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Le Matricule des Anges
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Le Matricule des Anges

  • Signes de croix

    Lmda N°276 « Paysagiste du souvenir », le primo-romancier Siméon Lerouge remonte le temps en se passionnant pour un très modeste monument sarthois.
    "C’est là que nous allons vivre”, je me répète intérieurement. “À des centaines de kilomètres de Brest.” Pas de souvenirs ici, pas d’habitudes, pas de connaissances. Pas de rade mais un ruisseau, des lieux-dits, pas de ville mais un bourg ». Comment le narrateur est-il arrivé ici, dans la campagne sarthoise, et surtout comment en est-il venu à s’intéresser à la Croix percée, « un modeste...
  • Les Pêcheurs

    Domaine étranger Que meure le poisson ! La première traduction française des Pêcheurs de Raul Brandão, classique de la littérature portugaise, entre lyrisme symboliste et précision naturaliste. Les Pêcheurs commence « à la portugaise ». Le mot saudade figure, non traduit, à la première page du livre et Raul Brandão (1867-1930), en bon écolier du symbolisme, abuse d’abord des marines pittoresques et des motifs de la brume, des ténèbres, de l’irréalité. Ainsi, de la ria d’Aveiro : « Ici, la matière n’existe pas. » Et pourtant. Les notes et les souvenirs qui font celle des Pêcheurs (paru en 1923, six ans après son chef-d’œuvre Humus)...
  • A la recherche du cachalot

    Domaine français Corrida des mers Réédition d’À la recherche du cachalot, roman documentaire du franco-italien Mario Ruspoli sur la chasse aux cétacés. Crépusculaire, poétique, cruel, magnifiquement illustré. Un docu-fiction ? Du réel romancé ? Un document (ré)interprété ? Un mélange de réel et de fiction. Du cinéma-vérité ? Celui de la reproduction « d’une réalité la plus vivante et saignante possible » ? Un matériel de plus en plus léger, les aspirations des sciences humaines, l’ethnologie et aussi l’antipsychiatrie ont permis en France, dans les années 1960, le développement de ce cinéma. Son synchrone, caméra 16 mm, volonté d’approcher le...
Chronique
En grande surface
par Pierre Mondot

Acab

On regrettera Wikipédia, bientôt rendue caduque par l’IA. Du principe collaboratif de l’encyclopédie émergeait un désordre baroque où se mêlaient informations hétéroclites et points de vue contradictoires. Prenons Fred Vargas, numéro un des ventes ce printemps. Sa page la révèle spécialiste en archéozoologie ; précise que son pseudonyme vient du personnage incarné par Ava Gardner dans La Comtesse aux pieds nus ; remarque qu’elle est extralucide (elle a annoncé la Covid-19 et la pénurie de masques treize ans avant) ; ingénieuse (elle a conçu avec sa sœur une cape de protection contre les...
Le Matricule des Anges n°274
Marc Biancarelli

un auteur

Marc Biancarelli

Chronique
Traduction

Ólöf Pétursdóttir

Dehors, c’est le printemps d’Ásta Sigurdardóttir Traduire Ásta ? Oh que oui ! Une artiste hors des sentiers battus ; j’ai lu d’elle quelques textes quand j’étais adolescente ; une lecture dont le souvenir reste vif. Ces récits m’ont marquée par leur laconisme et leur candeur. Une lecture inoubliable et inédite. Ásta Sigurdardóttir (1930-1971) est à présent une figure emblématique de la jeune république islandaise, fondée en 1944. Après des siècles de colonisation danoise, le pays était occupé par les forces armées des alliés depuis 1940. Encore un peu d’histoire : jadis, il y avait en Islande une tradition orale vivace. Cette oralité...
Le Matricule des Anges n°271
  • Canne

    Domaine étranger Harlem in fire Deux textes réédités chez Ypsilon illustrent l’audace moderniste et la force poétique de la Harlem Renaissance : un feu qui couve des champs de canne à sucre de Géorgie jusqu’aux trottoirs de New York. Le premier, Canne est un roman qui n’en est pas vraiment un. L’autre, Feu ! Harlem 1926 est une revue périodique signée par des noms comme Langston Hughes, ou Zora Neale Hurston… qui n’aura jamais connu qu’un seul numéro. Cela suffit à dire sous quel régime de fragilité éditoriale et avec quelle puissante incandescence se sont énoncées à l’époque les propositions contenues dans ces pages. Trois années seulement les séparent, mais elles...
  • Argent négatif

    Poésie L'odeur de vos dettes La poétesse afro-américaine Lillian-Yvonne Bertram signe avec Argent négatif un livre où les politiques discriminatoires et ségrégatives que l’argent aggrave sont montrées dans toute leur odeur pestilentielle. Si Lillian-Yvonne Bertram est définie comme « queer black poet », appartient au mouvement de luttes antiracistes Black Lives Matter, son travail de poétesse habite ces positions avec une puissance rare. On pourrait le comparer à celui de son aînée Claudia Rankine (Si toi aussi tu m’abandonnes [José Corti, 2010], Citizen. Ballade américaine [L’Olivier, 2020]) ou encore à l’extraordinaire Discipline de Dawn Lundy Martin (Joca Seria, 2019)....
  • Journal de guerre (suivi de) Journal du métèque, 1939-1942

    Histoire littéraire En attendant la guerre Dans son Journal de guerre, Jean Malaquais (1908-1998) ne mâche pas ses mots, sinon pour les cracher comme une chique à la gueule de l’Histoire. Alors que grandit chaque jour un peu plus la rumeur d’une nouvelle guerre censément inéluctable, l’entrée de l’historien Marc Bloch au Panthéon vient à point nous rappeler ce que fut pour la France « l’étrange défaite » de 39-40. D’autres en furent les témoins privilégiés, parmi lesquels l’écrivain Jean Malaquais, dont reparaît aujourd’hui le précieux Journal de guerre. Issu d’une famille juive laïque de la petite bourgeoisie polonaise, le...
  • Merveille (suivi de) Petit quelqu’un

    Théâtre Une vache pour tout bagage Catherine Monin met en scène l’histoire forte d’une rencontre et d’un vivre-ensemble avec un animal. Merveille, c’est d’abord une langue. Précise, parfois crue, tendre et poétique, malaxant le vocabulaire et la syntaxe. Une langue d’images et d’émotions qui nous dit une façon de voir le monde, une façon même d’être au monde. D’être attentif au monde. De le découvrir. D’affronter ses épreuves et d’en être parfois émerveillé. Merveille, c’est aussi une vache, une parmi les 26 d’un troupeau qui soir et matin passent à la trayeuse pour donner...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert

Rire et châtiment

Méridional de belle humeur, Marc Michel s’adonna au romantisme funèbre, exubérant – et ironique – avant de déployer ses trésors d’humour aux côtés d’Eugène Labiche. Tandis qu’un corbillard s’avançait dans le brouillard, suivant l’air connu, sait-on bien ce que faisait Marc Michel ? Aussi pénible qu’il soit de l’admettre, Marc Michel s’esclaffait. Oui, il s’esclaffait, armé de sa plume, au-dessus du récit qu’il avait intitulé Pohol et que publierait, les 7 et 8 novembre 1832, le grand journal quotidien du Sud, Le Sémaphore de Marseille, celui-là même qui accueillera plusieurs centaines d’articles d’Émile Zola à la fin du siècle. Le récit de Marc Michel, qui signait jusqu’alors ses jeunes essais du pseudonyme plein d’autodérision de « Scribomane...
Le Matricule des Anges n°116