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Rangez vos morts
Lmda N°272 Dans un deuxième roman plein de ressort, Pauline Toulet plonge un correcteur placide et solitaire face à un cadavre. Sans illusion.Arborant un patronyme bien connu des amatrices et amateurs de littérature délicate (depuis Paul-Jean Toulet, l’auteur de Monsieur du Paur, homme public, 1898), Pauline Toulet s’autorise des fictions pétulantes et tantinet désabusées, menant des personnages masculins dépassés par les événements sur des terrains minés. Une bonne recette pour provoquer le sourire. Auteure d’un premier roman...
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Domaine étranger Adieu des dieux Réintroduisant un dieu incongru dans les temps modernes, le Catalan Joan-Lluís Lluís nous parle de fragilité, de puissance et de désenchantement. Extravagant, étrange, burlesque. Tirés par les cheveux, aussi cruels qu’atroces, ainsi apparaissent les mythes des Anciens grecs ! Mais aussi, didactiques, explicatifs du Cosmos, du monde, de leurs créations, des dieux, des psychés et comportements humains, tant que nous ne cessons de les convier à nos contemporaines réflexions. Tirées par les cheveux, ainsi que par le pied, se révèlent ces Chroniques d’un dieu boiteux. Par les cheveux, car nous sommes ici dans la...
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Domaine français Entre vertige et délire Emphatiquement mélancolique et subtilement kafkaïen, le nouveau livre de Jean-Yves Jouannais nous plonge dans l’après-guerre de l’Allemagne en pleine dénazification. Faire d’« une forêt » le titre d’un livre, c’est le placer sous les auspices du sombre et du sauvage, de l’angoisse et de la germanité aussi, ce que confirment les premières lignes dudit livre, qui évoquent l’arrivée, en février 1947, d’un capitaine de l’armée de réserve américaine, dans une gare où l’attendent une jeep et son chauffeur. Direction Brême, à travers une forêt « plus dense que toutes celles des contes de Grimm », et où le vent...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Passer ton basque
De nombreux collègues s’arrêtent au Matricule sur le chemin des vacances : les étals sont vides. Ou sinon le dernier Fabrice Caro. Et sous le manteau de la libraire, où sont d’habitude nichés les inédits de septembre, idem. Carrère, Mauvignier, les poids lourds, absents. – Mais si tu veux, j’ai ça. Marcher dans tes pas. L’usage de l’infinitif (le verbe quand il fait dodo, disent les écoliers du primaire), la deuxième personne du singulier (l’ami imaginaire) : grimace. – Nadège – mais si, l’institutrice – l’a lu et trouvé bouleversant. Le livre est signé Léonor de Récondo, et la colonne...
Le Matricule des Anges n°266

un auteur
Maurice Pons
Chronique
Traduction
Traduction
Christophe Mileschi & Martin Rueff
Works, de Vitaliano Trevisan
Christophe – Quand je traduis je m’absente. Me laisse traverser par la parole de l’autre, à qui je cède ma voix et ma langue française. J’ai un peu brûlé les planches : souvent j’ai cru sentir une proximité profonde entre ce qu’il advient de moi traduisant et ce qui arrive à l’acteur·ice incarnant quelqu’un·e qu’iel n’est pas. Qu’on traduise ou joue un rôle, les pièces dont on est formé se réagencent au service d’une interprétation. On objectera que l’acteur·ice fait ça surtout avec son corps, là où la traducteur·ice ne s’engage pas physiquement dans sa traduction. Ce serait scinder...
Le Matricule des Anges n°269
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Domaine étranger Se défaire du regard Dans un recueil de nouvelles parfois fantastiques, parfois absurdes, toujours politiques, Megan Kamalei Kakimoto décrit le quotidien de femmes hawaïennes tentant, avec plus ou moins de succès, de s’émanciper. Megan Kamalei Kakimoto signe ici, avec Chaque goutte est un cauchemar pour l’homme, sa première publication. Jeune autrice née à Hawaï, connaissant et aimant son île, elle n’en reste pas moins lucide sur les inégalités qui y sont présentes. La plupart des nouvelles du recueil ont pour thème certaines formes d’aliénation mais aussi, a contrario, d’émancipation. Les personnages, des femmes autochtones hawaïennes, renouent le plus souvent avec...
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Poésie Le fond de l'air est rouge Avec Soleils d’artifice, Luc Bénazet explore en trois plans la possibilité de concaténation d’une langue qui serait une grenade pour demain. C’est un geste de déplacement, rugueux, âpre, puissant. Huitième livre de poésie de Luc Bénazet, si l’on excepte les deux opus écrits avec Benoît Casas, Soleils d’artifice continue avec pugnacité un âpre travail de dégagement, ou de démantèlement : à savoir tenter d’écrire, jusqu’à en endurer la solitude, une langue dont l’effort aura été de s’arracher au socle de domination auquel elle appartient. Jacques Dupin, dans Dehors (1975), avait dit ce retournement inexorable et sa rage à en sortir par...
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Histoire littéraire Accélérateur d'existence Dans un livre où il rend justice aux femmes écrivains qui l’ont touché, François Kasbi nous livre les clés d’une esthétique de l’existence qui doit autant à l’heureux scandale de l’amour qu’à la lecture. Lire, être amoureux, ces deux intensités, ces deux nécessités, François Kasbi a l’art de les concilier. Il sait, pour le vivre, combien peut être grande la porosité entre la vie et le roman. Et combien la femme de ses rêves existe puisqu’elle est l’écrivain femme qui le comble ou l’a comblé. (S’il écrit « écrivain » au masculin, c’est en gage de sa fidélité à Gabrielle Wittkop, qui y tenait, mais pas seulement.) Les femmes écrivains lui...
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Théâtre C'était la Reine des bandits L’histoire d’une femme indienne victime des hommes et devenue une légende. Qui se souvient de Phoolan Devi ? Qui en a même jamais entendu parler ? Née en 1963 dans une famille très pauvre du nord de l’Inde, elle se rebelle très jeune contre la condition faite aux femmes, protestant et intervenant physiquement lorsqu’elle voit son père battre sa mère. Mariée à 11 ans à un homme trois fois plus âgé qu’elle, violée, battue, rejetée parce qu’indocile, et donc déshonorée et devenue de ce fait « la fille du...
Intemporels
par Didier Garcia
Feu d’artifice
Dans un roman foisonnant, Robert Coover revisite un des plus grands scandales politiques américains du XXe siècle.
Ce 19 juin 1953, il fait un temps magnifique sur New York. Idéal pour ainsi dire : la journée s’annonce superbe. C’est un de ces matins où « il fait bon se lever, et sortir dans la rue ». Première cerise sur le gâteau pour les New-Yorkais : sans preuves (mais qu’à cela ne tienne), la Cour suprême vient de révoquer le sursis à l’exécution des époux Rosenberg, ce couple de Juifs accusés d’avoir dérobé puis transmis aux Russes des secrets atomiques ; le soir même, Julius et Ethel seront donc exécutés en public à Times Square, qui est « l’endroit le plus paradoxal de toute l’Amérique, et le...
Le Matricule des Anges n°167







