Article paru dans Le Matricule des Anges Numéro 23 de juin-juillet 1998
Sanglant inventaire
De la première à la dernière page (préface et 5e de couverture comprises), l'ouvrage tient à l'évidence du canular. Pour un peu, on entendrait Max Aub ricaner derrière chaque phrase et l'on conseillerait volontiers aux esprits chagrins d'en lire une tous les matins. Essayez : "Il m'avait mis un morceau de glace dans le dos. Le moins que je puisse faire était de le refroidir". Ou bien "Plutôt mourir! me dit-elle. Et dire que ce que je voulais par-dessus tout c'était lui faire plaisir.". Plus surprenant : "Je m'étais juré de le faire la prochaine fois qu'on me passerait un billet de loterie sur la bosse".
Il ne faut pas forcément croire l'auteur quand il prétend en préambule avoir retranscrit d'authentiques témoignages -"les raisons claires qui les ont poussés au crime sont données par eux en toute franchise"- mais il suffit de parcourir la rubrique faits divers de nos quotidiens pour voir que, même fictifs et aussi absurdes soient-ils, ces courts récits ne sont pas bien loin de la réalité. Il n'y a ici aucune intention morale, ni au contraire d'apologie mais peut-être une manière de conjuration cynique d'un homme brisé par l'Histoire.
Né à Paris en 1903, de père allemand et de mère française, Max Aub adopte la langue espagnole lorsque sa famille s'installe à Valence en 1915. Très vite, il se lie avec Picasso (auquel il commande Guernica), Dali et Buñuel et devient l'un des chefs de file du surréalisme espagnol. Après la Guerre civile, il connaît la déportation dans un camp français et se réfugie finalement au Mexique où il meurt en 1972. La préface nous apprendra aussi que Crimes exemplaires (réédité depuis 1981) reste le livre le plus diffusé d'une oeuvre (poèmes, romans, essais, théâtre) méconnue en France. Espérons que l'éditeur ira au-delà de cette singularité.
Maïa Bouteillet
Crimes exemplaires
Max Aub
Traduit de l'espagnol par Danièle Guibbert
Phébus
126 pages, 89 FF
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