Article paru dans Le Matricule des Anges
                               Numéro 23 de juin-juillet 1998


Abraham, la ligne d'horizon

Homme de mer, il a mené sa vie au gré des courants, loin des rivages éditoriaux, naviguant selon ses élans avec la rigueur d'un moine et l'attention d'un météorologue. Guetter devient un art de vivre. Chaque escale est la promesse lointaine d'un livre. L'appel du grand large lancé d'une voix fluide, blanche et scintillante.

Le ciel surveille d'un oeil bienveillant les minuscules embarcations qui mouillent là, tranquilles, bercées par un clapotis printanier. Aujourd'hui, peu de monde matinal. Douarnenez se repose dans sa baie pendant que la voix de Brassens tente de s'échapper d'un bistrot. Sur la côte, les prochaines nuits seront longues. On installe le nécessaire. Qui sera le Roi du carnaval cette année, caricature en papier mâché? Un adjoint au maire, un gendarme? Jean-Pierre Abraham habite près du port, l'ancien quartier des pêcheurs, au temps où la ville faisait son beurre avec les sardines. Si les horizons se rétrécissent, Douarnenez la fière n'oublie pas ses belles aventures. Accrochée sur le fronton d'une maison, une plaque rappelle que c'est là où vécut Jean-Marie Le Bris, pionnier de l'aviation. En 1856, il devenait le premier homme à s'élever dans les airs. Il faut donc gravir un escalier, s'enfoncer au hasard dans la venelle des Hirondelles sans craindre une embuscade, déboucher dans une rue. Ici, à leur façon, les habitations ont pris la couleur de l'azur : volets, portes, crépis.

Jean-Pierre Abraham a élu domicile au dernier étage, dans un deux-pièces. Vue sur les toits et le clocher. Il n'aime guère cette ville, "trop noire, frondeuse, presque violente", à l'image de ses goélands, au cri rageur, que l'écrivain rêve de faire taire en leur lançant quelques grenailles. Les gens, paraît-il, ont la gaieté du désespoir, un goût pour l'échec. Sobriété, proche du dénuement : dans la cuisine qui fait office de salle de séjour, un réchaud, un frigo, une table, un canapé. Le nécessaire. Privé de rien? Il y a des chances. Abraham a passé sa vie à camper, dans d'insolites ermitages, laissant au temps l'incrédule destin de façonner et de ponctuer ses livres. Cinq au total, en quarante ans d'écriture : Le Vent (1956), Armen (1967), Le Guet (1985), Compère qu'as-tu vu? (1993), Fort-Cigogne (1995), auxquels il faut ajouter un livre pour enfants Coquecigrue, où es-tu? (1997) et un opuscule la même année sur le cap Sizun, commande du conservatoire du littoral. Singulière trajectoire. Une misère? Plutôt une chance, pour ses lecteurs. Ces livres, c'est la promesse d'un éblouisssement, d'une rencontre avec un ailleurs, minéral et sans âge, des lointains amarrés le plus souvent à sa Bretagne maritime. Une collection d'instants volés, d'éclats furtifs, de minuscules scintillements où le monde apparaît dans sa plus stricte intimité. Des moments plutôt que des lieux : "On ne saurait en garder les marques", écrit-il, en évoquant, là, certains jeux de brise lors de la marée. Une autre façon de dire que l'objet de son écriture ne tolère ni la répétition, ni la fabrication. Attentif aux choses, se fiant davantage au hasard qu'aux certitudes, Abraham navigue en aveugle dans le sillage de présences ancestrales. Vigie de sa propre vie, il en mesure perpétuellement la latitude et la longitude, "comme s'il attendait de chaque instant qu'il lui apporte quelque révélation essentielle sur l'existence." Et c'est au prix d'une tension extrême, d'une vigilance vive, que surgit, dans l'épaisseur du temps, le bonheur insouciant de quelques "reflets discrets". Peu de choses : moments de grâce et de fulgurances, un jeu de lumière, une atmosphère, un signe, un doute, instants fugitifs échappés de la monotonie, mais qui réconcilient l'homme avec le présent et lui donnent la réalité d'exister. Le miracle des éléments tient souvent le rôle de précieux guide dans cette littérature du non-événement et où le sentiment d'inquiétude, omniprésent, devient un allié pour s'éprouver. Certes, la communauté humaine existe, mais en silhouette, fondue dans un paysage de silence. Le plus étonnant est l'absence de lyrisme. L'écriture de Jean-Pierre Abraham se pare du même blanc que ce qu'elle est censée montrer.

