La rédaction Eric Naulleau
Articles
Baleine de Paul Gadenne
C’était un blanc sans lumière, un blanc gelé, entièrement refermé sur lui-même, tournant le dos à toute gloire, avec une résignation à peine pathétique, vraiment le blanc d’une baleine qui ne faisait pas d’histoires, qui fuyait l’éloquence et défiait terriblement les mots. » Bel autoportrait. Gadenne/Baleine, nouvelle occasion de découvrir un naufragé des lettres françaises, abandonné sur son île par la postérité. Baleine/Gadenne, Pierre et Odile se tiennent pour l’éternité devant la charogne géante échouée sur une plage du Pays Basque, l’occasion d’une décisive expérience mystique pour...
Dégel poétique
Signe des temps, le tragique passé concentrationnaire de l’extrême-nord russe n’affleure qu’en de rares occasions sous le permafrost dans cette anthologie bilingue de poésie sibérienne. Seul le texte de Boris Sloutski (1919-1986), proposé en ouverture du volume -manière sans doute de tourner définitivement la page et de passer à autre chose- y fait précisément allusion : « On expulsa les...
Dernier passage du témoin
Ernst Weiss (1882-1940) demeure aussi célèbre pour son talent littéraire que pour avoir relaté dans Le Témoin oculaire (traduction française chez Gallimard) comment il soigna Hitler, alors atteint de cécité hystérique, pendant la Première Guerre mondiale. Certaines histoires juives font vraiment rire jaune.
Nouvelle découverte à titre posthume, Jarmila se présente comme un modèle pour tous...
Un livre
Le Joueur d’échecs
de
Stefan Zweig
Le Joueur d’échecs
Il fut un temps où, confrontés au péril brun, les intellectuels autrichiens ne se contentaient pas de signer des pétitions, mais se suicidaient bel et bien en manière de protestation. Tout comme Ernst Weiss, Stefan Zweig se donna ainsi la mort en 1942 plutôt que de voir les nouveaux maîtres de l’Allemagne faire une croix sur « le monde d’hier » -pour reprendre le titre de son autobiographie....
Retours vers le futur
De la côte Est aux rives du Danube, Susan Rubin Suleiman part à la recherche du temps perdu et dans le déchiffrement d’une langue lointaine.
Dans sa préface, Elie Wiesel qualifie bizarrement ce Journal de Budapest de « mémoire ». Lapsus plutôt ironique si on le rapproche de cette réflexion désabusée de l’auteur, éminent professeur de littérature française à Harvard, en redécouvrant un classique de sa jeunesse hongroise après plusieurs décennies d’exil américain : « C’était curieux de peiner sur des pages que j’avais lues...
Médiatocs – chronique
Popol et Virginie
L’auteur(e) des Chiennes savantes lorgne à présent vers les Chiennes de garde. Le Manifeste pour un nouveau féminisme de Virginie Despentes ferait plutôt penser à du pipi de chat(te).
Nous sommes redevables au féminisme de quelques avancées décisives dans le domaine des mœurs : à lire King Kong théorie, on s’avise en effet que les cafés du commerce sont devenus mixtes. Prendre connaissance du « manifeste » de Virginie Despentes revient à subir le caquetage d’un pilier de comptoir qui vous crachote à jet continu ses délirantes opinions sur le viol, la pornographie, la prostitution, sans oublier la lutte à mort entre femmes et hommes pour la possession symbolique du pénis. Éprouvant.
On trouve un peu tout et son contraire sous la plume de la patronne du bistro Les...




