Article paru dans Le Matricule des Anges
                               Numéro 19 de mars-avril 1997

Confusion et faux-semblants

Au début des années 60, la C.I.A. persuade Charles Fane, intellectuel de gauche désabusé, de se faire officiellement invité à Cuba afin d'y effectuer des repérages en vue du futur débarquement américain. La somme promise est attrayante et le service paraît bien simple. Sur place, évidemment, les choses seront tout autres...

Comme à la guerre pourrait se lire comme un trépidant roman d'espionnage mais ce serait manquer l'essentiel. Bien que Norman Lewis fasse explicitement référence à l'épisode de la Baie des Cochons - débarquement manqué des anticastristes organisé par la C.I.A. en 1961- il ne s'agit pas ici de la simple chronique de l'un des plus célèbres fiascos de la guerre froide.

Derrière le récit et la critique politique d'un témoin de son temps -et l'on reconnaît bien là celui qui signait avec force Naples 44, publié récemment par le même éditeur (voir MdA n°17)- Norman Lewis emprunte les voies du roman pour explorer la confusion du monde et des sentiments. Qui croire? Que croire? Fane nage en eaux troubles. Très vite, ses repères chavirent et les nôtres avec. L'écrivain, qui exerça un temps pour le compte des Renseignements britanniques, nous parle ici d'un monde de faux-semblants où la paranoïa est de mise et la vérité changeante. Derrière l'instrument des services secrets, l'humain refait surface. Mais Lewis n'est pas du genre à nous jouer le blues du vieil espion et se garde bien de tomber dans le drame psychologique. L'écriture est ici toujours en prise avec le réel. Avec un recul étonnant (son roman paraît pour la première fois moins de cinq ans après les événements) il nous enseigne la relativité. Revenu des choses, il en appelle à notre lucidité.

Maïa Bouteillet

Comme à la guerre
Norman Lewis
Traduit de l'anglais par Claude Elsen

Phébus
186 pages, 119 FF

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