Dans Le Guet, il évoque les jours de souffrance : "Dans un mur qui vous appartient et qui donne chez le voisin, vous avez tout à fait le droit de pratiquer une ouverture, le voisin doit la tolérer, la souffrir. Mais, attention : vous avez le droit à la lumière, pas à la vue." Cette métaphore, cet observateur discret et forcené l'aura fait sienne. Une vie à écouter, à essayer de percer le secret des grands équilibres, à saisir l'évanescence d'un geste. A trouver le bon angle. A se mettre en éveil pour serrer au plus près une poignée d'infinitésimales émotions. Tous ces moments, finalement, où "tu ne perds pas le temps qui te sépare de ta mort."

Jean-Pierre Abraham est né en 1936 à Nantes. Son enfance, il la passe à Hennebont, près de Lorient. Milieu plutôt bourgeois avec un père et une mère dentistes. La famille comptera cinq garçons et une fille. Pendant la guerre, elle se réfugie en Vendée à Fontenay-le-Comte. En 1945, Lorient étant complètement rasé, c'est à Vannes que le jeune Abraham entre au collège, chez les jésuites. Plutôt précoce. Il a neuf ans. "J'avais deux ans de moins que les autres. J'ai souffert. Sans parler de la discipline. Tout cela date d'avant Jésus-Christ". Il restera trois ans là-bas, et terminera ses études secondaires à Lorient après la reconstruction. Si ses parents lisent beaucoup (Jacques Chardonne, François Mauriac, Georges Duhamel), il découvre au collège la littérature, la vraie, celle qui l'accompagnera toute sa vie : le Moyen Age, avec Rutebeuf, Villon, cette langue toute neuve, "avec des mots pleins de sève et de saveurs". Déjà les premiers émois. "Quand j'essaie de me souvenir pourquoi je me suis mis à écrire, c'est tout bêtement en rédigeant des rédactions, en arrivant à m'émouvoir avec une phrase. Je me revois en classe de 4e..."

1946, année capitale. Jean-Pierre Abraham fait une rencontre essentielle : la navigation. C'est l'époque des premières vacances de l'après-guerre. Ses parents louent une maison à Carnac et le père s'ennuie sur la plage. Il achète son premier bateau, une petite plate, avec des avirons, pour mettre le parasol dessus. Vite remplacé par un dériveur sportif, puis par un petit bateau de croisière. L'enfant rêve. Le père aussi : passionné de littérature maritime pour yachtman, il achète tout ce qui sort, surtout les livres de Jean Merrien. Comble du raffinement, il emmène même à bord de l'embarcation les Instructions nautiques réalisées par le service hydrographique de la Marine. Une vraie aventure : "Nous étions équipés comme sur un bateau de guerre". Pendant les vacances, l'adolescent sillonne la baie de Quiberon, la baie de Belle-Ile. C'est la découverte de nouveaux horizons. "Cette époque a orienté une grande partie de ma vie." Son attrait pour la plaisance ne l'empêche pas de décrocher son bac à 16 ans. Toujours précoce. Il s'inscrit à la Sorbonne, entame une licence de Lettres. Sans suite. "Je m'étais égaré. Je n'avais aucune envie d'être prof. Je ne pensais qu'à écrire, il faut le reconnaître." Ce sont surtout de petits poèmes en prose. "J'étais intéressé par Max Jacob." Il les envoie à Jean Cayrol, au Seuil parce que "j'aimais assez bien les éditions. Les livres d'Emmanuel Mounier, le personnalisme, la revue Esprit. A cet âge, je pensais encore un peu..."

