois civilisations ou presque. Autant de guerres – si l’on oublie les guerres « à bas bruit » pré-libératoires dans les colonies, et il aurait connu une paire de révolutions s’il avait pu attendre Mai et le centenaire de sa naissance… Ce personnage, c’est André Spire, poète, essayiste et militant trop peu lu dans ses œuvres. La seule évocation de son essai Plaisir poétique et plaisir musculaire (José Corti, 1949 ; 1966) devrait lui valoir quelque curiosité, comme le fait de savoir...
Le Matricule des Anges n°220








