Poète et artiste, Jean-Luc Parant recherche unemachine qui pourrait mener lhomme aux étoiles aussi vite que ses yeux le mènent au soleil.
Les sphères de Parant
Et nos paupières se lèvent pour donner la vue / et faire naître le jour devant nous / comme notre bouche souvre pour nous donner la voix / et faire naître notre cri au-dehors / ou comme le sexe de la femme sest ouvert pour nous donner la vie / et nous faire naître sur la terre."
L
a poésie de Jean-Luc Parant, puissante, obsessionnelle, répétitive, relève de la scansion, de la performance - lartiste avait rempli, il y a une dizaine dannées, le musée de Villeneuve-dAscq, de cent mille et une boules (en terre cuite).
Il dérange lécriture en la poussant à ses limites, cest-à-dire aux points de contact avec une oralité rituelle, avec la danse, la musique, le pétrissement.
"Il y a deux infinis, écrit-il, celui qui na pas de fin dans la lumière / et celui qui a des contours dans lobscurité" et dans ce dédoublement, la dualité et son ombre, jaillit une angoisse qui parle, investit lespace dans un chant lancinant, une quête vertigineuse du vertige.
Il suffit découter lune des cassettes produite par Artalect, intitulée Comme une Petite Terre aveugle, pour comprendre aussitôt le travail du lancinement, à la limite de laphasie et de la suffocation, évoquant le vibré puissant dArtaud. Le poète lit son texte - mais il faudrait dire le martèle, lexpire, lincante -sans reprendre souffle, dans de longs traits de mots, une circularité. Et cest lécroulement infini, la patience agacée, comme si nous assistions à notre propre vieillissement, une sorte de prière, de vision large, hallucinée, aucun vide nest laissé entre les mots, lesprit gémit dans la forclusion du corps, "Et sil fait jour sur chacun de nous / cest parce que nous sommes détachés les uns des autres / cest parce que nous sommes éloignés de tout ce qui nous entoure / et que nous avons été expulsés de notre nuit / et nous sommes chacun linfime éclat / linfime éclat de lexplosion dune immense nuit / et nous brillons / et depuis nous brillons dans le soleil".
Phrases écrites comme une partition, avec des voyelles en point dorgue, des mots enchâssés, répétés, la poésie de Jean-Luc Parant fait surgir à travers une modernité ce quil y a de plus ancien, de plus archaïque, de plus ancien chez lhomme: cest-à-dire la participation du corps à la rotation terrestre,"Et dire en montrant du doigt: et si la totalité de la terre / elle est là sous mes pieds / et que la totalité de moi-même / elle est là dans ma poitrine / cest que je dois pouvoir entendre le bruit / que fait la terre en tournant." Du coup le texte est cette rotation dans lesprit, la pensée, la langue, on pourrait dire quil invente lémergence dune image, et que cela agit en lui comme une source autour de laquelle gravite à son tour la poésie. Le poète devient la rotation des mots, des phrases, dune langue, il est le centre et le cercle, hors du centre, hors du cercle. "Dans sa tête, dans la lumière, il invente ce que lui montreraient dautres soleils. Dans sa tête, il ne suit plus le mouvement de la terre qui entraîne son corps tout autour de la lumière, il profite de ses tours autour du soleil, du jour et de la nuit, pour séchapper et sauter dans le vide. Et dans sa tête, dans ce vide, il se déplace sans cesse dans linfini, il invente la lumière dautres jours."
Penser plus loin, changer de soleil, de conscience, dans lintuition dautres énergies : ce quil y a de prophétique chez Jean-Luc Parant cest léveil à ce qui nous dépasse, nous entraîne, et nous frustre en même temps, linexprimable de linfini, une sorte dau-delà des soleils et des cosmos, decendu là dans lhomme, dès lorigine.
Dominique Sampiero
Dix Chants pour tourner en rond
Jean-Luc Parant
La Différence
60 pages, 69 FF
© Le Matricule des Anges et les rédacteurs
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