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Le Matricule des Anges
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Le Matricule des Anges

  • Des mains de courage

    Lmda N°276 Anne Percin tisse de l’existence et de l’amour une toile à l’ancienne, pleine des accrocs de la douleur mais d’une trame solide qui résiste à l’oubli.
    Sous la forme d’un petit carnet autographe à peine cousu, sans couverture, est parvenu à Anne Percin le récit familial. L’aède peut se saisir de ce qui lui plaît pour tresser des lignes de mots, en l’occurrence, chez Anne Percin, le déclic provient de ce document autographe conservé dans la famille, pieusement mais avec beaucoup de perplexité. Si l’arrière-grand-père écrivait bien, on ne...
  • Houaria

    Domaine étranger Oran, à hue, à dieu, à diable Roman choral au cœur de la « décennie noire » algérienne, Houaria de Inam Bioud est une comédie humaine, sensuelle et survoltée. Elle a mis six ans à écrire ce roman – et cela se comprend. Inam Bioud a vécu à Oran entre 1990 et 2000 : le chaudron de la guerre civile algérienne, la baptisée « décennie noire », l’auteure y a été plongée, tout comme son héroïne, Houaria – dont le prénom est un clin d’œil au Saint patron d’Oran, Sidi Houari. Inam Bioud a eu le temps, cependant, avant que les premières tueries ne surviennent, au printemps 1993, de goûter aux secrets de...
  • A la recherche du cachalot

    Domaine français Corrida des mers Réédition d’À la recherche du cachalot, roman documentaire du franco-italien Mario Ruspoli sur la chasse aux cétacés. Crépusculaire, poétique, cruel, magnifiquement illustré. Un docu-fiction ? Du réel romancé ? Un document (ré)interprété ? Un mélange de réel et de fiction. Du cinéma-vérité ? Celui de la reproduction « d’une réalité la plus vivante et saignante possible » ? Un matériel de plus en plus léger, les aspirations des sciences humaines, l’ethnologie et aussi l’antipsychiatrie ont permis en France, dans les années 1960, le développement de ce cinéma. Son synchrone, caméra 16 mm, volonté d’approcher le...
Chronique
En grande surface
par Pierre Mondot

Force majeure

Crise oblige, on émet le souhait d’un papier sérieux. Une synthèse géopolitique qui éclairerait le lecteur sur les rouages des conflits internationaux. Étayée par un corpus solide, des ouvrages signés Trinquand et Pellistrandi, avec en prime une astuce mnémotechnique pour ne plus confondre chiite, sunnite et stalagmite. Refusé. « Occupe-toi du hit-parade. » Les cavaliers de l’Apocalypse sanglent leurs chevaux, on nous somme de divertir. Soit. On commentera en représailles le numéro un des ventes. Quel qu’il soit. Et la joie de vivre, Gisèle Pelicot. Léger coup de chaud. L’image d’un...
Le Matricule des Anges n°272
Marc Biancarelli

un auteur

Marc Biancarelli

Chronique
Traduction

Annie Bats *

Déclin et fascination de Eva Baltasar Je n’avais jamais fait cette expérience : traduire une même autrice à mesure qu’elle publie, saisir de mieux en mieux la singularité de chaque livre et les lignes de force de l’ensemble. Je la dois, d’une part, à son éditrice en catalan, Maria Bohigas, du Club Editor, qui, après m’avoir confié la mise en français de Llefre de tu (Ogre de toi), récit du poète majorquin Biel Mesquida, s’est à nouveau tournée vers moi ; d’autre part, aux éditions Verdier, qui publient Eva Baltasar avec une constance rare, s’agissant d’une contemporaine, certes reconnue internationalement, mais demeurant en...
Le Matricule des Anges n°275
  • Le Bon Mal

    Domaine étranger Soleils aveugles Avec Le Bon mal, l’argentine Samanta Schweblin déstabilise le lecteur par un art affirmé du décalage et du renversement. Grave, intime et beau. Des anges, il y a ceux qui chantent la vie et ceux qui incarnent la mort avec un côté psychopompe pour guider dans l’au-delà. Les anges battent des ailes et dans leurs battements le réel se transforme, révèle d’autres dimensions. L’étrangeté, c’est quoi ? Le caractère de ce qui est bizarre, surprenant, inhabituel… L’étrangeté panique. Certains la recherchent. Les nouvellistes, depuis Edgar Allan Poe, ont leurs maîtres de l’étrange et leurs...
  • Verdures de la nuit et autres poèmes

    Poésie Assomption d'un pays dans une vie Figure majeure de la littérature suisse romande, Maurice Chappaz (1916-2009) a consacré sa vie à la quête fervente d’un rapport humble et juste au monde, la célébrant jusque dans ses désillusions. Il aimait les orages « en forme d’iris », les longues marches nocturnes, l’odeur de prunier dans l’air, les vallons sauvages, la neige, le vent, l’altitude. Alpiniste, vigneron, rôdeur de chemins de traverse et avant tout poète – « de nous tous, disait Jaccottet, le plus originellement, le plus spontanément poète » –, Maurice Chappaz fut le chantre de son Valais natal. Pour échapper à la destinée qu’on lui traçait – prendre la suite d’un...
  • Le Tutu

    Histoire littéraire Jambe en l'air et chapeau bas Depuis son invention par Tristram en 1991, Le Tutu n’en finit pas de froufrouter. Parce qu’on ne sait toujours rien – ou presque – de son auteur et, surtout, parce que ce roman de « mœurs fin de siècle » garde intacte toute sa folle frénésie. Le résumer n’aurait aucun sens. Le récit, définitivement débarrassé de tête et de queue, n’est ici que pure dépense, lancé à toute blinde à travers les pages telle une super-balle dont on ne sait ni où ni quand elle s’arrêtera, après avoir tout renversé sur son passage. Car ce Tutu ne respecte rien : ni le bon goût, ni la religion, ni la famille, pour ne rien dire de la vraisemblance. Les tribulations parisiennes et extra-parisiennes de...
  • N’être (que de la tendresse faite verbe)

    Théâtre Un enfant pour sauver le monde Zoukhra Yanikova décrit en temps de guerre une société russe menacée de perdre son âme. Zoukhra Yanikova est née au Daghestan, a fait ses études à Moscou et en 2022 s’installe au Monténégro. Pour être plus libre de dire et d’écrire. Car la société russe, fermée, opaque, étouffante, ne laisse pas aux écrivains la possibilité de s’exprimer aussi librement qu’ils ou elles le souhaiteraient. Pourtant Yanikova n’est pas une opposante politique. Elle n’est pas engagée contre le régime de Moscou mais tente, par une fine écriture...
Intemporels
par Didier Garcia

Espoirs déçus

Dans ce huis clos new-yorkais, Bernard Malamud (1914-1986) met en scène un modeste épicier juif trompé par le rêve américain. Dans les premières pages du Commis (en gros jusqu’à l’entrée en scène plutôt virile de l’Italien Frank Alpine, le protagoniste inattendu de ce roman), trois membres d’une même famille juive (émigrée de Russie) se partagent les premiers rôles : Morris Bober, sa femme Ida, et leur fille Helen. Morris donc, tout d’abord. C’est lui qui tient à bout de bras, depuis vingt et un ans, une épicerie de quartier située quelque part dans Brooklyn. Un commerce qui lui donne tout juste de quoi survivre, puisqu’à 60 ans il est plus pauvre qu’à 30. On pourrait dire de lui qu’il a tout du Juif maudit :...
Le Matricule des Anges n°180