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Conte à rebours
Lmda N°272 Après sa relecture décapante du Petit Chaperon Rouge dans De grandes dents (2024), Lucile Novat s’essaie à la fiction avec un conte très actuel sur un pensionnat de jeunes filles à Saint-Denis. Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? L’une des répliques les plus entêtantes de conte hante le titre du premier roman de Lucile Novat. Il faudra du temps aux lecteurs pour apprécier toute la teneur et l’ironie de cette référence à La Barbe-Bleue, se retourner sur ce qu’ils ont lu, ou imaginer au contraire ce qui est encore devant eux. C’est que Voir venir est un roman à l’écriture vive...
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Domaine étranger Fake clown En racontant l’irrésistible ascension de Trump, l’Italien Stefano Massini passe l’Amérique capitaliste au scanner de sa prose incisive. Et pose un diagnostic implacable. On est mal barré. Avec Donald, Stefano Massini reprend le dispositif mis en place pour Les Frères Lehman : une longue laisse de mots déroule un texte tout en verticalité rappelant ainsi graphiquement le symbole même de Trump et du capitalisme américain : la tour qui porte le nom du milliardaire. On se souvient que Les Frères Lehman avait obtenu le prix Médicis de l’essai 2018. Une distinction méritée mais étonnante, le livre, écrit pour le théâtre,...
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Domaine français Toros de mort En expliquant ce qu’est un taureau de combat, et dans quel environnement naît un torero, Laura Kind veut en faire des symboles de la tragédie guerrière. Au détriment de ce qui fait de la corrida un art vivant et une esthétique du sublime. Livre d’une poésie noire et vibrante, Le Destin connu des bêtes de combat a l’âpreté de la ruine et l’à-vif de tout ce qui excède la condition humaine. Présenté comme un roman faisant de la tauromachie une figure allégorique de la guerre, il est structuré comme une tragédie et se déploie à la façon d’un compte à rebours rythmant une marche à l’inexorable, au dimanche de Pâques de l’année 1914. On y suit les trajectoires parallèles d’un...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Passer ton basque
De nombreux collègues s’arrêtent au Matricule sur le chemin des vacances : les étals sont vides. Ou sinon le dernier Fabrice Caro. Et sous le manteau de la libraire, où sont d’habitude nichés les inédits de septembre, idem. Carrère, Mauvignier, les poids lourds, absents. – Mais si tu veux, j’ai ça. Marcher dans tes pas. L’usage de l’infinitif (le verbe quand il fait dodo, disent les écoliers du primaire), la deuxième personne du singulier (l’ami imaginaire) : grimace. – Nadège – mais si, l’institutrice – l’a lu et trouvé bouleversant. Le livre est signé Léonor de Récondo, et la colonne...
Le Matricule des Anges n°266

un auteur
Maurice Pons
Chronique
Traduction
Traduction
Ólöf Pétursdóttir
Dehors, c’est le printemps d’Ásta Sigurdardóttir
Traduire Ásta ? Oh que oui ! Une artiste hors des sentiers battus ; j’ai lu d’elle quelques textes quand j’étais adolescente ; une lecture dont le souvenir reste vif. Ces récits m’ont marquée par leur laconisme et leur candeur. Une lecture inoubliable et inédite. Ásta Sigurdardóttir (1930-1971) est à présent une figure emblématique de la jeune république islandaise, fondée en 1944. Après des siècles de colonisation danoise, le pays était occupé par les forces armées des alliés depuis 1940.
Encore un peu d’histoire : jadis, il y avait en Islande une tradition orale vivace. Cette oralité...
Le Matricule des Anges n°271
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Domaine étranger Histoires d'une oppression En neuf nouvelles, les femmes auxquelles Camila Sosa Villada donne vie manient la dérision, l’humour et la vengeance comme personne. Dès la première page, la nouvelle doit déjà vous avoir brisé le cœur », résume Camila Sosa Villada dans un entretien. C’est bien le cas des neuf nouvelles qui composent Je suis une idiote de t’aimer, lesquelles, chacune à sa manière, nous embarquent dans leur univers singulier sans nous lâcher. Le recueil brasse les thématiques fondamentales du travail de la romancière argentine (Les Vilaines, 2021 ; Histoire d’une domestication, 2024), à...
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Poésie Le fond de l'air est rouge Avec Soleils d’artifice, Luc Bénazet explore en trois plans la possibilité de concaténation d’une langue qui serait une grenade pour demain. C’est un geste de déplacement, rugueux, âpre, puissant. Huitième livre de poésie de Luc Bénazet, si l’on excepte les deux opus écrits avec Benoît Casas, Soleils d’artifice continue avec pugnacité un âpre travail de dégagement, ou de démantèlement : à savoir tenter d’écrire, jusqu’à en endurer la solitude, une langue dont l’effort aura été de s’arracher au socle de domination auquel elle appartient. Jacques Dupin, dans Dehors (1975), avait dit ce retournement inexorable et sa rage à en sortir par...
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Histoire littéraire Le salut dans la déroute Deux nouvelles d’André Dhôtel tendres et féroces comme l’esprit d’enfance qui les anime… et qui nous charme. André Dhôtel (1900-1991) le confiait à Patrick Reumaux dans Terres de mémoire (Jean-Pierre Delarge, 1979) : « J’en reviens toujours à un artisanat ». Artisanales, c’est-à-dire patiemment polies, réglées, ajustées sur l’établi, les deux nouvelles de Dhôtel que livre La guêpine assurément le sont. Et, ce qui ne gâche rien, dans une élégante plaquette sortie de l’atelier de l’imprimeur-éditeur Du Lérot. Treize années séparent Intermède (1943)...
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Théâtre Branle-bas de combat Quand un projet industriel de grande ampleur divise la population. Une petite ville quelque part en Belgique. Petite ville sans histoires hormis celle d’un riche passé industriel. Comme tous les dimanches, Christian, le bourgmestre, parcourt le marché en serrant des mains : « Bonjour, bonjour, vous allez bien ? » Il est populaire : « Un gros bide, ça inspire confiance. Ça fait terroir. Force tranquille. Ça attire le vote. » Mais la petite ville se meurt, les finances ne sont pas brillantes et l’avenir plus...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert
Chien de commissaire
Flic, joueur et homme de lettres, Oscar Méténier (1859-1913) n’a pas fréquenté la pègre en vain. C’est lui qui a imaginé le Grand-Guignol.
Rares sont les argus qui sont parvenus à s’infiltrer parmi la gent littéraire. Quoique percluse de défauts divers et affligée de moralités parfois discutables, la confrérie des hommes et femmes de lettres tient par-dessus tout à son allure olympienne, libre et à son allure « rebelle » (sur le modèle américain). Des rapports avec la police ? Le moins possible ! On a bien connu des balances dans la profession, Defoe, Rétif peut-être aussi et quelques lascars pendant la dernière guerre, mais les poulagas ne sont pas aussi appréciés que ça. Tout juste leur accorde-t-on de briller dans le...
Le Matricule des Anges n°190