A cette époque, tous les jeudis soir, il y avait un pot là-bas avec les auteurs. "C'était merveilleux pour un gamin de rencontrer Paul-André Lesort ou Albert Béguin." En 1955, il fera également connaissance avec André Dhôtel, lors de sa remise du prix Fémina pour Le Pays où l'on n'arrive jamais. Un auteur central. Le premier texte publié d'Abraham, Le Vent, a été écrit cette même année, après la lecture de La Chronique fabuleuse. Un éblouissement. Abraham vouera toute sa vie une admiration sans limites pour Dhôtel. "Je dois être l'un des seuls à avoir lu tous ses livres. Il doit y en avoir 80 ou 85." Lors d'un séjour linguistique à Londres, Abraham reçoit un courrier de Cayrol l'informant de son projet de revue. Le Vent est ainsi publié en 1956 dans le premier numéro d'Écrire, en compagnie entre autres, "d'un texte étonnant", Les Sauterelles de Béatrice Mabilais. Abraham fait son entrée en littérature. Sa mère, plutôt fière, n'a pas oublié ses lectures de Mauriac et lui conseille de le lui envoyer. "J'ai même passé une demi-heure chez lui à Paris. Mais je n'avais rien à lui dire", sourit-il.

Jeune, passionné, Abraham semble promis à une belle carrière. Mais sur un coup de tête (et un coup au coeur), les belles promesses tournent court. Abraham est un homme d'impulsion. Toute sa vie, il aura navigué au petit bonheur, au gré des vents et des humeurs. Il se retrouve dans la Marine, à Brest, sur un petit dragueur de mine, cinquante mètres de long, quarante hommes d'équipage. "Le boulot consistait à faire des exercices en mer d'Iroise." Au cours de ces exercices, Abraham n'aura pas vu l'Algérie, à peine le Maroc. En revanche, il voit un phare, celui d'Armen. Coup de foudre. "C'est là que je voulais aller. Dans cette chandelle qui sort de l'eau. C'est complètement aberrant." Aujourd'hui, Abraham éprouve toujours quelques difficultés à expliquer cet éblouissement pour ce bout de rocher, "le plus éloigné de la côte", planté à 30 km de la pointe du Raz, à 12 km de l'île de Sein. "Au même moment, c'est vrai, j'ai dû lire Un Feu s'allume en mer d'Henri Queffélec qui est l'histoire de la construction du phare d'Armen." Il lui reste donc quelques mois de service et sa décision est prise. Habillé en petit marin, il va voir l'ingénieur des phares et balises à Brest. "C'est la première fois qu'un type avec un bac voulait devenir gardien de phare. Il aurait dû m'envoyer paître." Seulement l'ingénieur le prend d'affection ("il devait avoir un fils à problème...") et lui propose de faire un essai durant neuf mois.

