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Le Matricule des Anges
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Le Matricule des Anges

  • Exilés en solitude

    Lmda N°272 Roman du désamour, le nouveau livre de Jérôme Ferrari déploie une pensée de la catastrophe à partir du récit d’une séparation amoureuse. Et marque toute l’humanité du sceau de la damnation.

    Très brève théorie de l’enfer

    C’est probablement le roman le plus intimiste de Jérôme Ferrari, prix Goncourt 2012. Jeune enseignant, désireux de parcourir le monde, le narrateur s’engage au lycée français d’Alger qui vient de rouvrir après une guerre civile meurtrière. Il y rencontre Nardjess qu’il voit « comme une autre possibilité d’échapper à moi-même ». Car l’homme ne fuit pas seulement son île natale, la Corse et ses...
  • Chaque goutte est un cauchemar pour l’homme

    Domaine étranger Se défaire du regard Dans un recueil de nouvelles parfois fantastiques, parfois absurdes, toujours politiques, Megan Kamalei Kakimoto décrit le quotidien de femmes hawaïennes tentant, avec plus ou moins de succès, de s’émanciper. Megan Kamalei Kakimoto signe ici, avec Chaque goutte est un cauchemar pour l’homme, sa première publication. Jeune autrice née à Hawaï, connaissant et aimant son île, elle n’en reste pas moins lucide sur les inégalités qui y sont présentes. La plupart des nouvelles du recueil ont pour thème certaines formes d’aliénation mais aussi, a contrario, d’émancipation. Les personnages, des femmes autochtones hawaïennes, renouent le plus souvent avec...
  • Le Dernier Roi de Marettimo

    Domaine français À l'heure des comptes Grégoire Domenach tresse un roman d’aventures avec une réflexion pensive sur l’existence, ses gains et ses pertes. Subtil. C’est le troisième roman de Grégoire Domenach remarqué pour son premier, Entre la source et l’estuaire (Lmda N° 219), récompensé par le prix Marcel-Aymé. Le Dernier Roi de Marettimo en est proche par le procédé : un homme en raconte un autre. Ici c’est le vieux Cesare, lequel a passé toute sa vie à Marettimo – une île au nord-ouest de la Sicile – qui dès le premier chapitre nous parle de son ami d’enfance, Zino. Nous sommes en 1988, et...
Chronique
En grande surface
par Pierre Mondot

Passer ton basque

De nombreux collègues s’arrêtent au Matricule sur le chemin des vacances : les étals sont vides. Ou sinon le dernier Fabrice Caro. Et sous le manteau de la libraire, où sont d’habitude nichés les inédits de septembre, idem. Carrère, Mauvignier, les poids lourds, absents. – Mais si tu veux, j’ai ça. Marcher dans tes pas. L’usage de l’infinitif (le verbe quand il fait dodo, disent les écoliers du primaire), la deuxième personne du singulier (l’ami imaginaire) : grimace. – Nadège – mais si, l’institutrice – l’a lu et trouvé bouleversant. Le livre est signé Léonor de Récondo, et la colonne...
Le Matricule des Anges n°266
Maurice Pons

un auteur

Maurice Pons

Chronique
Traduction

David Fauquemberg

L’Arbre de l’homme, de Patrick White Quand le prix Nobel australien Patrick White (1912-1990) entreprend d’écrire son chef-d’œuvre, en 1950, il rentre d’Angleterre après des études à Cambridge, un début de carrière littéraire ; il a fait la guerre au Moyen-Orient. C’est décidé : il vivra à Dogwoods, sa ferme aux abords de Sydney, travaillera la terre avec son compagnon Manoly Lascaris. Que signifie, au fond, s’installer – dans un lieu, une vie, un amour ? L’Arbre de l’homme ne parle que de ça. À chaque mot de ce texte vibrant, d’une force d’évocation et d’émotion époustouflante, White guette « l’extraordinaire derrière...
Le Matricule des Anges n°268
  • Chroniques d’un dieu boiteux

    Domaine étranger Adieu des dieux Réintroduisant un dieu incongru dans les temps modernes, le Catalan Joan-Lluís Lluís nous parle de fragilité, de puissance et de désenchantement. Extravagant, étrange, burlesque. Tirés par les cheveux, aussi cruels qu’atroces, ainsi apparaissent les mythes des Anciens grecs ! Mais aussi, didactiques, explicatifs du Cosmos, du monde, de leurs créations, des dieux, des psychés et comportements humains, tant que nous ne cessons de les convier à nos contemporaines réflexions. Tirées par les cheveux, ainsi que par le pied, se révèlent ces Chroniques d’un dieu boiteux. Par les cheveux, car nous sommes ici dans la...
  • Et amarres invisibles

    Poésie Papiers coupés, papiers collés Avec Et amarres invisibles, Bruno Grégoire cherche en des poèmes quasi ordinaires les mots de passe qu’ils articuleraient enfin pour passer à travers la cloison de papier de l’existence. Auteur d’une douzaine de livres et du marquant Poésies aujourd’hui (avec Jean-Marie Gleize et Bernard Vargaftig, Seghers), le discret poète Bruno Grégoire publie avec Et amarres invisibles le quatrième pan de sa série « trait d’union », que Loin de Cluj inaugurait en 2004. Deux livres presque opposés, Dans la bouche morte (1993) et L’Usure l’étoile (1998) le précédèrent comme deux errants, deux solitudes, tant par leur rage froide à heurter,...
  • Débourrer les crânes. Ecrits pacifistes (1915-1924)

    Histoire littéraire Savoir déplaire Contre la pensée prémâchée, Henri Roorda (1870-1925) utilisait l’humour et la rhétorique en véritable prince de la chronique. Entre Élisée Reclus et Alphonse Allais se positionne naturellement Henri Roorda. Anarchiste, chroniqueur joyeux, et, comme quelques grands humoristes suicidés, à l’instar d’un André Frédérique. Pas toujours bien identifiée par les lectrices et lecteurs français, l’œuvre du Suisse d’origine hollandaise Henri Roorda van Eysinga, fleuron de la littérature de Lausanne – son université lui consacrait cet automne un grand colloque international du...
  • Rien n’est écrit dans les lignes de ma main

    Théâtre C'était la Reine des bandits L’histoire d’une femme indienne victime des hommes et devenue une légende. Qui se souvient de Phoolan Devi ? Qui en a même jamais entendu parler ? Née en 1963 dans une famille très pauvre du nord de l’Inde, elle se rebelle très jeune contre la condition faite aux femmes, protestant et intervenant physiquement lorsqu’elle voit son père battre sa mère. Mariée à 11 ans à un homme trois fois plus âgé qu’elle, violée, battue, rejetée parce qu’indocile, et donc déshonorée et devenue de ce fait « la fille du...
Intemporels
par Didier Garcia

D’exil en exil

À cheval sur deux continents, le premier roman de Reznikoff tient à la fois de la saga familiale et du roman de formation. Il y a des livres qui, malgré eux, et à notre insu, nous propulsent dans d’autres livres. Des univers romanesques consanguins qui tissent entre eux comme un réseau d’échos, auquel le lecteur ne parvient pas toujours à se soustraire… Ainsi, en découvrant les premières pages de Sur les rives de Manhattan croyons-nous avoir débarqué dans La Maison de Matriona d’Alexandre Soljenitsyne, autrement dit dans une Russie authentiquement pauvre qui oppresse d’emblée (un propriétaire foncier promet trois roubles à un Juif s’il applique ses lèvres contre un tisonnier chauffé au rouge ; sa famille...
Le Matricule des Anges n°166