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Le Matricule des Anges
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Le Matricule des Anges

  • Signes de croix

    Lmda N°276 « Paysagiste du souvenir », le primo-romancier Siméon Lerouge remonte le temps en se passionnant pour un très modeste monument sarthois.
    "C’est là que nous allons vivre”, je me répète intérieurement. “À des centaines de kilomètres de Brest.” Pas de souvenirs ici, pas d’habitudes, pas de connaissances. Pas de rade mais un ruisseau, des lieux-dits, pas de ville mais un bourg ». Comment le narrateur est-il arrivé ici, dans la campagne sarthoise, et surtout comment en est-il venu à s’intéresser à la Croix percée, « un modeste...
  • Teatro Grottesco

    Domaine étranger Un éden détraqué Descendant direct de Lovecraft, l’Américain Thomas Ligotti distille des horreurs gothiques depuis quarante ans, préservant son mystère et ses créatures désemparées dans un monde en déréliction. Enfant de Détroit, la ville fantôme de l’industrie automobile américaine qui incarne le mieux ce qu’est un naufrage économique, Thomas Ligotti, né en 1953, a emporté dans sa valise, ou dans sa tête, en la quittant, une terrible hantise de la décrépitude, de la disparition et de la pourriture. Son cinquième recueil anthologique, où treize nouvelles d’époques variées de sa carrière en portent non pas des traces mais… les stigmates. Des marques...
  • La Requine

    Domaine français L'arche de Berre Déclaration d’amour à l’étang de Berre, éloge intime du requin, traversée poétique des temps géologiques, le nouveau livre de Sigolène Vinson fait vibrer les éclats irisés de la vie immémoriale. Réfractaire à toute définition de genre, ce récit rhapsodique qui coud ensemble divers éléments jusqu’à leur accorder un point de convergence autour duquel le lecteur ne cesse de tourner, pourrait aussi être la matrice prometteuse d’autres livres. À la fois rêverie sur des temps immémoriaux où nos plaines constituaient des fonds marins, nostalgie d’une enfance à Djibouti où le lac Assal et ses eaux très salées préfigurent l’étang de Berre...
Chronique
En grande surface
par Pierre Mondot

Acab

On regrettera Wikipédia, bientôt rendue caduque par l’IA. Du principe collaboratif de l’encyclopédie émergeait un désordre baroque où se mêlaient informations hétéroclites et points de vue contradictoires. Prenons Fred Vargas, numéro un des ventes ce printemps. Sa page la révèle spécialiste en archéozoologie ; précise que son pseudonyme vient du personnage incarné par Ava Gardner dans La Comtesse aux pieds nus ; remarque qu’elle est extralucide (elle a annoncé la Covid-19 et la pénurie de masques treize ans avant) ; ingénieuse (elle a conçu avec sa sœur une cape de protection contre les...
Le Matricule des Anges n°274
Marc Biancarelli

un auteur

Marc Biancarelli

Chronique
Traduction

Julien Tribotté

Le Blues usé de Langston Hughes En janvier 1926 paraît le premier recueil d’un très jeune poète qui deviendra l’une des grandes voix de la poésie américaine. Un siècle après sa parution, le livre frappe et touche encore. Les poèmes prennent appui sur des réalités simples et décisives : la fatigue, l’injustice, la dignité, l’espoir. C’est peut-être cela d’abord qui m’a retenu en le traduisant. Cette évidence. Cette capacité à écrire une poésie d’une grande tenue sans jamais la séparer de ses lecteurs. Né en 1901 à Joplin, dans le Missouri, Langston Hughes grandit entre plusieurs villes américaines marquées par...
Le Matricule des Anges n°273
  • Notre Sœur Rabat-Joie

    Domaine étranger Sissie la Noire en Europe blanche Comment peut-on être ghanéenne dans les années 1970 ? Un roman émancipateur d’Ama Ata Aidoo. Il aura fallu presque cinquante ans pour que ce roman de la littérature africaine anglophone soit enfin traduit en français et que le nom de la Ghanéenne Ama Ata Aidoo parvienne à nos oreilles. Cette professeure d’université, défenseuse de la cause des femmes, laisse derrière elle des écrits peu nombreux mais marquants, allant du théâtre à la poésie, du roman au livre jeunesse. Saluée à sa mort, en 2023, à l’âge de 81 ans, comme une...
  • Celle qui jamais ne te vit

    Poésie Un amour sans taches Cette première traduction rimée du chef-d’œuvre de Guillaume de Machaut nous fait découvrir un des grands poètes du Moyen Âge. Celle qui onques ne vous vit / Et qui vous aime loiaument » semble s’exprimer depuis le fond même du temps, qui scintille dans les soubassements oubliés de notre langue, aux recoins de mots qui ne sont plus tout à fait les nôtres et n’en font pas moins preuve d’une remarquable vitalité, puisque nous les avions à peine lus, comme pour mieux préserver la fraîcheur de si beaux vers. De fait, leur auteur, Guillaume de Machaut (1300-1377), dans...
  • Journal de guerre (suivi de) Journal du métèque, 1939-1942

    Histoire littéraire En attendant la guerre Dans son Journal de guerre, Jean Malaquais (1908-1998) ne mâche pas ses mots, sinon pour les cracher comme une chique à la gueule de l’Histoire. Alors que grandit chaque jour un peu plus la rumeur d’une nouvelle guerre censément inéluctable, l’entrée de l’historien Marc Bloch au Panthéon vient à point nous rappeler ce que fut pour la France « l’étrange défaite » de 39-40. D’autres en furent les témoins privilégiés, parmi lesquels l’écrivain Jean Malaquais, dont reparaît aujourd’hui le précieux Journal de guerre. Issu d’une famille juive laïque de la petite bourgeoisie polonaise, le...
  • Merveille (suivi de) Petit quelqu’un

    Théâtre Une vache pour tout bagage Catherine Monin met en scène l’histoire forte d’une rencontre et d’un vivre-ensemble avec un animal. Merveille, c’est d’abord une langue. Précise, parfois crue, tendre et poétique, malaxant le vocabulaire et la syntaxe. Une langue d’images et d’émotions qui nous dit une façon de voir le monde, une façon même d’être au monde. D’être attentif au monde. De le découvrir. D’affronter ses épreuves et d’en être parfois émerveillé. Merveille, c’est aussi une vache, une parmi les 26 d’un troupeau qui soir et matin passent à la trayeuse pour donner...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert

Charniers et pigments

Aquafortiste symboliste, prosateur et poète, peintre de la Provence et des âmes, Valère Bernard le polytalentueux était « broyeur de noir ». Aussi célèbres que les ports d’Alger ou de Marseille par Albert Marquet, le « Débarquement d’oranges » ou « La rixe » de Valère Bernard sont des toiles que tous les amateurs de couleurs et de soleil connaissent. Plus rares sont ceux qui lisent Bernard, mais il y a fort à parier qu’un coup de projecteur sur ses gravures à monstres, créatures dévorantes et femmes à ongles devrait attirer à lui de nouvelles curiosités… Comme en 1988, l’exposition du musée des Beaux-Arts de Toulon avait permis de redécouvrir ce talentueux protéiforme, ce « symboliste au double visage : le peintre de...
Le Matricule des Anges n°168