Un peu craintif, Abraham préfère annoncer la nouvelle à ses parents par courrier. "Ils ont été parfaits. Mon père était très enchanté. Il a toujours rêvé de faire quelque chose d'extraordinaire." Abraham embarque en juillet 59 sur ce bateau immobile. Il fait équipe avec Martin. "Tout s'est bien passé. Mais pour continuer, il fallait faire l'école des gardiens de phare." L'affaire est sérieuse. Durée du noviciat : un an et demi. Abraham se retrouve au cap Gris-nez puis à Saint-Nazaire pour apprendre le métier, les techniques de bois, de fer, la mécanique, l'électricité. "Cette formation m'a surtout servi après pour retaper les maisons", rigole-t-il. En 1961, le jeune titulaire rejoint donc Armen et son phare à pétrole. Entre-temps, Jean-Edern Hallier le sollicite pour rejoindre la revue Tel quel. Mais Abraham a décidé de s'engager dans une autre aventure. Pour combien de temps? Nouveau coup de pouce du destin. En 1962, la télévision débarque sur place, curieuse de ces étranges gardiens. Épisode rocambolesque. Il s'agit d'une émission sportive : Les Coulisses de l'exploit. "Ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'est que mon camarade Martin, pour lui tirer deux mots, c'est la croix et la bannière." Abraham se dévoue, mais avec la promesse du réalisateur, Georges Pradinas, que les images seront mises de côté. Promesse non tenue. Le reportage sort. "Dans les journaux, ils avaient même inventé que j'avais une licence de philo. Un an à la Sorbonne ne suffisait pas. Il fallait en plus que j'aie des idées dans la tête pour aller là." Un vrai succès. Abraham reçoit des lettres par centaines. "C'était assez pathétique, beaucoup de courriers de solitaires et de jeunes filles. Dont une qui m'a dit : ''Mais qu'est-ce que vous foutez là-haut''". La jeune fille habite l'île de Sein. Ce soir-là, devant la télé, elle gardait les enfants chez la voisine. Ce sera sa future femme.

Pour Abraham, la carrière de gardien de phare devient dès lors compromise. Il cherche du boulot. Fin 1963, dans la revue Constellation, sorte de Reader digest français, il trouve ce qui va l'occuper pendant quatre ans : homme à tout faire dans une maison édition, au bout du monde, en Haute Provence, près de Forcalquier. Fondateur du Club des livres chrétiens, Robert Morel publie de la littérature générale. Abraham devient lecteur, rédige les prières d'insérer. "J'ai toujours regretté ne pas avoir été imprimeur."

Précepteur, il s'occupe également du fils Morel. Avec quelques sous que son père lui a prêtés, il achète une vieille ruine dans ce village quasi abandonné, rédige son deuxième livre, Armen, obtient même une bourse de la Caisse des lettres. La sortie d'Armen est saluée par un joli succès d'estime. Reste que la Bretagne et les systèmes dépressionnaires d'Atlantique lui manquent. Il en parle à Paul Flamand, directeur du Seuil. Ce dernier le met en relation avec Philippe Viannay, fondateur du Centre nautique des Glénan. Cap en vue. "Pour moi, c'était l'horreur. En tant que plaisancier indépendant, avec mon père, cette école de voile incarnait tout le snobisme du faux mataf. On ne pouvait pas la supporter." Heureusement, on lui propose de devenir gardien des îles pendant l'hiver. En 1968, il se retrouve donc au sémaphore de Penfret. Deux belles années à entretenir les bâtiments, poncer et repeindre les bateaux. "Un très bon souvenir. Tout l'archipel pour nous, avec pour seule compagnie, le gardien de phare en face." (Vingt-cinq ans plus tard, il y reviendra pour écrire Fort-Cigogne). Le problème, c'est que les enfants grandissent, il y en a deux, il faut une école. L'appel de la côte se fait insistant.

A cette époque, le Centre nautique projetait de reprendre de fond en comble le célèbre Cours de navigation des Glénans. Les technologies évoluent à vive allure. Abraham se met donc à l'ouvrage, à Trégunc, près de Concarneau, en compagnie de Jean-Louis Goldschmidt, le directeur technique. "Lui c'était la tête pensante. Moi je grattais. Un type extraordinaire. Il était venu de Suisse pour soigner des ennuis pulmonaires. Il est resté ici". Une somme imposante : deux ans de travail, près de mille pages pour boucler ce qui est la bible des navigateurs, traduite aux quatre coins des océans. Sitôt le travail fini, en 1972, et peut-être en guise de remerciements, le Centre des Glénan crée un poste à sa mesure. Le Centre vient d'ouvrir une école des chefs de base nautique. Il faut quelqu'un pour former les futurs cadres. Abraham devient professeur de français et donne des cours d'expression écrite et orale. "C'était très folklorique. Tous ces garçons et filles qui venaient là n'avaient pas trouvé leur voie. Des marginaux un peu barjots." Une certitude : "Je peux faire le tour de pas mal de ports de France, je sais que je serai toujours accueilli quelque part par un ancien élève."

