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Le Matricule des Anges
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Le Matricule des Anges

  • Rangez vos morts

    Lmda N°272 Dans un deuxième roman plein de ressort, Pauline Toulet plonge un correcteur placide et solitaire face à un cadavre. Sans illusion.
    Arborant un patronyme bien connu des amatrices et amateurs de littérature délicate (depuis Paul-Jean Toulet, l’auteur de Monsieur du Paur, homme public, 1898), Pauline Toulet s’autorise des fictions pétulantes et tantinet désabusées, menant des personnages masculins dépassés par les événements sur des terrains minés. Une bonne recette pour provoquer le sourire. Auteure d’un premier roman...
  • Un train pour la fin du monde

    Domaine étranger Voyage au bout de la faim Est de la Roumanie, 1947 : Daniela Ratiu nous embarque dans une odyssée cauchemardesque et terriblement humaine, aux côtés d’une famille qui tente d’échapper à la mort programmée. Si l’on ne cesse – à juste titre – de rappeler les crimes hitlériens, il semble que le devoir de mémoire soit moins préoccupé par ceux de Staline. Alors même que l’Ukraine subit l’agression russe – et que Poutine, lui, s’emploie à réhabiliter plus ou moins discrètement son illustre prédécesseur –, la réalité de l’Holodomor (1931-1933), famine orchestrée par le pouvoir soviétique qui fit peut-être plusieurs millions de victimes,...
  • Le Gogol

    Domaine français Des fous pour la littérature Dans un roman qui entrelace deux paroles, Nicole Caligaris exprime une colère froide contre l’administration de la culture en France. Faut-il croire à la fin des emmerdements ? N’est-ce pas comme croire au père Noël, tout bonnement ? À lire le nouveau roman de Nicole Caligaris, on se pose la question. La double expérience de son Gogol, le gars narrateur à la ramasse agrippé au comptoir, et de celle qu’il prend pour une juge, narratrice alternative, incite à prendre avec des pincettes le récit fait a priori des lendemains qui déchirent. C’est un soir de 13 novembre que prit...
Chronique
En grande surface
par Pierre Mondot

Des pavillons dans le ventre

Coup de fil d’un confrère de Lire-Le Magazine littéraire. Les vœux, quelques potins, l’IA, les salaires (soupirs), Trump, et – on le flairait – une sollicitation. Le journal vient de désigner La Nuit ravagée meilleur livre de l’année 2025 ; un papier dans la revue serait le bienvenu. Si on peut rendre service. Sans garantir l’efficacité de la démarche tant l’auteur, Jean-Baptiste Del Amo, semble imperméable à toute publicité : alors qu’il cumule les récompenses – prix Fnac, Goncourt du premier roman, Livre Inter, et roi de Lire désormais – sa notoriété demeure relative. Son nom énoncé,...
Le Matricule des Anges n°270
Maurice Pons

un auteur

Maurice Pons

Chronique
Traduction

France Camus-Pichon

L’Étrange Tumulte de nos vies de Claire Messud Au moment d’évoquer cette histoire si ample et mouvementée, et sa traduction (dont un enjeu était justement d’épouser ce mouvement), me revient une interrogation qui court dans le prologue à L’Étrange tumulte de nos vies : par où commencer ? En l’occurrence, quelle entrée choisir face à une fresque familiale qui se déploie sur cinq continents et deux siècles ? De 1940 à 2010. Sept décennies, les « sept âges » d’un drame où « chacun dans sa vie a plusieurs rôles à jouer », pour reprendre la citation de Shakespeare placée en épigraphe. Par « chacun », comprendre ici les membres de la...
Le Matricule des Anges n°266
  • Chroniques d’un dieu boiteux

    Domaine étranger Adieu des dieux Réintroduisant un dieu incongru dans les temps modernes, le Catalan Joan-Lluís Lluís nous parle de fragilité, de puissance et de désenchantement. Extravagant, étrange, burlesque. Tirés par les cheveux, aussi cruels qu’atroces, ainsi apparaissent les mythes des Anciens grecs ! Mais aussi, didactiques, explicatifs du Cosmos, du monde, de leurs créations, des dieux, des psychés et comportements humains, tant que nous ne cessons de les convier à nos contemporaines réflexions. Tirées par les cheveux, ainsi que par le pied, se révèlent ces Chroniques d’un dieu boiteux. Par les cheveux, car nous sommes ici dans la...
  • Le Poème tangent

    Poésie Une geste diagonalisée Avec Le Poème tangent, Isabelle Garron documente en une sorte de poème parlé les décisions, les gestes, le métier d’artistes femmes. Un livre en forme d’étoilement et d’affirmation de la langue du poème comme témoignage. Autrice de six recueils de poésie et, avec Yves di Manno (qui aura dirigé la collection « Poésie/Flammarion », fondée par Claude Esteban en 1983, jusqu’en 2026 – elle cessera de paraître dès cette année) de l’anthologie critique Un nouveau monde. Poésies en France, 1960-2010 (2017), Isabelle Garron livre avec Le Poème tangent un montage de paroles prélevées à partir de plusieurs entretiens menés sur cinq années avec dix-sept artistes femmes...
  • Rilke sans domicile fixe

    Poches La pauvreté et la splendeur Homme sans toit, sans foyer, Rilke fut un nomade en quête de l’œuvre qui l’installerait en harmonie avec le monde et le délivrerait du mal d’exister. Olympia Alberti nous entraîne dans son sillage. Écrivain que chacun connaît mais que peu ont lu, contemporain de Stefan George et de Hofmannsthal, Rainer Maria Rilke (1875-1926) eut une existence de vagabond apatride. Une vie errante en quête du lieu juste, celui qui, lui permettant de s’abandonner entièrement à une ascétique passivité, l’aiderait à affronter, seul, ses « lions intérieurs » tout en travaillant à une œuvre qui, dans et par la poésie, confinerait à un salut existentiel....
  • Les Chiennes

    Théâtre Lâchez les chiennes ! Mathilde Souchaud imagine comment les femmes pourraient montrer leurs crocs et briser leurs laisses. Le décor est planté d’emblée : des images du monde entier défilent sur des écrans en silence. Une didascalie ajoute : « Puis l’écran se fige sur une vidéo dans laquelle une femme, au milieu d’une manifestation, lève le poing en l’air, torse nu, des tire-laits fixés sur ses seins et “cash cow” écrit au marqueur sur son ventre. Brutalement les écrans s’éteignent ». Une voix artificielle, celle de l’autorité mondiale de protection cybernétique...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert

L’harmonie du dessin

Ex-missionnaire protestante, Marthe Arnaud raconte son expérience dans un livre délicat mais vrai. La colonisation en mauvaise passe. Sans que l’on sache bien depuis quand, pourquoi et comment, Marthe Arnaud était une amie de Samuel Beckett. On suppose que cela date d’une époque où l’auteur de Molloy fréquentait le XIVe arrondissement de Paris. Du moins, cela se répète d’essai sur Beckett en essai sur Beckett. Mais on ne peut guère en être sûr puisque, le personnage de Marthe paraissant secondaire, on ne lui a pas accordé d’entrée dans la biographie de Beckett. On trouve cependant une légère trace d’elle dans sa correspondance. Marthe n’était cependant pas n’importe qui : elle était la compagne de Bram van Velde...
Le Matricule des Anges n°221