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Le Matricule des Anges
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Le Matricule des Anges

  • Dérive furieuse

    Lmda N°276 Des tréfonds américains, Eva Bottega délivre, d’une plume leste, un road trip libertaire.
    C’est noir foncé. Furieux et désespéré. La seule lumière, on la voit sur la photo illustrant le bandeau du livre, un bandeau rouge sanglant, du même rouge que la couverture rouge, rouge fâché, rouge-je-m’en-fous-des-bonnes-manières. La lumière, donc, vient de la flamme d’un briquet. La flamme qui sert à jouer avec le feu et le danger, à cramer ses propres cheveux, à calmer les angoisses qui...
  • Le Petit

    Domaine étranger Encres salvatrices Comment transformer un drame en tragi-comédie, tout en respectant victimes et proches, telle est la prouesse de Fernando Aramburu, dans un roman pudique et subtil. Mettre le doigt sur la plaie, puis caresser les bords de la blessure, pour en atténuer la souffrance comme ces mères soufflent sur le bobo de leur enfant et déclarent « Envolée la douleur ! Plus mal ! », Fernando Aramburu s’y exerce par l’écriture. Le Basque né en 1959 à San Sebastián, établi en Allemagne depuis 1985, avait surpris bien au-delà des frontières de l’Euskadi avec Patria (Actes Sud, 2018), roman sur un sujet très brûlant : le...
  • L' École du Point-du-Jour

    Domaine français La ville, malgré tout Entre essai et rêverie, Joël Cornuault revient dans les rues du Paris de sa jeunesse afin d’y débusquer ce qui frétille encore. Joël Cornuault est de ces flâneurs actifs qui prennent au sérieux l’art de la déambulation, l’œil au vent et le nez aux aguets ; un art que d’aucuns, pressés comme des citrons par un monde qui n’a de cesse d’amoindrir la vie de nos sens, qualifieraient un peu hâtivement de désuet. Mais Cornuault n’accepte pas cette facilité, car il est également de ceux « qui veulent la lune » et ne se laissent pas abattre. Malgré les morosités passagères,...
Chronique
En grande surface
par Pierre Mondot

Acab

On regrettera Wikipédia, bientôt rendue caduque par l’IA. Du principe collaboratif de l’encyclopédie émergeait un désordre baroque où se mêlaient informations hétéroclites et points de vue contradictoires. Prenons Fred Vargas, numéro un des ventes ce printemps. Sa page la révèle spécialiste en archéozoologie ; précise que son pseudonyme vient du personnage incarné par Ava Gardner dans La Comtesse aux pieds nus ; remarque qu’elle est extralucide (elle a annoncé la Covid-19 et la pénurie de masques treize ans avant) ; ingénieuse (elle a conçu avec sa sœur une cape de protection contre les...
Le Matricule des Anges n°274
Marc Biancarelli

un auteur

Marc Biancarelli

Chronique
Traduction

Ólöf Pétursdóttir

Dehors, c’est le printemps d’Ásta Sigurdardóttir Traduire Ásta ? Oh que oui ! Une artiste hors des sentiers battus ; j’ai lu d’elle quelques textes quand j’étais adolescente ; une lecture dont le souvenir reste vif. Ces récits m’ont marquée par leur laconisme et leur candeur. Une lecture inoubliable et inédite. Ásta Sigurdardóttir (1930-1971) est à présent une figure emblématique de la jeune république islandaise, fondée en 1944. Après des siècles de colonisation danoise, le pays était occupé par les forces armées des alliés depuis 1940. Encore un peu d’histoire : jadis, il y avait en Islande une tradition orale vivace. Cette oralité...
Le Matricule des Anges n°271
  • Houaria

    Domaine étranger Oran, à hue, à dieu, à diable Roman choral au cœur de la « décennie noire » algérienne, Houaria de Inam Bioud est une comédie humaine, sensuelle et survoltée. Elle a mis six ans à écrire ce roman – et cela se comprend. Inam Bioud a vécu à Oran entre 1990 et 2000 : le chaudron de la guerre civile algérienne, la baptisée « décennie noire », l’auteure y a été plongée, tout comme son héroïne, Houaria – dont le prénom est un clin d’œil au Saint patron d’Oran, Sidi Houari. Inam Bioud a eu le temps, cependant, avant que les premières tueries ne surviennent, au printemps 1993, de goûter aux secrets de...
  • Argent négatif

    Poésie L'odeur de vos dettes La poétesse afro-américaine Lillian-Yvonne Bertram signe avec Argent négatif un livre où les politiques discriminatoires et ségrégatives que l’argent aggrave sont montrées dans toute leur odeur pestilentielle. Si Lillian-Yvonne Bertram est définie comme « queer black poet », appartient au mouvement de luttes antiracistes Black Lives Matter, son travail de poétesse habite ces positions avec une puissance rare. On pourrait le comparer à celui de son aînée Claudia Rankine (Si toi aussi tu m’abandonnes [José Corti, 2010], Citizen. Ballade américaine [L’Olivier, 2020]) ou encore à l’extraordinaire Discipline de Dawn Lundy Martin (Joca Seria, 2019)....
  • Débourrer les crânes. Ecrits pacifistes (1915-1924)

    Histoire littéraire Savoir déplaire Contre la pensée prémâchée, Henri Roorda (1870-1925) utilisait l’humour et la rhétorique en véritable prince de la chronique. Entre Élisée Reclus et Alphonse Allais se positionne naturellement Henri Roorda. Anarchiste, chroniqueur joyeux, et, comme quelques grands humoristes suicidés, à l’instar d’un André Frédérique. Pas toujours bien identifiée par les lectrices et lecteurs français, l’œuvre du Suisse d’origine hollandaise Henri Roorda van Eysinga, fleuron de la littérature de Lausanne – son université lui consacrait cet automne un grand colloque international du...
  • N’être (que de la tendresse faite verbe)

    Théâtre Un enfant pour sauver le monde Zoukhra Yanikova décrit en temps de guerre une société russe menacée de perdre son âme. Zoukhra Yanikova est née au Daghestan, a fait ses études à Moscou et en 2022 s’installe au Monténégro. Pour être plus libre de dire et d’écrire. Car la société russe, fermée, opaque, étouffante, ne laisse pas aux écrivains la possibilité de s’exprimer aussi librement qu’ils ou elles le souhaiteraient. Pourtant Yanikova n’est pas une opposante politique. Elle n’est pas engagée contre le régime de Moscou mais tente, par une fine écriture...
Égarés, oubliés
par Éric Dussert

Sentences salées

Scientifique réputé pour ses travaux et la commercialisation de son « plasma marin », René Quinton fut aussi un va-t-en-guerre volontiers moraliste. Dès 1904, les libraires spécialisés purent mettre en montre L’Eau de mer, milieu organique (Masson & Cie), un livre bientôt suivi du Plasma marin en injections sous-cutanées dans les gastro-entérites infantiles (Dispensaires marins de Paris, 1912) et d’une nouvelle édition de L’Eau de mer milieu organique en 1912. La reconnaissance de son auteur, René Quinton, fut foudroyante dans un pays qui souhaitait vitaliser à tout prix ses villes thermales et son tourisme côtier. Les théories de ce scientifique autodidacte tombaient à pic. À force d’observation, il avait élaboré sur l’origine des...
Le Matricule des Anges n°216