En 1976, l'écrivain Jean-Pierre Abraham a donc deux livres à son actif. La plaisance le fait vivre. Il est occupé. Sa femme un peu moins. "Elle a commencé à se passionner pour l'élevage de chèvres." La famille se lance dans cette nouvelle aventure. Quitte Trégunc pour acheter une ferme délabrée entourée d'un bout de terre d'un hectare et demi, à 3 km du bord de mer entre Lannion et Morlaix. "J'ai eu beaucoup de mal avec les bêtes. Elles ne m'obéissaient pas. J'ai souffert."

Leur cheptel de 35 laitières est suffisant pour vendre quelques fromages sur le marché de Plestin-les-Grèves. "Les Bretons n'aiment pas trop le chèvre. Mais nous avions la chance d'avoir une clientèle de retraités un peu évoluée. Un vrai succès." Entre la traite du matin et celle du soir, Jean-Pierre Abraham poursuit néanmoins son travail aux Glénan. Une nouvelle refonte du Cours est en chantier. L'édition sort en 1982, l'année où la famille Abraham abandonne l'élevage de ruminants. "C'était difficile financièrement. Il aurait fallu acheter des terres, des machines, s'équiper. Mais nous ne voulions pas abandonner le stade artisanal." Après l'arrêt de l'exploitation, Abraham en profite pour réaliser un vieux rêve d'enfant : la rédaction des Instructions nautiques réalisées par le service hydrographique de la Marine. "J'ai toujours été fasciné par la description des côtes." Abraham devient travailleur indépendant pendant deux ans. Un boulot de correction et de mise en forme. "Pour moi, l'écriture des Instructions reste un modèle de clarté, de précision, d'élégance. Je reviens toujours à ces mots-là. Ça fait un peu militaire. Mais ce sont des qualités primordiales dans l'écriture. Le danger, c'est que ça limite un peu les possibilités." En 1985, il termine son troisième livre, Le Guet, souvenirs de Haute Provence. Il l'envoie naturellement à son éditeur, le Seuil... dix-huit ans après Armen. La maison et son personnel, on s'en doute, ont un peu changé. Refus. Gallimard accepte (le même scénario se répétera dix ans plus tard pour Fort-Cigogne... qui finira au Temps qu'il fait).

En 1986, enfin, nouveau coup de barre. Le Chasse-marée, un journal pour amateurs de vieux gréements, lui propose un emploi, lors du lancement de sa deuxième revue, Armen (encore...). Déjà comme responsable d'édition. Un tas de manuscrits, des thèses d'ethno, traînent au grand vent et attendent le regard d'un oeil avisé. Durant trois ans, Abraham met en forme une quinzaine de gros bouquins sur la batellerie bretonne, sur les goémoniers... avant de devenir rédacteur à Armen, jusqu'en mars 1996. Fin du périple. Et de ce parcours à la godille, loin des rivages éditoriaux. L'âge de la retraite a sonné. Avec quelques indemnités, Abraham a réalisé un vieux rêve : l'achat d'un bateau. Il imagine déjà un retour vers l'île de Sein. Sur l'eau, crayon en main. Pour boucler la boucle? Ecrire : "Comment résister à cette agression, à ce lent avalement." Chez Abraham, ce sont les phrases qui poussent la vie à avancer. Comme les nuages fuyant découvrent de nouveaux lointains. Et on se prend à rêver que le voyage se mette à durer.

Philippe Savary

© Le Matricule des Anges et les rédacteurs

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