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Vds avatar, BE, peu servi
Lmda N°272 Hyperconnecté, le premier roman de Grégoire Sourice, qui nous inquiète et nous émeut, révèle un auteur à suivre. Remarqué en 2024 pour Le Cours de l’eau (Lmda N° 253), livre curieux entre pamphlet et poème, Grégoire Sourice signe son premier roman avec SecondeMain, du nom de ce qui pourrait bien être son personnage principal : un site de petites annonces qui nous rappellera celui, au « coin » du réel et du virtuel, que tout un chacun connaît pour l’avoir fréquenté, ou au moins de nom. « (…) les choses...
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Domaine étranger Quand l'autre n'existe plus Dans un court roman d’anticipation, Martin Harniček brosse le portrait d’une société fondée uniquement sur l’égoïsme et l’arrivisme, une société qui pourrait être tout aussi bien la nôtre. Vous aimez le pouvoir ? Vous aimez les personnages qui aiment le pouvoir ? Alors Albin est fait pour vous. Martin Harniček nous raconte ici les aventures d’Albin, un mégalomane sadique dont le seul but est d’arriver au sommet du pouvoir dans une société dystopique contrôlée par le Parti mondial. L’auteur, après la parution du livre en 1981, aura « quelques » problèmes avec le gouvernement de son pays, la Tchécoslovaquie communiste, et...
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Domaine français La vie lente Trois ans après L’Âge de détruire, Pauline Peyrade revient au roman avec un anti-western troublant. Dans une campagne indéterminée, des « habitantes » défendent ce qui peut encore l’être. Elles vivent partout. Sous la glace, dans les déserts, au fond des océans, des lacs et des rivières. Bactéries à pigments, elles peignent le ciel en bleu, les pierres en noir. » L’héroïne des Habitantes s’appelle Emily, mais elle n’est pas seule ; l’accompagnent une chienne, Loyse, un second duo femme-chienne, d’autres êtres encore, grenouille, hirondelle, tanche, moustique ou araignées, parfois imperceptibles, bactéries, cellules, parfois...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Nature peinture
Controns la grisaille par une escapade à Marseille, avec La Bonne Mère, premier roman de Mathilda Di Matteo. Clara, jeune prof à Sciences Po en phase de gentrification, se détache de son ascendante, Véro, « seins énormes » et manières de cagole. La présentation du fiancé, Raphaël, fils de ministre, crée un choc des cultures. Garamond vs Comic Sans : « Je l’appelle le girafon (…) À croire qu’il est en safari partout (…) ». Un mail de la revue, service Qualité, interrompt notre élan : l’examen des data de la page 52 souligne une nette disparité de traitement, avec davantage d’auteures que...
Le Matricule des Anges n°268

un auteur
Maurice Pons
Chronique
Traduction
Traduction
David Fauquemberg
L’Arbre de l’homme, de Patrick White
Quand le prix Nobel australien Patrick White (1912-1990) entreprend d’écrire son chef-d’œuvre, en 1950, il rentre d’Angleterre après des études à Cambridge, un début de carrière littéraire ; il a fait la guerre au Moyen-Orient. C’est décidé : il vivra à Dogwoods, sa ferme aux abords de Sydney, travaillera la terre avec son compagnon Manoly Lascaris. Que signifie, au fond, s’installer – dans un lieu, une vie, un amour ? L’Arbre de l’homme ne parle que de ça. À chaque mot de ce texte vibrant, d’une force d’évocation et d’émotion époustouflante, White guette « l’extraordinaire derrière...
Le Matricule des Anges n°268
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Domaine étranger Se défaire du regard Dans un recueil de nouvelles parfois fantastiques, parfois absurdes, toujours politiques, Megan Kamalei Kakimoto décrit le quotidien de femmes hawaïennes tentant, avec plus ou moins de succès, de s’émanciper. Megan Kamalei Kakimoto signe ici, avec Chaque goutte est un cauchemar pour l’homme, sa première publication. Jeune autrice née à Hawaï, connaissant et aimant son île, elle n’en reste pas moins lucide sur les inégalités qui y sont présentes. La plupart des nouvelles du recueil ont pour thème certaines formes d’aliénation mais aussi, a contrario, d’émancipation. Les personnages, des femmes autochtones hawaïennes, renouent le plus souvent avec...
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Poésie Une geste diagonalisée Avec Le Poème tangent, Isabelle Garron documente en une sorte de poème parlé les décisions, les gestes, le métier d’artistes femmes. Un livre en forme d’étoilement et d’affirmation de la langue du poème comme témoignage. Autrice de six recueils de poésie et, avec Yves di Manno (qui aura dirigé la collection « Poésie/Flammarion », fondée par Claude Esteban en 1983, jusqu’en 2026 – elle cessera de paraître dès cette année) de l’anthologie critique Un nouveau monde. Poésies en France, 1960-2010 (2017), Isabelle Garron livre avec Le Poème tangent un montage de paroles prélevées à partir de plusieurs entretiens menés sur cinq années avec dix-sept artistes femmes...
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Histoire littéraire Herbel, la malice du cosmos Une nouvelle traduction remet en circulation les histoires d’almanach de Hebel, classiques en Allemagne, presque inconnues en France. En Allemagne, Johann Peter Hebel (1760-1826) est un classique ; la France n’a pas son équivalent. C’est que l’art de Hebel, insiste Walter Benjamin, est le plus modeste de tous : des « historiettes », moralités, devinettes, longues de quelques lignes à quelques pages, écrites entre 1803 et 1819 pour l’almanach L’Ami de la maison du pays rhénan, vendu par colportage dans le pays de Bade. De son vivant, Hebel ne passe pas inaperçu : Goethe...
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Théâtre Lâchez les chiennes ! Mathilde Souchaud imagine comment les femmes pourraient montrer leurs crocs et briser leurs laisses. Le décor est planté d’emblée : des images du monde entier défilent sur des écrans en silence. Une didascalie ajoute : « Puis l’écran se fige sur une vidéo dans laquelle une femme, au milieu d’une manifestation, lève le poing en l’air, torse nu, des tire-laits fixés sur ses seins et “cash cow” écrit au marqueur sur son ventre. Brutalement les écrans s’éteignent ». Une voix artificielle, celle de l’autorité mondiale de protection cybernétique...
Intemporels
par Didier Garcia
Bad trip
Dans La Ligne de fuite, le romancier Robert Stone (1937-2015) sonne le glas du rêve américain. Un roman oppressant.
Journaliste free-lance mais auteur de profession, John Converse se trouve depuis dix-huit mois au Vietnam, non pas avec l’intention d’y couvrir cette « guerre bizarre » qu’il observe de loin mais afin de se ramener de la matière qui lui permette d’écrire un livre. Plutôt que de se rendre sur le front et de risquer inutilement sa peau, il préfère fréquenter les maisons closes de Saïgon, où il passe le plus clair de son temps à se piquer à l’héro. Dans le monde à l’intérieur duquel il évolue, avec pour seule devise « J’ai peur, donc je suis », les objections morales n’ont plus vraiment...
Le Matricule des Anges n°268







