Article paru dans Le Matricule des Anges Numéro 19 de mars-avril 1997
Des mères et
une martyre
À la beauté lumineuse des phrases de Louis-Combet, fait écho dans toute son oeuvre, l'obscure atmosphère des fantasmes, de l'organique, du corps saignant ou douloureux. Dualité que l'on retrouve dans la première nouvelle de Des mères hallucinante comme l'était celle qui fermait son précédent recueil Rapt et ravissement (Deyrolle). Une mère attend un enfant qui, dans cette attente, lui fait découvrir la plénitude de son propre corps, et son appartenance à la cosmogonie. Découverte toute animale. L'accouchement se déroulera en "un pays qui avait dû être rêvé par les nénuphars avant toute présence humaine". La scène de la mise au monde joue de la métaphore selon laquelle le corps féminin renferme l'univers. L'enfant, "tandis que la douleur rugit de partout, lui, jamais ne sera aussi béatement transporté d'être qu'en la traversée la plus lente possible du vaste et profond et inlassable vagin". Pour lui comme pour elle l'accouchement est un arrachement. Lui débile, elle animale, ils vont tenter d'effacer cette mise au monde et fondre, lui passivement, elle monstrueusement, leur chair.Comment l'écrivain parvient-il ainsi à nous faire sentir, par le corps, cette scène inouïe?
L'Âge de Rose,
s'il en était besoin, démontre la force d'évocation
de l'écrivain. À partir de l'hagiographie, à
la sauce bénitier, de sainte Rose de Lima, Claude Louis-Combet
investit, de l'intérieur, le personnage de Rose. La première
scène s'ouvre sur le père :"Que l'on
n'oublie pas, toutefois, avant de tourner la page, que Gaspard
Florès est le père et qu'il marche en tête
de toutes les ombres." Sa traversée du roman est
un éclair de fer et d'armes.Il importe qu'il disparaisse
dans les ténèbres.Reste "La Madre, je la
vois très bien - et comme si elle était ma propre
mère, en un Pérou légendaire, au Siècle
d'or d'une conquête où l'austérité
des uns justifiait la légèreté des autres."
Mère peu austère qui rêve d'or et d'azur
pour sa fille qui ne voudra, elle, que contemplation et martyr.
Car Rose pousse la mortification au-delà du rationnel.
"Lorsque la nature la faisait saigner, lui rappelant qu'elle
n'était qu'une femme, elle usait du fouet contre elle-même,
afin qu'un sang voulu se mêlât au sang subi et que
le Christ, cloué sur sa croix, offrît toutes ses
plaies aux baisers de ses lèvres."Ce roman sera
(soyons péremptoires) étudié plus tard dans
les universités.Car au-delà du récit mythobiographique
de Rose, il mêle une réflexion très poussée
dont les incessants questionnements mêlent leur voix à
celle, physique, d'une écriture qui nous pénètre.
Des mères
Claude Louis-Combet
Lettres Vives 76 pages, 100 FF
L'Âge de Rose
Claude Louis-Combet
José Corti 282 pages, 120 FF
© Le Matricule des Anges et les rédacteurs
Accueil Le Matricule des Anges