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Grand entretien
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Portrait
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L’Italie au cœur
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| Fasciné par lItalie des immigrés et des petites gens, Philippe Fusaro retrace le tragique destin du boxeur des années 30 Primo Carnera.
Tout le monde na pas la chance davoir des parents italiens. Philippe Fusaro, libraire à Strasbourg mais originaire de Forbach en Lorraine, a pour sa part baigné dans cette ambiance familiale qui sent bon les oliviers gorgés de soleil. Il a vécu dans les parfums de sauces tomate qui mijotent, bercé par les histoires sur son grand-père, archétype du « nonno » à litalienne. Quand il sest agi décrire, après un passage aux Arts Déco, le jeune auteur na plus eu quà écouter les grillons lui souffler des récits sur un ancien soldat qui a combattu à Monte Cassino pendant la Seconde Guerre mondiale, un homme collectionneur de femmes, un honneur bafoué lavé dans le sang dun Casanova. Autant de moments dramatiques qui composent En deux temps, trois mouvements, son premier livre publié en 1999. Lunivers transalpin qui constituera le décor des aventures littéraires de lécrivain est posé. Il na pas changé jusquà ce jour : « Jai commencé à aller en Italie et je me suis senti mieux quici et sans y avoir vécu ». Un terreau fertile qui connaît également ses limites. Rapidement, lauteur a rompu avec « la nostalgie complète dune Italie qui nexiste plus ». Dans Capri et moi, confidences sur un séjour fantasmé sur lîle, Philippe Fusaro y décrit son Italie et convoque ses idoles musicales pour deviser sur ses passions : lécriture, la photographie et la culture pop-rock. Depuis les Arts Déco, lécrivain est convaincu que le travail sur la forme est essentiel. « Je naime pas théoriser sur la photo, mais inventer une fiction à partir dune image ». Son quatrième livre, Le Colosse dargile, agit comme un catalyseur. Tout est parti dune image extraite dun documentaire qui montrait le boxeur Primo Carnera saluer la foule en 1933, après avoir été annoncé par Benito Mussolini en personne. Le petit dictateur, qui ne voulait pas paraître ridicule à côté du géant (2,05 m au garot), avait dailleurs bien pris soin de ne pas apparaître en même temps que lathlète au balcon. Toutes les obsessions de lauteur sont là. « Carnera a tout fait, manipulé par le fascisme, trompé par son entraîneur, ruiné, il a fait de mauvais films, on la même fait se battre contre un kangourou en Australie. Cest quelquun qui avait immigré et qui a toujours été un nostalgique de lItalie. Le lien avec mes autres livres est là. Il est parti dItalie cétait un crève-la-fin, lorsquil est revenu, il était adulé. Pour un immigré cest très important davoir cette reconnaissance des origines ». |
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Franck Mannoni
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© Le Matricule des Anges n° 56, septembre 2004
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