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Article paru dans le N°25 du Matricule
(janv.99)
Grèges
Jeune revue pluridisciplinaire et polyglotte,
Grèges réunit de jeunes auteurs inconnus dans une
présentation qui en ferait presque un objet de bibliophilie.
Sous le papier, du talent
La photo de Bernard Plossu, au centre de
la page 30 est floue, comme le sont généralement
les clichés de ce photographe. Prise de vue arrachée
au quotidien qui en révèle autre chose que ce à
quoi on aurait pu s'attendre. En vis-à-vis, Arno Bertina
tente de mettre des mots sur ce flou-là, sur cette présence
qui se dérobe et sur ce qu'elle révèle. La
troisième livraison de Grèges, dont la qualité
exceptionnelle explique la parution seulement bi-annuelle, est
à l'image de cet entre-deux, d'un espace entre évidence
et absence. Déjà, l'Américain Lawrence Ferlinghetti
qui inaugure ce numéro, se situe au mitan de deux continents,
l'Europe et l'Amérique, entre Apollinaire dont il reprend
et parodie Le Pont Mirabeau et ses propres vers, dans un
poème dont la linéarité épouse la
trace de l'avion supendu dans le ciel, d'où s'écrit
ce qu'on lit. La revue, également, noue des liens très
étroits entre arts plastiques et littérature en
présentant les travaux de Dany Kowalski sur des lettres
de soldats de 14 et sa représentation picturale de Verdun,
ou sur la scénographie qu'Abdel-Amid Belahou a dessinée
pour un diptyque de Koltès. Mélangeant également
proses et poésie, Grèges donne une bonne
place à des auteurs inconnus mais qui, à en juger
par leur réel talent, ne devraient pas le rester longtemps.
Les éditeurs seraient bien avisés, par exemple,
d'aller lire les Scènes d'un village à haute
tension, qui évoquent d'une manière à
la fois fantasmatique et fantaisiste un étrange rituel
villageois : un homme se propose de s'électrocuter
sur une chaise prévue à cet effet, en public. Signé
Quentin Lézard (pseudonyme?) ce texte fait visiblement
partie d'une suite. Le seul reproche que l'on pourrait faire aux
responsables de la revue consiste à l'absence d'informations
concernant chacun des auteurs. On aimerait également en
savoir un peu plus sur Bénédicte Destouches dont
la poésie, étrange, nourrit des rythmes sans accrocs
("Le soir coupe des têtes et fait tomber les fruits."°
Quant à Pascal Saliba, qui clôt l'ouvrage, sa longue
phrase pénètre avec assistance dans une obscurité
dont elle apporte elle-même la lumière. Vous ne pouvez
pas rater Grèges : des revues présentées
par votre libraire, c'est sûrement la plus belle avec sa
couverture sur "papier Gunny rough 210 g." et
son bois gravé d'Emmanuelle Dufossez..
Grèges N°3
- 94 pages, 95 FF - (14 rue Emile Zola 34 000 Montpellier)
Note : Ils habitent juste en face de chez nous, à quelque 100 mètres. Incroyable, non? Fort sympathiques, ça fait un an qu'on se promet d'aller boire un coup et qu'on passe son temps à se dire qu'on n'a pas le temps. Du coup, il est prévu d'arroser copieusement leur et notre présence(s) au salon de la revue les 15, 16 et 17 octobre prochains. On vous y attend.