Panorama littéraire

La littérature est-elle soluble dans le calme étale d’un pays cocon, riche et comme à l’abri des chaos du monde? Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce petit pays aux quatre langues abrite une littérature plurielle. Faite de révolte contre l’ordre bourgeois (cf. Mars de Fritz Zorn), et de sérénité aussi, explorant l’âme humaine, et s’interrogeant sur le sens de l’existence ( cf. Alice Rivaz, Robert Walser).

Avec ses trois cultures principales, romande, allemande et italophone, la littérature suisse déborde largement le cadre du pays.
Il n’y a donc pas de littérature nationale à proprement parler mais il est néanmoins possible de repérer quelques dénominateurs communs. Cependant, les différents courants littéraires, à l’exception du romanche, cette langue venue de nulle part et parlée par si peu, sont influencés par un pôle culturel à l’extérieur des frontières nationales. L’Allemagne, la France et l’Italie ont influencé la littérature helvète, et maintiennent un lien fort avec leur aire culturelle et linguistique respective.

Le XXe siècle est dominé en Suisse allemande par Robert Walser, Paul Nizon et par deux éminents dramaturges: Max Frisch et Friedrich Dürrenmatt . qui, par leurs romans et théâtre respectifs, se sont fait connaître dans le monde à une époque de relatif vide culturel en Allemagne. Avec ces deux auteurs, l'écrivain suisse le plus souvent cité comme référence des jeunes auteurs est Fritz Zorn, pour son fulgurant roman, Mars.
Mais le premier événement littéraire, après 1950, concerne le domaine peu exploré en Suisse de la poésie. Eugen Gomringer (1925) invente en 1953 la "poésie concrète" (Konstellationen, 1953). Cette poésie se réfère au Dadaïsme, inventé lui aussi par un suisse, Tristan Tzara, à Zurich en 1916. En réaction à une poésie où le discours, la «littérature», le texte, au sens classique du terme, même s'il se situe dans une mouvance de modernité, demeurent l'absolue priorité, elle vise à une compréhension rapide en détachant le mot de ses structures syntaxiques et en figurant par la disposition graphique des idées et des représentations abstraites. La poésie concrète fait de la plasticité de l'écrit l'élément fondateur de sa poétique. Privilégiant le matériau du langage, les associations de sonorités et l'aspect visuel, reniant toute identité nationale, elle s'inspire de toutes les langues et peut être comprise dans le monde entier. Par son laconisme et l'importance nouvelle qu'elle accorde au mot, elle invite à une prise de conscience différente du phénomène du langage. Franco Beltrametti est le descendant contemporain de Gomringer.

En Suisse romande, Charles-Ferdinand Ramuz, romancier des montagnes (La Grande Peur dans la montagne, 1926), donne au monde vaudois un rayonnement universel.
La gloire de Charles-Albert Cingria est hélas posthume. Blaise Cendrars, naturalisé français, fait sa carrière en France. Parmi les écrivains contemporains, les plus célèbres sont Robert Pinget, à qui l'on doit plusieurs chefs-d'œuvre du « Nouveau Roman », l'essayiste Jean Starobinski sans oublier Nicolas Bouvier. Mais citons aussi les poètes Maurice Chappaz, Gustave Roud et Philippe Jaccottet. La littérature suisse francophone du XXe siècle a également deux grandes représentantes : Alice Rivaz et Corinna Bille, épouse de Maurice Chappaz. Sans oublier Griselidis Réal pour Le Noir est une couleur. Georges Borgeaud, qui reçut le prix Renaudot en 1974 pour Le Voyage à l'étranger, et Jean-Marc Lovay, installés en France sont peu connus pour leurs origines suisses. Quant à Jean-Luc Benoziglio, "à moitié français, à demi suisse et en partie juif", installé à Paris, il a voulu revenir dans son roman Le Feu au lac sur le silence mortifère de la Suisse pendant la deuxième guerre mondiale, et après.

La littérature du Tessin (italophone) s'est affirmée tardivement: dans la première moitié du XXe siècle, grâce à Francesco Chiesa (1871-1973). Romancier (Tempo di marzo, 1925), il a eu une grande influence sur toute la littérature du Tessin par le classicisme de sa langue et par la place qu'il accorde au paysage, véritable personnage du récit. Également poète, (Les Feux du printemps, 1919) il a aujourd'hui de nombreux émules, en particulier Piero Bianconi avec Albero Genealogico (1969).
Incontournable, Giovanni Orelli a écrit plusieurs romans, dont Le rêve de Walacek. Il a également traduit Goethe et Mallarmé en italien. Et publié des recueils de poésie en dialecte tessinois. Alberto Nessi est quant à lui, plus connu pour sa poésie. Pour en savoir plus sur les poètes suisses, allez faire un tour sur le carnet de l'excellent site du Cultur@ctif Suisse.

La littérature rhéto-romanche a son grand écrivain, Oscar Peer Son dernier livre en date, La Rumeur du fleuve, a paru aux éditions Zoé. L'on peut aussi citer les noms de Cla Biert (1920–1981), Theo Candinas et Flurin Spescha.

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