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L’arche de Berre
Lmda N°274 Déclaration d’amour à l’étang de Berre, éloge intime du requin, traversée poétique des temps géologiques, le nouveau livre de Sigolène Vinson fait vibrer les éclats irisés de la vie immémoriale. Réfractaire à toute définition de genre, ce récit rhapsodique qui coud ensemble divers éléments jusqu’à leur accorder un point de convergence autour duquel le lecteur ne cesse de tourner, pourrait aussi être la matrice prometteuse d’autres livres. À la fois rêverie sur des temps immémoriaux où nos plaines constituaient des fonds marins, nostalgie d’une enfance à Djibouti où le lac Assal et...
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Domaine étranger Coup de poing dans les tabous Au cours de sa courte vie d’écrivaine, la Marocaine Malika Moustadraf a bousculé les interdits et raconté, dans une langue crue et violente, le quotidien des oubliés et des rejetés. On peut entrer dans ce livre par sa couverture. Le fond de l’image est un tapis oriental, rouge sang, orné de fleurs, d’oiseaux, de motifs traditionnels. À l’avant-plan, mais rabaissée, plutôt qu’au milieu de la page, une femme, dont on ne voit que le visage. Elle fait carrément la tronche, clope au bec. Elle est emballée serrée dans un tissu fleuri, l’idée d’un vêtement islamique, destiné à dissimuler le corps, mais fait d’une joyeuse...
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Domaine français En dansant dans le marges Quelque part entre Robert Walser et C.-A. Cingria, les « proseries » à fleur de peau de Lambert Schlechter recueillent le murmure du monde. Il y a quelque chose de farouchement singulier dans l’activité d’infatigable noteur de Lambert Schlechter. Mû par un insatiable appétit de dire, il ne cesse de chercher à saisir cet insaisissable qu’il nomme « le murmure du monde » et dont il a fait le terme générique d’un cycle entamé en 2006 et qu’il décline en volumes possédant chacun leur caractère propre. Viennent ainsi de paraître les volumes 11 (Franz à la Fenice), 12 (Comment) et 13...
Chronique
En grande surface
En grande surface
par Pierre Mondot
Nature peinture
Controns la grisaille par une escapade à Marseille, avec La Bonne Mère, premier roman de Mathilda Di Matteo. Clara, jeune prof à Sciences Po en phase de gentrification, se détache de son ascendante, Véro, « seins énormes » et manières de cagole. La présentation du fiancé, Raphaël, fils de ministre, crée un choc des cultures. Garamond vs Comic Sans : « Je l’appelle le girafon (…) À croire qu’il est en safari partout (…) ». Un mail de la revue, service Qualité, interrompt notre élan : l’examen des data de la page 52 souligne une nette disparité de traitement, avec davantage d’auteures que...
Le Matricule des Anges n°268

un auteur
Colette
Chronique
Traduction
Traduction
Iryna Dmytrychyn
Personne ne demandera rien, de Serhiy Jadan
Ferhiy Jadan est un auteur protéiforme qui excelle dans tous les genres, qu’il s’agisse de poésie, de prose, de dramaturgie et de traduction. On le connaît chanteur et front man, engagé politiquement dans l’aide logistique aux combattants et aux civils depuis le début de la guerre en 2014, et plus encore depuis l’invasion à grande échelle de février 2022. En mars 2024 il s’est engagé dans l’armée, le seul front qui compte aujourd’hui en Ukraine.
Ce recueil de douze nouvelles offre au lecteur français la preuve de son talent pour la forme courte. Il nous révèle également Jadan...
Le Matricule des Anges n°270
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Domaine étranger Le sens de la finitude Les avatars de l’intelligence artificielle et de l’immortalité au cœur d’un roman de science-fiction policière, par Rosa Montero. L’horizon de la science-fiction semble balisé par les écrivains américains, entre Philip K. Dick, Robert Silverberg et Dan Simmons. De surcroît, si peu de femmes s’illustrent dans le genre, c’est encore une Américaine, Ursula Le Guin, qui fit figure d’exception. Aussi faut-il remarquer à cet égard l’irruption d’une Madrilène, Rosa Montero (née en 1951), dont l’anticipation s’exerce dans les « États-Unis de la terre », en l’an 2111. Dans la...
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Poésie Une geste diagonalisée Avec Le Poème tangent, Isabelle Garron documente en une sorte de poème parlé les décisions, les gestes, le métier d’artistes femmes. Un livre en forme d’étoilement et d’affirmation de la langue du poème comme témoignage. Autrice de six recueils de poésie et, avec Yves di Manno (qui aura dirigé la collection « Poésie/Flammarion », fondée par Claude Esteban en 1983, jusqu’en 2026 – elle cessera de paraître dès cette année) de l’anthologie critique Un nouveau monde. Poésies en France, 1960-2010 (2017), Isabelle Garron livre avec Le Poème tangent un montage de paroles prélevées à partir de plusieurs entretiens menés sur cinq années avec dix-sept artistes femmes...
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Poches Lignes de faille La réédition de Fragilité est l’occasion de (re)découvrir la pensée érudite, sensible et poétique de Jean-Louis Chrétien. Vers 1768, au centre d’une peinture de Chardin figurent une noix et ses brisures alors que trois poires vertes et un verre de vin les cernent. Si cette petite toile est d’un réalisme confondant, la noix brisée en est le détail qui retient, le punctum. Contrairement à ce qu’on voudrait croire, l’univers n’est ni stable ni infrangible et c’est peut-être parce qu’un geste d’effraction peut rompre à tout moment la coquille d’une noix, que nous...
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Théâtre Blessures fantômes Daniel Keene sonde les traumatismes, dont les plus invisibles, de tous ceux qui ont dû partir combattre dans un conflit armé. Alors que les discours va-t-en-guerre se font de plus en plus nombreux, Le Long Chemin du retour de Daniel Keene est un contrepoint bienvenu et salutaire. Ce titre, en référence aux vingt ans nécessaires à Ulysse pour revenir de la guerre de Troie, évoque la difficulté pour tous ceux qui ont combattu au front de retourner à une vie civile « normale ». Le texte a été écrit à partir d’échanges, plusieurs semaines durant, avec des soldats des...
Intemporels
par Didier Garcia
Au nom de la vérité
Avec Le Fou du tzar, l’Estonien Jaan Kross nous entraîne dans la Russie du XIXe siècle, où il valait mieux taire ses convictions.
La liberté n’a de sens que si elle implique le droit de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre », pouvons-nous lire dans la préface de La Ferme des animaux (1945 – une préface d’ailleurs écrite par George Orwell lui-même). Pour avoir adopté, avec un bon siècle d’avance, ce principe de liberté totale, Timotheus von Bock (héros malgré lui de ce roman) aura passé neuf ans en prison et vécu les dix dernières années de sa vie assigné à résidence dans son propre domaine.
C’est par l’intermédiaire du journal de son beau-frère par alliance Jakob Mettich que nous entrons dans cette...
Le Matricule des Anges n°232








