Article paru dans Le Matricule des Anges Numéro 19 de mars-avril 1997
Les partages de Bousquet
On mesure parfois les capacités d'un écrivain lorsqu'il parle de ses confrères. Avec Joë Bousquet, ces capacités deviennent un don, tant il est vrai que cet auteur était un homme de partage. Les Capitales furent publiées en 1955 et bénéficient ici d'une première réédition. Valeur littéraire sûre, l'auteur de Poisson d'or et de L'OEuvre de la nuit n'a pas encore la reconnaissance qu'il mérite. Après un René Daumal (éditions Unes), cet ouvrage nous permet d'accéder à la réflexion argumentée, architecturée, et de ce fait impressionnante, de Bousquet devant les écrits de Paulhan. Une réflexion qui embrasse une connaissance philosophique telle qu'elle fait des Capitales un des ouvrages les plus pointus de Bousquet.
OEuvre de variations et de mises en abîmes toujours maîtrisée, Les Capitales abordent Lulle, Descartes, Duns Scott avec une constance et une pertinence dans l'analyse qui feront le ravissement du lecteur érudit comme de l'amoureux de littérature. Grand chantier mené à son terme, ce livre reste ouvert à de nouvelles exégèses. Quant au style, il s'impose dans chaque phrase, presque alchimique dans sa simplicité apparente tant il s'adresse, selon le voeu de cette connaissance, à l'ami inconnu que représente chaque lecteur : "Parce qu'une parole a été délivrée du doute qui est dans tous les hommes, la création entière se suspend à la même clarté. Les cloches s'ingénient à la prière, au murmure, elles reçoivent les mêmes noms que les filles de chair. Pour un mot proféré dans le ciel, tout ce qui existe obtient que la pensée l'écoute."
Les Capitales, dans la lignée des auteurs auxquels ce livre se réfère, convoque, dans sa richesse et sa hauteur de ton, à une intelligence pratique dont nous pouvons être, si nous le désirons, les heureux bénéficiaires.
Marc Blanchet
Les Capitales
Joë Bousquet
Deyrolle éditeur
180 pages, 125 FF
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